
Le Port de Douala confirme son statut de locomotive logistique d'Afrique centrale. Son outil industriel, le Chantier Naval et Industriel du Cameroun (CNIC), affiche en revanche des signes de délitement qui freinent les investissements.
Le Port Autonome de Douala affiche une dynamique positive : terminal à conteneurs modernisé, trafic soutenu, attractivité renforcée pour les opérateurs internationaux. Il s'impose comme une porte d'entrée performante et un créateur de valeur pour l'économie camerounaise.
À quelques centaines de mètres des quais, le CNIC présente un contraste saisissant. Selon des employés et des visiteurs récents, le site principal se dégrade, certaines zones sont transformées en dépotoir, l'entretien fait défaut. L'outil de souveraineté destiné à la réparation navale et à l'accueil d'industries lourdes tourne au ralenti.
Un projet de 300 emplois à l'arrêt
Un groupe industriel étranger projette l'installation, au sein même du CNIC, d'une usine moderne de bitume. Un investissement de plusieurs milliards de FCFA, stratégique pour les chantiers routiers du pays, avec 300 emplois directs annoncés pour la jeunesse de Douala.
Le projet est aujourd'hui bloqué, faute de foncier disponible.
Cette indisponibilité interroge au sein du plus vaste domaine industrialo-portuaire du pays. Selon des sources internes concordantes, le domaine du CNIC aurait été morcelé en une multitude de petites sous-locations informelles, attribuées sans appel d'offres public. Une gestion de rente, peu créatrice de valeur industrielle, qui bloque un investissement structurant. Des collaboratrices proches du top management sont citées comme étant au cœur de ce système.
Un intérim sous observation
Assuré par M. Webnjoh Abel Bobuin Bisiya, l'intérim à la Direction Générale avait pour objectif de préserver l'outil et de préparer la relance. Le constat actuel - dégradation du site, blocage d'un projet d'envergure, priorité donnée à la petite location sur l'investissement industriel - contraste avec les performances du Port Autonome.
Dans ce contexte, la confirmation à la tête du CNIC ne relève plus d'une simple formalité administrative, mais d'un choix stratégique pour le Conseil d'Administration et la tutelle du Port Autonome de Douala.
Les attentes portent désormais sur trois axes : un audit du domaine foncier du CNIC et la publication des titres d'occupation en cours, la libération d'une assiette foncière pour l'usine de bitume, et la présentation d'un plan de nettoyage et de relance industrielle aligné sur la trajectoire du Port de Douala.
Le Port montre la voie de la performance. Son chantier naval est attendu sur la même trajectoire.