Gestion des ordures à Conakry : entre sanctions et défaillances de collecte

À Conakry, la gestion des ordures ménagères reste un défi majeur. Dans les grandes artères, les autorités multiplient les mesures contre les dépôts sauvages. Lorsqu’un citoyen est surpris en train de jeter ses déchets sur la chaussée ou dans un endroit interdit, il peut être interpellé et sanctionné par une amende.
Mais derrière cette politique de répression se pose une autre question. Que se passe-t-il lorsque les citoyens respectent le principe de la collecte, paient leur abonnement à une PME, mais que celle-ci ne vient plus récupérer leurs ordures ?
Dans plusieurs quartiers de la capitale, des habitants affirment être confrontés à cette situation. Les PME chargées de la collecte à domicile ne passeraient plus régulièrement dans certaines zones.
« Nous payons pour la collecte, mais parfois la PME ne passe pas pendant plusieurs jours. Les ordures restent devant la maison et finissent par s’accumuler », témoigne Aïssatou Camara, habitante de Kobaya.
Le problème devient encore plus visible lorsque les habitants cherchent eux-mêmes une solution. Certains font appel à des jeunes du quartier pour venir récupérer leurs déchets et les évacuer avec un paiement supplémentaire.
« Quand la PME ne vient pas, nous sommes obligés de chercher quelqu’un pour prendre les ordures. Pourtant, nous avons déjà payé pour ce service », déplore Fatoumata Diallo, résidente de Kipé.
Dans le même temps, les habitants constatent régulièrement le passage de camions sur certaines grandes artères pour enlever les déchets déposés en bordure de route.
Une situation qui crée un contraste. Les déchets visibles sur les axes principaux sont évacués, tandis que dans certaines zones résidentielles, les ménages disent attendre le passage de leur collecteur.
Pour Mamadou Bah, habitant de Sonfonia, cette situation peut pousser certains citoyens à déplacer leurs déchets vers les grands axes.
« Quand les ordures restent longtemps devant les concessions, certaines personnes finissent par les sortir et les déposer là où elles pensent qu’un camion passera. Ce n’est pas une bonne solution, mais il faut aussi se demander pourquoi elles en arrivent là », estime-t-il.
Le dépôt d’ordures sur la chaussée demeure pourtant interdit. Les citoyens pris en flagrant délit peuvent être interpellés et sanctionnés. Des habitants disent comprendre cette politique, tout en estimant que la lutte contre les dépôts sauvages doit également s’accompagner d’un service de collecte régulier dans les quartiers.
Pour les ménages abonnés à une PME, l’attente devrait normalement se limiter au prochain passage du collecteur. Mais lorsque celui-ci ne vient pas pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, certains habitants disent se retrouver face à un véritable dilemme : conserver les déchets devant leur concession, payer une autre personne pour les évacuer ou prendre le risque de les déposer dans un endroit interdit et de s’exposer à une sanction.
Dans les quartiers concernés, plusieurs citoyens soulignent ainsi que la question ne relève pas uniquement du comportement des ménages. Ils estiment que la responsabilité des entreprises chargées de la collecte doit également être examinée.
Au-delà des dépôts sauvages, des habitants s’interrogent notamment sur le respect des engagements pris par les PME auxquelles ils sont abonnés. Ils souhaitent savoir si les itinéraires, les fréquences de passage et la qualité du service fourni aux ménages font l’objet d’un contrôle régulier par les autorités.
« On nous demande de ne pas jeter les ordures dans la rue, ce que nous comprenons. Mais lorsque la PME ne passe pas pendant plusieurs jours, il faut aussi nous donner une solution », estiment plusieurs habitants interrogés.
D’autres citoyens estiment que la lutte contre l’insalubrité devrait concerner l’ensemble de la chaîne de collecte : le citoyen qui doit respecter les règles , la PME qui doit assurer le service pour lequel elle est rémunérée , et les autorités chargées de veiller au respect des engagements.
Dans cette situation, certains habitants demandent également à savoir quelles mesures sont prises lorsqu’une PME ne respecte pas régulièrement ses obligations de collecte. Le problème se pose d’autant plus pour les ménages qui disent être contraints de payer une deuxième fois pour faire évacuer leurs déchets, après avoir déjà payé leur abonnement à une PME.
Pour Ibrahima Sylla, jeune qui intervient ponctuellement pour évacuer les déchets dans son quartier, les demandes augmentent lorsque les PME ne passent pas régulièrement.
« Les habitants nous appellent parce qu’ils ne peuvent pas garder leurs ordures indéfiniment devant leurs maisons. Ils veulent simplement s’en débarrasser », explique-t-il.
Pour plusieurs riverains, la question est donc aussi celle de l’existence d’un mécanisme permettant à un citoyen qui paie son abonnement de signaler une défaillance et d’obtenir une réponse lorsque le service n’est pas assuré. Ils estiment que les sanctions contre les dépôts sauvages ne peuvent être dissociées de la nécessité de garantir aux ménages un moyen régulier et accessible d’évacuer leurs déchets.
À Conakry, pendant que les dépôts sauvages sur les grandes artères continuent d’être combattus et sanctionnés, des habitants disent toujours attendre le passage des PME dans leurs quartiers.
Une situation qui laisse plusieurs citoyens dans l’attente d’une réponse sur le suivi des entreprises chargées de la collecte et sur les mesures prévues, lorsque le service auquel les ménages sont abonnés n’est pas assuré.
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About this article
- Length
- 850 words · 4 min read
- Published
- October 4, 2026
- Byline
- Magnalen Traoré
- Source
- Guinéenews