Sommet Russie-Afrique : La souveraineté vue par la Russie, une nouvelle voie pour le Sénégal ?
Lors du forum du sommet Russie-Afrique, ce lundi, Moscou a présenté sa grille de lecture de la souveraineté. Elle repose sur l'idée qu'un pays peut choisir son degré d'indépendance, et que le partenariat avec la Russie serait un moyen d'y parvenir. Pour le Sénégal, qui cherche à maîtriser ses ressources, ses données et son économie, la question mérite d'être posée. Un continent présenté comme le prochain moteur de croissance La démonstration part d'un graphique qui croise le PIB par habitant en

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Lors du forum du sommet Russie-Afrique, ce lundi, Moscou a présenté sa grille de lecture de la souveraineté. Elle repose sur l'idée qu'un pays peut choisir son degré d'indépendance, et que le partenariat avec la Russie serait un moyen d'y parvenir. Pour le Sénégal, qui cherche à maîtriser ses ressources, ses données et son économie, la question mérite d'être posée.
Un continent présenté comme le prochain moteur de croissance
La démonstration part d'un graphique qui croise le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat, de 1 à 100 milliers de dollars sur une échelle logarithmique, et la part de la population vivant en ville. Les économies avancées, États-Unis, zone euro et Japon en tête, se retrouvent dans un groupe aux faibles taux de croissance. Des pays comme la Chine, l'Inde, le Brésil ou la Russie sont décrits comme le moteur actuel de la croissance mondiale. La quasi-totalité des pays africains, dont le Nigeria, le Ghana, l'Éthiopie, la RDC et le Sénégal, est regroupée dans la zone des pays à fort potentiel de croissance. Sur ce graphique, le Sénégal se situe sur la courbe de l'urbanisation, avec un peu plus de la moitié de sa population en ville d'après la lecture du schéma. Son PIB par habitant se place dans la partie basse de l'échelle, loin des économies émergentes asiatiques. Le message est que l'urbanisation africaine va créer des besoins massifs en infrastructures, en services et en emplois, et que celui qui accompagnera ce mouvement pèsera durablement.
Trois niveaux de souveraineté
Le cœur de la présentation est une échelle à trois marches. Tout en bas, la souveraineté zéro désigne la dépendance totale à des solutions étrangères. Au milieu, la souveraineté de base correspond à un système de gestion indépendant, mais bâti sur des solutions venues d'ailleurs. Tout en haut, la souveraineté avancée suppose de développer ses propres solutions et plateformes. Cette échelle est utile pour le débat sénégalais. Elle permet de mesurer où se situe le pays dans chaque domaine, et rappelle qu'utiliser un outil étranger n'est pas en soi un problème tant qu'on en garde le contrôle. Quatre piliers sont avancés pour progresser vers le haut de l'échelle : les infrastructures, les modèles, les données et le développement des compétences. On y retrouve les enjeux du Sénégal numérique, du stockage des données publiques à la formation des ingénieurs.
Un périmètre qui dépasse le numérique
La notion de souveraineté ne s'arrête pas aux technologies. Un autre schéma la découpe en trois couches. Les institutions centrales de l'État, c'est-à-dire l'appareil gouvernemental, la défense et la sécurité, forment le socle. Vient ensuite la souveraineté de base, qui couvre la sécurité alimentaire et l'accès à l'eau, l'énergie abordable et la sécurité énergétique, la connectivité et la logistique, ainsi que le financement du développement et de l'investissement. Au sommet apparaissent des domaines que Moscou qualifie de nouveaux : l'information et l'intelligence artificielle, les services publics, les services urbains, le commerce en ligne et le tourisme, le développement humain et la technologie. Ces domaines recoupent directement les priorités affichées par Dakar, qu'il s'agisse du gaz et du pétrole, de la sécurité alimentaire, des ports et corridors logistiques ou de la transformation numérique. La Russie se présente comme un partenaire capable d'intervenir sur l'ensemble de la chaîne, et pas seulement sur un projet isolé. Moscou résume son approche en quatre idées. La première est la co-création et la gestion souveraine : la Russie dit travailler avec des partenaires nationaux et leur transférer les capacités nécessaires pour exploiter et maintenir les systèmes de façon autonome. La deuxième est une approche intégrée, qui combine infrastructures, technologie, financement, formation et maintenance. La troisième est la localisation, avec formation de la main-d'œuvre, partenariats locaux, fabrication sur place et transfert de savoir-faire. La quatrième est l'adaptation des solutions aux besoins de chaque pays. La conclusion affichée est que les projets conjoints peuvent révéler le plein potentiel de l'Afrique.
Ce que le Sénégal peut en tirer
Ce discours répond à une demande réelle des Africains, qui ne veulent plus être de simples clients de solutions clés en main. Pour le Sénégal, la promesse de transfert de compétences et de production locale est séduisante, notamment pour l'énergie, la formation technique et les infrastructures. Une promesse de souveraineté ne remplace cependant pas des engagements précis. Les conditions de financement, la propriété des données, la place des entreprises sénégalaises et le calendrier réel des transferts de technologie devront être écrits noir sur blanc dans les accords. Le risque est de passer d'une dépendance à une autre en changeant simplement de fournisseur. La souveraineté avancée, celle où l'on développe ses propres solutions, ne se décrète pas : elle se construit par la formation, l'investissement et la diversification des partenaires. Le sommet offre à
Dakar
une occasion de négocier en position de choix. La vraie mesure de cette « nouvelle voie » sera ce que les accords concrets laisseront, demain, entre des mains sénégalaises.
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- 817 words · 4 min read
- Published
- October 26, 2026
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- Senenews