- SOSUCAM : l'offre kényane qui change tout

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SOSUCAM rachat : Kipchimchim propose 200 milliards FCFA, 62 de plus que le consortium camerounais. Yaoundé examine.
Une mission du Comité stratégique de la Primature a visité les installations de Kipchimchim au Kenya. L'offre kényane dépasse de 62 milliards FCFA celle du consortium camerounais.
Le groupe kényan Kipchimchim a proposé environ 200 milliards FCFA (304 millions d'euros) pour reprendre la SOSUCAM, selon EcoMatin. L'offre, soutenue par Afriland First Bank, dépasse de 62 milliards FCFA celle du consortium camerounais de Joseph Pagop Noupoué, qui s'élève à 138 milliards FCFA.
Une mission du Comité stratégique mis en place par le Premier ministre Joseph Dion Ngute s'est rendue au Kenya. Elle a visité les installations de Kipchimchim et achevé son séjour le 19 septembre 2026. Le dossier n'est plus un face-à-face. C'est une bataille à trois.
Une cession sous haute tension
Le 13 août 2026, Somdia filiale du groupe français Castel annonçait la signature d'un accord de cession de ses 82 % dans la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM) avec un consortium de cinq investisseurs camerounais. Trois jours plus tôt, le 10 août, le directeur de Cabinet du Premier ministre, Balungeli Confiance Ebune, adressait une correspondance à Somdia demandant un « sursis immédiat sur toute démarche liée au projet de cession ».
Autrement dit : le gouvernement a suspendu une opération que Somdia venait de signer. Un comité stratégique de pilotage, installé pour six mois, a été chargé d'examiner l'ensemble du dossier.
Le consortium camerounais : cinq noms, un plan
Ils sont cinq. Joseph Pagop Noupoué, avocat d'affaires et président du conseil d'administration de Savannah Energy. Henriette Noutchougouin, dirigeante du groupe agro-industriel Noutchogouin Jean Samuel. William Nkontchou, cofondateur d'AFIIP. Igor Djoukwé, spécialiste de l'import-export et ancien dirigeant de la Compagnie sucrière sénégalaise. Marcel Tchagongom, ancien associé principal d'EY Cameroun.
Leur projet : 210 millions d'euros, soit environ 137,7 milliards de FCFA, pour moderniser les usines et étendre l'irrigation. Un chiffre qui témoigne d'une capacité financière rare dans le paysage économique camerounais.
Kipchimchim : le prétendant kényan
Le groupe kényan Kipchimchim, fondé par Samwel Ngetich Kipsoi, décédé en septembre 2022, exploite notamment la West Valley Sugar Company dans le comté de Kericho. Cette usine a une capacité de broyage de 1 250 tonnes de canne par jour. Le groupe dispose d'un bassin potentiel de 3 500 hectares, dont 3 023 déjà cultivés par environ 6 000 planteurs partenaires.
Son offre : 304 millions d'euros, soit environ 200 milliards FCFA, soutenue par Afriland First Bank, la première banque commerciale locale.
La comparaison qui change tout
Sur le papier, l'offre kényane dépasse celle du consortium camerounais de 62 milliards FCFA. Mais ces montants ne sont pas directement comparables. La ventilation de l'offre kényane combien pour le prix d'acquisition, combien pour le remboursement des dettes, combien pour les investissements industriels n'a pas été rendue publique.
Une source proche du dossier, qui n'a pas souhaité être nommée, confirme que « les besoins d'investissement portent essentiellement sur le renouvellement de l'outil de production, qui est obsolète ». Nous n'avons pas pu obtenir de confirmation officielle de cette ventilation avant publication.
La guerre Castel-Romy Castel
Il y a un conflit dans le conflit. Romy Castel, héritière du groupe français, s'oppose à la cession. Le 22 juin 2026, elle déclarait avoir appris le projet de cession des 88,36 % détenus par Somdia dans SOSUCAM. Le 30 juin, DF Holding, maison mère de Somdia, révoquait son mandat d'administrateur.
