l’UE bientôt bailleur de fonds au Maroc ?
«Face à une nouvelle crise énergétique, il est urgent de renforcer notre système énergétique et d’intégrer nos marchés. C’est essentiel pour faire baisser les coûts de l’énergie, améliorer notre compétitivité et intégrer davantage d’énergies renouvelables produites localement».
Le regards se tournent vers Bruxelles, siège de la Commission européenne. Et pour cause. La deadline d’un appel à propositions dans le domaine énergétique vient d’expirer il y a quelques heures. En effet, la Commission avait lancé en avril dernier un nouvel appel à propositions pour des projets d’infrastructures énergétiques transfrontalières européens majeurs, doté d’un budget indicatif de 600 millions d’euros. «Organisé par l’Agence exécutive pour le climat, les infrastructures et l’environnement (CINEA), il s’agit du premier appel ouvert aux projets figurant sur la deuxième liste des projets d’intérêt commun (PIC) et des projets d’intérêt mutuel (PIM). Lié au mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), cet appel porte sur le financement de propositions d’études et de travaux de construction et sera ouvert jusqu’au 30 septembre 2026», avait annoncé alors la Commission. Les résultats seront connus dans quelques mois. Soit! Mais quel rapport avec le Maroc? Plusieurs projets stratégiques sont actuellement mis en lumière au Maroc à commencer par le projet de développement d’infrastructures gazières sans oublier les câbles électriques sous-marins. Le Royaume pourrait bien évidemment apporter un soutien aux pays européens. Le rôle du Royaume et son efficacité ne sont pas à prouver puisque le pays a déjà permis à l’Espagne de retrouver le courant électrique après le blackout qui avait paralysé la péninsule ibérique dans le passé. Sachant que l’UE est à la recherche de partenaires fiables, un partenariat gagnant-gagnant sera bénéfique pour toutes les parties. Pour rappel, le commissaire chargé de l’énergie et du logement, Dan Jørgensen, avait déclaré : « Face à une nouvelle crise énergétique, il est urgent de renforcer notre système énergétique et d’intégrer nos marchés. C’est essentiel pour faire baisser les coûts de l’énergie, améliorer notre compétitivité et intégrer davantage d’énergies renouvelables produites localement. Le paquet « Réseaux » que nous avons proposé (…) renforce déjà le cadre réglementaire des projets transfrontaliers. L’appel à projets d’aujourd’hui permettra de dégager les financements indispensables. »
PIC et PIM
Les Européens ont déjà deux catégories de projets, à savoir les PIC et les PIM. Les projets d’intérêt commun (PIC) sont des projets d’infrastructure transfrontaliers essentiels qui relient ou influencent significativement les systèmes énergétiques d’au moins deux pays de l’UE. Les projets d’intérêt mutuel (PIM) relient les infrastructures énergétiques d’au moins un pays de l’UE à celles de pays voisins (non membres de l’UE). En privilégiant les interconnexions transfrontalières, les PIC et les PIM sont indispensables à la réalisation des objectifs énergétiques et climatiques de l’UE, à la garantie de la sécurité d’approvisionnement énergétique et au renforcement de l’intégration des marchés. «Les projets sélectionnés comme projets pilotes/projets de développement de projets PCI/PMI bénéficient automatiquement de nombreux avantages découlant du règlement relatif au réseau transeuropéen de l’énergie (RTE-E), notamment une procédure d’autorisation accélérée et un traitement réglementaire amélioré. Les promoteurs de projets peuvent également solliciter un soutien financier pour les études préparatoires et/ou les travaux de construction dans le cadre du programme CEF Énergie. Le programme CEF Énergie dispose d’un budget total de 5,88 milliards d’euros pour les subventions sur la période 2021-2027», expliquent les responsables de la Commission européenne. Les projets d’intérêt commun (PIC) et les projets d’intérêt mutuel (PIM) sont éligibles au financement du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), le fonds de l’UE destiné à dynamiser les infrastructures énergétiques, de transport et numériques. Le programme MIE pour la période 2021-2027 comprend également un nouveau volet de soutien aux projets transfrontaliers d’énergies renouvelables. La Banque européenne d’investissement joue également un rôle important dans le financement des projets d’infrastructure transfrontaliers.
