
Le budget de la Présidence de la République a bondi de 160 % en 2026, passant de 78,6 à 204,5 milliards de francs CFA. Une hausse expliquée par le rattachement de plusieurs structures au périmètre présidentiel, dont la Commission électorale nationale autonome (CENA). Mais cette évolution soulève une question sensible : comment garantir l’indépendance et la transparence de l’arbitre électoral lorsque ses membres sont nommés par le chef de l’État et que ses moyens financiers s’inscrivent dans le périmètre de l'Exécutif ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que le Sénégal se rapproche de nouvelles échéances électorales assez déterminantes dans le cadre du duel qui oppose déjà Ousmane Sonko à Bassirou Diomaye Faye.
Dans le projet de loi de finances initiale 2026, la Présidence de la République affiche une enveloppe de 204 529 617 404 francs CFA, contre 78,6 milliards en 2025. Le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, avait expliqué cette progression par l’élargissement du périmètre de la Présidence. À périmètre constant, les crédits propres du palais seraient même en baisse, à environ 64,7 milliards. Des informations officielles, certes, mais difficiles pour nous, investigateurs, à vérifier. Mais dans cette nouvelle architecture figure notamment la CENA, une institution qui n’est pas une administration ordinaire. Créée par la loi n°2005-07 du 11 mai 2005, elle bénéficie de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. La loi prévoit notamment une « inscription autonome dans le budget général » de ses crédits et désigne son président comme ordonnateur de crédits. C’est précisément cette autonomie que le nouveau cadre budgétaire invite à interroger.
Pour Babacar Ba, président du Forum du justiciable, le problème est avant tout institutionnel. « Une institution chargée de veiller à la régularité des élections doit bénéficier de garanties fortes d’indépendance. Même lorsqu’il s’agit d’un simple rattachement administratif, le fait que la CENA se retrouve dans le périmètre de la Présidence peut créer une perception de dépendance », estime-t-il.
À ses yeux, la transparence budgétaire doit être au cœur du dispositif. « Il faut que les crédits de la CENA soient clairement…