Chagos : l’expérience contre l’expérience
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Photo d’illustration. Trois hommes parmi les plus expérimentés de la vie politique mauricienne parlent aujourd’hui des Chagos. Chacun invoque, à sa manière, la sagesse que confère une longue carrière. Et chacun en tire une conclusion différente, parfois opposée. Pendant ce temps, l’accord qui devait sceller la souveraineté de Maurice sur l’archipel est suspendu, et avec lui, des milliards de roupies. Ramgoolam : l’expérience de se taire Pour le Premier ministre Navin Ramgoolam, l’expérience commande la retenue. « Ala montre zot ki sa ve dir lexperians… Si mo ti al UN la, ki ti pou arive la », a-t-il lancé, justifiant ainsi son absence à l’Assemblée générale des Nations unies : s’y rendre l’aurait exposé à devoir répondre publiquement à Donald Trump. Il invoque la « diplomatie tranquille » et compte plaider le dossier à Londres, auprès du conseiller à la sécurité nationale, Jonathan Powell. Pour lui, l’expérience enseigne qu’un dossier aussi sensible se règle à l’abri des projecteurs. Bérenger : l’expérience de hausser le ton Pour Paul Bérenger, l’expérience commande exactement l’inverse. Le leader du FMP juge « inacceptable » que Maurice soit exclue des discussions entre Londres et Washington sur un territoire qu’elle revendique, et « inacceptable » que le Premier ministre n’ait pas prononcé de discours à l’ONU « dan enn moman kot dosie Chagos… pe trouv li dan enn sitiasion delika ». Là où Ramgoolam se tait, Bérenger estime qu’il fallait parler, et parler fort. Il reproche même au Premier ministre d’aller à Londres solliciter un conseiller plutôt que son homologue : « Un chef de pays… li bizin demande pou rencontre Premier ministre li-même. » Duval : l’expérience de désigner les responsables Pour Xavier-Luc Duval, enfin, l’expérience commande de nommer les fautifs et il en désigne deux. Selon le leader du PMSD, c’est « par arrogance » que le gouvernement a cru pouvoir « défier les Anglais et les Américains », en réclamant un financement additionnel et en changeant d’avocat, fragilisant un accord qu’il attribue pour l’essentiel à feu sir Anerood Jugnauth. Et il ne s’arrête pas au gouvernement : cette attitude, dit-il, était « soutenue et encouragée par Paul Bérenger ». « Ces deux personnes devront répondre un jour du mal qu’ils ont fait au pays. » Détail piquant : interrogé le même jour sur ceux qui auraient tergiversé, Bérenger, lui, a préféré « tourne enn paz ». Ce que l’expérience ne dit pas Trois vétérans, trois lectures inconciliables d’un même dossier : la preuve, peut-être, que l’expérience justifie tout et son contraire selon celui qui l’invoque. Mais aucune de ces querelles ne répond à la seule question qui compte vraiment pour le pays. Car pendant que l’on débat de qui avait raison, l’accord signé en 2025 est aujourd’hui gelé : Londres réexamine le texte « parce que les États-Unis ne le soutiennent pas », les versements à Maurice sont suspendus, et la souveraineté sur l’archipel demeure, pour l’heure, britannique. L’enjeu, chiffré Or ces versements ne sont pas symboliques. Selon les termes rapportés de l’accord, ils représenteraient de l’ordre de Rs 10 milliards par an, sur 99 ans, une somme aujourd’hui suspendue, et une souveraineté toujours en attente. C’est là, au fond, le vrai prix de cette bataille d’expérience.
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- September 28, 2026
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- IONNEWS