À Casablanca, Nabda fait danser les différences jusqu’à les faire oublier

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Près de 50 danseurs, professionnels, amateurs et personnes en situation de handicap, ont partagé la scène du Studio des Arts Vivants de Casablanca pour « NABDA SHOW – Dance for All ». L’aboutissement d’une année de travail menée par Nabda Foundation avec Temps’Danse et le soutien de la Fondation BMCI. Mais surtout une soirée où, à mesure que les corps occupaient la scène, la différence cessait progressivement d’être le sujet.
Il aura fallu près d’un an pour arriver à cette soirée.
Mercredi 16 septembre, au Studio des Arts Vivants de Casablanca, ils sont près de cinquante à monter sur scène. Certains dansent depuis longtemps. D’autres sont amateurs. Plusieurs vivent avec un handicap. Mais très vite, ces catégories qui semblaient devoir raconter le spectacle deviennent presque inutiles.
NABDA SHOW – Dance for All ne cherche précisément pas à faire du handicap son sujet. Il fait le pari inverse : celui de la danse.
Des corps différents entrent dans le mouvement. Les mobilités ne sont pas les mêmes, les gestes non plus. Chacun occupe l’espace avec ses possibilités, son rythme et sa manière d’habiter la musique. Il n’est pas question de masquer les différences, encore moins de les exhiber. Elles sont là, simplement, intégrées à l’écriture chorégraphique.
Un an pour apprendre à danser ensemble
Tout avait commencé en octobre 2025.
À l’époque, avant même les premiers pas, il y avait des interrogations très concrètes : comment faire danser ensemble des personnes dont les corps et les mobilités diffèrent ? Comment adapter sans enfermer ? Jusqu’où peut-on pousser l’exigence artistique ? Et, pour certains participants, une question beaucoup plus intime : « Est-ce que je suis capable de danser ? »
Les semaines se sont ensuite enchaînées au rythme des cours et des répétitions.
Temps’Danse, chargé de l’accompagnement artistique, a construit le travail en fonction des possibilités de chacun, sans renoncer à l’ambition d’un véritable spectacle. Car toute la difficulté du projet était là : adapter sans diminuer, accompagner sans infantiliser, inclure sans transformer l’inclusion en argument permanent.
Peu à peu, raconte Aziza Gannoune, directrice et fondatrice de Nabda Foundation, quelque chose a changé au sein du groupe.
« *Ce qui m’a le plus marquée, ce n’est pas la progression technique, même si elle est réelle. C’est le moment où les participants ont arrêté de se regarder comme différents *».
Au commencement, poursuit-elle, il fallait encore « expliquer, rassurer, adapter ». Puis les réflexes ont changé. Les danseurs ont commencé à se corriger entre eux, à créer ensemble, à se faire confiance.
« L’inclusion a cessé d’être un objectif du projet pour devenir simplement la façon dont ce groupe travaille. »
Marouane, de « qu’est-ce que je fais là ? » à la scène
L’histoire de Marouane raconte à elle seule une partie du chemin parcouru.
Avant Dance for All, il n’avait jamais dansé.
Son premier souvenir n’est pas celui d’une vocation soudaine, mais du doute.
« Je me demandais surtout ce que je faisais là et si j’allais ralentir tout le monde », raconte-t-il.
La réponse qu’il reçoit alors donne presque sa philosophie au projet : personne ne lui demande de faire exactement comme les autres. On lui demande de trouver sa propre manière de danser.
Quelques mois plus tard, le regard qu’il porte sur son corps a changé.
« Aujourd’hui, je sais ce que mon corps peut faire, et ça, je ne le savais pas il y a neuf mois. »
Et puis vient cette phrase, toute simple, qui mesure mieux que n’importe quel discours le chemin parcouru : « Le 16 septembre, je monte sur scène. Il y a un an, je n’aurais même pas osé y penser. »
Quand l’inclusion quitte le discours
Depuis sa création en 2021, Nabda Foundation travaille sur l’inclusion des personnes en situation de handicap par le sport et l’art. Pour cette aventure, l’association a pu compter sur le soutien de la Fondation BMCI et sur l’accompagnement artistique de Temps’Danse.
Mais après douze mois de travail, le résultat le plus intéressant de Dance for All se trouve peut-être ailleurs que dans le spectacle lui-même.
Il est dans ce groupe qui, selon ses organisateurs, a progressivement cessé de se penser comme un assemblage de personnes « valides » et « en situation de handicap ».
C’est à cet endroit que l’art réussit quelque chose que les campagnes de sensibilisation peinent parfois à obtenir : il ne demande plus d’expliquer l’inclusion, il la fait pratiquer.
Pendant des mois, il a fallu apprendre les mouvements, répéter, recommencer, adapter un geste, trouver la place de chacun et construire celle du groupe.
Puis est arrivé le moment de transmettre tout cela au public.
Et c’était, au fond, le véritable enjeu de la soirée casablancaise : reproduire dans la salle le déplacement du regard qui s’était opéré pendant un an parmi les danseurs eux-mêmes.
Entrer au Studio des Arts Vivants en distinguant encore les danseurs en situation de handicap des autres. Et en ressortir avec une image beaucoup plus simple : celle d’une cinquantaine de danseurs qui viennent de partager la même scène.
Ce mercredi soir, le plus beau mouvement chorégraphique de NABDA SHOW a été de faire disparaître la différence, non pas en l’effaçant, mais en cessant d’en faire le centre du regard.
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- 873 words · 4 min read
- Published
- October 2, 2026
- Byline
- Rédaction
- Source
- le1