PODOR : LE TEMPS D’UNE NOUVELLE AMBITION

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Après des décennies de projets et d’investissements, le département dispose de tous les atouts pour changer de trajectoire. Mais il lui faut désormais une vision commune, une cohésion véritable et une politique fondée sur le résultat.
Par Makkane, Poète-Écrivain
Président de la Commission Partenariats
Il est parfois des voyages qui valent davantage qu’un long discours. Celui que j’ai effectué récemment dans le département de Podor, du 25 au 30 août 2026, aux côtés du ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, le Dr Cheikhou Omar Ba, appartient à cette catégorie.
Sous le signe de l’amitié, de la fraternité et de la solidarité, cette tournée avait d’abord une dimension spirituelle. Il s’agissait d’accompagner le ministre à la Ziara auprès de la famille du vénéré Thierno Mamadou Moussa Ly, à Dara Halaybé, conformément à la volonté du président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye.
Mais de cette mission de représentation est née une autre lecture : celle d’un territoire qui aspire à tourner une page.
De Fanaye à Ndioum, de Namerel à Mboumba, de Galoya à Goléré, en passant par les espaces du Walo et du Diéri, partout, la même ferveur, le même accueil, la même mobilisation des populations.
Ce déplacement n’avait pourtant rien d’une campagne électorale. Il s’agissait d’une visite de courtoisie auprès des autorités religieuses et coutumières, accompagnée du recueillement et de la prière.
Et pourtant, le peuple était là.
Comme si Podor voulait profiter de cette rencontre pour dire quelque chose. Comme si, derrière les salutations, les poignées de main et les prières, une autre attente s’exprimait : celle du développement.
Les fortes pluies qui ont accompagné une partie de notre parcours ont ajouté à cette atmosphère particulière. Dans cette terre où la pluie est toujours accueillie comme une bénédiction, nous avons voulu y voir un signe heureux : celui d’invocations peut-être exaucées.
Mais les signes ne suffisent pas. Il faut désormais agir.
Le courage de regarder la réalité en face
Podor possède des terres, de l’eau, des hommes et des femmes capables de produire. Il possède une jeunesse, une histoire, une position géographique et un potentiel agricole et pastoral considérables.
Alors, pourquoi le développement tarde-t-il encore à produire tous ses effets ?
La question mérite d’être posée avec courage.
Je connais ce département. Je l’ai parcouru pendant dix années, de 1987 à 1997, à la fois comme acteur politique, notamment au sein des Jeunesses socialistes, et comme acteur du développement, membre du Conseil exécutif de l’Union sénégalaise d’entraide (USE), l’une des plus anciennes ONG du Sénégal, qui fut à l’origine du Programme intégré de Podor (PIP).
Depuis, les projets se sont succédé.
Les milliards aussi.
Des financements provenant de partenaires bilatéraux et multilatéraux ont été mobilisés. Des programmes ont été conçus, des infrastructures réalisées, des initiatives lancées.
Mais une question demeure : avons-nous suffisamment transformé ces investissements en prospérité durable pour nos populations ?
La pauvreté a-t-elle suffisamment reculé ?
Notre dépendance alimentaire a-t-elle véritablement diminué ?
Pourquoi continuons-nous à importer certains produits que Podor pourrait produire, transformer et commercialiser ?
Ces interrogations ne sont ni une accusation ni un procès. Elles constituent simplement le préalable à toute nouvelle ambition.
Car il ne sert à rien de se raconter des histoires.
Il faut désormais faire le diagnostic, sans complaisance, pour mieux repartir.
Passer de la politique des promesses à celle des résultats
C’est dans ce contexte que le parcours du Dr Cheikhou Omar Ba mérite d’être observé avec attention.
Je me souviens encore de la période post-Covid. Alors que j’exerçais les fonctions de ministre-conseiller et de chef du Bureau économique de notre ambassade à Washington, il m’avait sollicité, alors qu’il dirigeait l’IPAR, pour participer à une réunion consacrée à la préparation du Forum des producteurs de Podor.
Cette démarche disait déjà quelque chose de son engagement.
Bien avant le ministère, avant les responsabilités gouvernementales et avant les micros, il y avait le terrain.
Il y a des entrées en politique qui portent immédiatement l’odeur de la campagne.
Et puis il y en a qui sentent simplement la terre mouillée après la pluie.
C’est ainsi que je perçois celle de notre cousin, le Dr Cheikhou Omar Ba.
Il a connu la politique du terrain avant la politique du micro.