Cette bataille interne ajoute une couche d'incertitude à un dossier déjà complexe.
Ce que le gouvernement veut
L'État camerounais est actionnaire indirect de SOSUCAM à hauteur d'environ 7 %, via la CNPS et la Société nationale d'investissement. Il rappelle aussi que « l'État camerounais demeure propriétaire des terres cultivables mises en bail à Sosucam ».
La SOSUCAM, c'est 25 000 hectares sous canne, environ 8 000 emplois directs et indirects, et une production annuelle oscillant entre 120 000 et 160 000 tonnes pour une demande nationale estimée à 300 000 tonnes.
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a reçu le dossier. La mission kényane s'est achevée le 19 septembre. Aucune conclusion n'a été rendue publique à ce jour.
Et maintenant ?
Le comité stratégique dispose de six mois. Yaoundé veut examiner, comparer, trancher. Le consortium camerounais a déjà visité les installations de la Compagnie sucrière sénégalaise, où Igor Djoukwé a travaillé. La mission kényane a fait le trajet inverse.
Reste une question, que personne à Yaoundé ne veut poser publiquement : le Cameroun peut-il se permettre de refuser 200 milliards FCFA ? Ou peut-il se permettre d'accepter un opérateur étranger sur un actif aussi stratégique ?
Qui est Kipchimchim Group ?
Fondé par Samwel Ngetich Kipsoi, un homme d'affaires kényan parti de rien il a été ouvrier, puis a bâti un empire dans le thé, le sucre, l'immobilier et la logistique. Décédé en 2022, il a laissé un groupe diversifié de plus de 7 000 employés. La West Valley Sugar Company produit également environ 20 000 litres d'éthanol par jour et génère cinq mégawatts d'électricité à partir de la bagasse.
Pourquoi l'offre kényane est plus élevée
L'écart de 62 milliards FCFA s'explique en partie par la structure de l'offre. Kipchimchim, adossé à Afriland First Bank, propose un montant global qui inclut probablement l'acquisition, la reprise de dettes et un programme d'investissement. Le consortium camerounais, lui, a isolé son programme d'investissement à 137,7 milliards FCFA, sans que le prix d'acquisition des 82 % de Somdia n'ait été rendu public. Cette analyse repose sur les déclarations publiques disponibles et non sur des documents confidentiels.
Ce que disent les syndicats et les travailleurs
Nous avons tenté de joindre la direction de SOSUCAM et les représentants syndicaux. Nos appels sont restés sans réponse avant publication. La question des 8 000 emplois directs et indirects reste au cœur des préoccupations. Un employé de l'usine de Mbandjock, qui a requis l'anonymat, confie : « On nous dit que tout va bien, mais personne ne nous explique ce qui se passe vraiment. »
Contexte
La SOSUCAM a connu une année 2026 mouvementée. Des grèves de coupeurs de canne ont perturbé la récolte en mai. En août, la communauté de la Haute-Sanaga alertait sur les risques d'une reprise sans dialogue avec les populations riveraines. Le dossier social s'ajoute au dossier financier.
Qui veut racheter la SOSUCAM ?
Deux candidats sont en lice : un consortium camerounais mené par Joseph Pagop Noupoué et le groupe kényan Kipchimchim.
Combien propose chaque candidat ?
Le consortium camerounais annonce 137,7 milliards FCFA d'investissement. Kipchimchim propose environ 200 milliards FCFA, mais le détail de l'offre n'est pas public.
Pourquoi le gouvernement a-t-il suspendu la cession ?
Pour examiner le dossier en profondeur. Un comité stratégique de six mois a été installé.
Que va-t-il se passer maintenant ?
Le comité doit rendre ses conclusions. Aucune décision officielle n'a été annoncée.
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About this article
- Length
- 1,132 words · 6 min read
- Published
- September 23, 2026
- Byline
- Paul Moutila
- Source
- Camer.be