A noter que le Maroc et le Portugal ont convenu cet été de relancer le projet d’interconnexion électrique entre les deux pays, à l’arrêt depuis 2022, et de solliciter un soutien de l’Union européenne afin de contribuer au financement de ce projet stratégique.
La ministre de la transition énergétique et du développement durable, Leïla Benali, a indiqué, à l’issue d’entretiens tenus en juillet dernier à Lisbonne avec la ministre portugaise de l’environnement et de l’énergie, Maria da Graça Carvalho, que les deux pays entendent, à travers ce projet, «réduire les coûts, notamment en garantissant une énergie à des prix abordables», au bénéfice des populations et des différents secteurs économiques concernés. Dans une déclaration à la presse, Mme Benali a souligné que le Maroc et le Portugal ambitionnent de «réduire les coûts, et en particulier d’améliorer l’accessibilité financière de l’énergie», dans l’intérêt des citoyens et de plusieurs secteurs économiques des deux pays. Elle a ajouté que les deux parties se sont accordées à travailler en parallèle à la mobilisation de financements européens et à l’exploration des possibilités de participation du secteur privé à la réalisation du projet d’interconnexion électrique, qui devrait contribuer au renforcement de la sécurité énergétique et de la coopération entre l’Europe et l’Afrique. De son côté, la ministre portugaise a annoncé que Lisbonne et Rabat demanderont à la Commission européenne d’examiner la possibilité de classer le projet parmi les projets d’intérêt commun (PIC) de l’Union européenne, ce qui lui permettrait de bénéficier des mécanismes européens de financement. Les deux parties, a-t-elle précisé, présenteront ce projet à la vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée d’une transition propre, juste et compétitive, Teresa Ribera, afin d’évaluer l’intérêt de l’Union européenne pour son inscription parmi les projets prioritaires à l’échelle européenne. Mme Carvalho a estimé qu’une nouvelle interconnexion électrique entre l’Europe et l’Afrique contribuerait à renforcer la sécurité énergétique et à consolider la coopération entre les deux continents. Elle a ajouté que le Maroc et le Portugal ont convenu d’engager, dans une première phase, des consultations avec la Commission européenne afin d’évaluer sa disposition à soutenir le projet et à le reconnaître comme un projet stratégique européen.
France
Partenariat. Un accord avait été signé lors de la dernière visite d’Etat du président français au Maroc. Signé par la ministre de la transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, et la ministre déléguée auprès de la ministre de la transition écologique, de l’énergie, du climat et de la prévention des risques, chargée de l’énergie, Olga Givernet, l’accord porte sur un Partenariat stratégique sur la coopération énergétique, la connectivité et la transition énergétique. Ce Partenariat vise le développement de la coopération et des échanges entre les deux parties dans le domaine de l’énergie, notamment la politique énergétique et la planification, la certification et la régulation, les énergies renouvelables, les systèmes électriques y compris la production et les réseaux électriques, la production d’hydrogène bas carbone et le stockage de l’énergie, les métaux critiques et le transport de molécules. A noter que la ministre de la transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, avait présidé par visioconférence une réunion consacrée au suivi de l’état d’avancement des études techniques et économiques relatives au projet d’interconnexion électrique entre le Maroc et la France, dans le cadre de la mise en œuvre du partenariat stratégique pour la coopération énergétique bilatérale, sous le signe «Connecter la transition énergétique entre le Maroc et la France». Dans un communiqué, le ministère avait indiqué que cette réunion, qui a marqué une étape phare dans le processus de coordination bilatérale, a été l’occasion de mettre l’accent sur les mécanismes d’échange des données nécessaires à la réalisation de cet ambitieux projet, appelé à constituer un levier stratégique pour parvenir à la sécurité énergétique et renforcer l’intégration des systèmes électriques des deux pays. Selon la même source, les participants ont souligné l’importance d’une coopération étroite et d’une coordination continue entre les établissements concernés, à même de renforcer les bases du partenariat stratégique et asseoir un échange fluide et transparent des données et informations techniques afin d’accélérer la cadence de réalisation du projet.
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- 1,298 words · 6 min read
- Published
- September 30, 2026
- Byline
- Mohamed Badrane
- Source
- Aujourd'hui