Les populations de Podor ne le découvrent donc pas aujourd’hui. Elles le retrouvent.
Elles l’ont vu dans les champs, aux côtés des femmes et des jeunes. Elles l’ont rencontré dans les réunions, dans les groupements et dans les initiatives où il fallait défendre l’accès à la terre, obtenir des semences, des engrais, des formations ou des moyens de production.
Ce qui m’a particulièrement frappé au cours de cette tournée, c’est que son discours s’appuie sur des réalisations visibles.
Pas uniquement des maquettes.
Pas seulement des promesses.
Des résultats.
Et dans une époque où les populations sont de plus en plus exigeantes, cette différence compte.
La présence et l’écoute
Le deuxième atout de cette démarche tient en deux mots : présence et écoute.
Une présence auprès des jeunes, pour les former, les accompagner et les écouter.
Une présence auprès des femmes, pour faciliter leur accès à la terre, aux semences, aux formations et aux moyens de produire.
Une présence dans les villages, au plus près des réalités quotidiennes.
Cette proximité ne s’achète pas et ne se décrète pas.
Elle ne commence pas quelques mois avant une élection.
Elle se construit dans la durée.
C’est pourquoi elle peut produire une forme particulière de légitimité : celle qui naît du terrain.
Chantier après chantier. Projet après projet. Engagement après engagement.
Dans ce contexte, la politique peut retrouver son sens premier : non pas conquérir le pouvoir pour le pouvoir, mais mettre la puissance publique au service de ce qui fonctionne, de ce qui produit et de ce qui améliore réellement la vie des citoyens.
Une nouvelle offre pour Podor
J’encourage donc le Dr Cheikhou Omar Ba à poursuivre son engagement dans la vie publique et politique.
Non pas comme une rupture avec ce qu’il a déjà entrepris, mais comme son prolongement.
Ce qui a été commencé doit être consolidé.
Ce qui fonctionne doit être renforcé.
Ce qui existe doit être multiplié.
Et ce qui manque doit être construit.
Chaque rêve doit pouvoir devenir un chantier.
Chaque projet, un budget.
Chaque promesse, un résultat.
Chaque espoir, un droit.
C’est à cette condition que nous pourrons parler véritablement d’une nouvelle offre de développement pour Podor.
Dépasser les ego pour servir le territoire
Mais cette nouvelle étape ne pourra être franchie si elle est prisonnière des ego, des ambitions personnelles ou des querelles partisanes.
Podor n’a plus besoin de divisions supplémentaires.
Les rivalités stériles, la surenchère et les petits calculs politiques ont un coût : ils retardent les projets, dispersent les énergies et finissent par décourager les populations.
Nous devons changer de méthode.
Toutes les forces vives du département doivent pouvoir se retrouver autour de l’essentiel : agriculteurs, éleveurs, femmes, jeunes, entrepreneurs, cadres, élus, autorités religieuses et coutumières, acteurs associatifs et partenaires du développement.
Il ne s’agit pas de penser tous pareil.
Il s’agit de vouloir ensemble le meilleur pour Podor.
Podor peut encore surprendre le Sénégal
Notre pays est riche de ses ressources naturelles, mais surtout de son capital humain.
Nous ne devons pas mendier notre avenir.
Podor, en particulier, ne doit plus être présenté uniquement comme une terre de difficultés ou de pauvreté. Il doit être regardé comme une terre de possibilités.
Une terre où l’agriculture peut nourrir.
Où l’élevage peut créer de la richesse.
Où la transformation locale peut générer des emplois.
Où les femmes peuvent devenir davantage des actrices économiques de premier plan.
Où la jeunesse peut trouver sur place les raisons de rester, d’entreprendre et de réussir.
Le véritable enjeu est désormais là : faire de Podor non plus seulement un territoire à aider, mais un territoire à investir.
Voilà l’ambition.
Voilà le défi.
Voilà la responsabilité de notre génération.
Et peut-être que cette pluie tombée sur nos terres au cours de cette tournée nous rappelle finalement l’essentiel : une terre peut être fertile, mais elle ne donne ses fruits que lorsqu’on la travaille.
Podor a été longtemps arrosé par les projets.
Il est temps maintenant qu’il récolte les fruits du développement.
Dans la paix, dans la fraternité, dans la concorde et surtout dans l’unité autour de l’essentiel, nous pouvons y parvenir.
Le temps des constats doit céder la place au temps de l’action.
Le temps de Podor est venu.
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- Length
- 1,403 words · 7 min read
- Published
- September 17, 2026
- Byline
- Xalima
- Source
- Xalima