Aminata Kaba à l’issue de la table ronde sur le Protocole de Maputo : « La mise en œuvre reste un énorme défi »

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A l’issue de la table ronde de haut niveau consacrée à la ratification, à la domestication et à la mise en œuvre du Protocole de Maputo dans les pays d’Afrique francophone, la ministre guinéenne de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Aminata Kaba, a appelé à davantage d’actions concrètes en faveur des droits des femmes et des jeunes filles.
Tenue à Conakry ce mercredi 7 octobre, cette rencontre a réuni des représentants des gouvernements, des parlementaires, de la société civile, ainsi que des partenaires techniques et financiers venus échanger sur les défis liés à l’application effective du Protocole de Maputo.
Pour Aminata Kaba, l’un des principaux enseignements de ces échanges est que l’adoption des textes ne suffit pas à garantir leur application.
« C’est bien d’avoir des textes, c’est bien de les signer, c’est bien de les ratifier. La mise en œuvre reste un énorme défi », a-t-elle déclaré lors de la cérémonie de clôture.
La ministre estime que cette mise en œuvre doit nécessairement tenir compte des réalités propres à chaque société africaine, notamment les différences socioculturelles, les barrières linguistiques, mais également la manière de communiquer et de vulgariser les textes.
« Si les textes que nous souhaitons vulgariser ne sont pas compris par l’ensemble des parties prenantes, ces textes deviennent difficiles à implémenter », a-t-elle souligné, estimant qu’une mauvaise approche peut même constituer « un frein à la cause commune qui est celle du respect des droits des femmes et des jeunes filles dans nos sociétés ».
« C’est une responsabilité collective »
Tout en rappelant que le Protocole de Maputo a été « écrit par les Africains et pour les Africains », Aminata Kaba reconnaît que des difficultés persistent dans sa mise en œuvre.
Elle appelle ainsi les différents acteurs à dépasser les divergences et à unir leurs efforts autour de la défense des droits des femmes.
« Au lieu de s’unir autour des sujets, unir nos efforts pour faire avancer les choses, on passe plus de temps à se donner des piques les uns les autres : qui défend quoi ? Mais je pense que c’est une responsabilité collective », a-t-elle regretté.
Selon elle, cette responsabilité incombe à l’ensemble des composantes de la société. Le gouvernement, le Parlement, la société civile, les leaders religieux et coutumiers, ainsi que les partenaires techniques et financiers doivent chacun jouer leur rôle.
« Voter des lois, les écrire, c’est bien, s’assurer de leur mise en œuvre est encore mieux en mettant la main à la pâte », a-t-elle insisté.
La ministre a également mis l’accent sur le rôle des leaders religieux et coutumiers, considérés comme des acteurs essentiels dans les sociétés africaines. Elle estime que le respect des réalités culturelles demeure indispensable pour parvenir à une véritable appropriation des textes.
MGF : « Il faut se poser des questions »
Abordant la question des mutilations génitales féminines (MGF), Aminata Kaba a appelé à améliorer la collecte des données et les mécanismes de reporting.
Elle s’est notamment interrogée sur la situation de certains pays ayant ratifié les conventions relatives aux droits des femmes, mais qui continuent d’afficher des niveaux élevés de prévalence des MGF.
« Bien que nous soyons parmi ceux qui ont ratifié la convention, écrit, signé, etc., en termes de MGF, rien que cette partie, on reste deuxième au monde », a-t-elle déclaré.
Face à cette situation, elle estime qu’il faut s’interroger sur la qualité des données disponibles et des rapports transmis aux instances compétentes.
« Soit il y a un problème de reporting, soit il y a certains pays qui ne font pas un bon reporting et qui, disons, rendent jolies leurs chiffres », a-t-elle avancé, avant d’appeler à renforcer la collecte et la transmission de données fiables auprès des autorités compétentes, notamment l’Union africaine.
Renforcer la sensibilisation et impliquer les hommes
Pour la ministre, la lutte en faveur des droits des femmes ne peut être efficace sans une sensibilisation accrue à tous les niveaux de la société.
Elle préconise notamment de renforcer les actions dans les écoles, les marchés et dans tous les espaces fréquentés par les jeunes filles.
« Il faudrait que nous renforcions la sensibilisation sur les différentes pratiques, les droits des femmes auprès de la couche juvénile, dans les écoles, dans les marchés, partout où nous pouvons avoir des filles », a-t-elle indiqué.
Cette sensibilisation doit également cibler les hommes. Aminata Kaba appelle à privilégier le dialogue et à adapter le langage aux réalités socioculturelles.
« Il faudrait aussi qu’on tienne compte de nos traditions et qu’on aborde les sujets avec tact, qu’on ait le bon langage, la bonne posture, et qu’on ne les traite pas comme des adversaires ou des personnes à effrayer, mais qu’on discute et qu’on ait un dialogue », a-t-elle plaidé.
« Nous avons besoin des actes, des actions concrètes »
Au-delà des engagements institutionnels, Aminata Kaba invite chaque acteur à s’interroger sur ce qu’il peut concrètement faire pour améliorer la situation des femmes.
Reprenant une question formulée au cours de la rencontre par la directrice du Centre ODAS, elle a invité les participants à se demander : « Qu’est-ce que je fais pour changer les choses ? »
Une réflexion qui, selon elle, doit d’abord être personnelle et familiale, avant de s’étendre à la société.
« En termes de promotion des femmes, si je suis ministre, combien de femmes je nomme au sein de mon Département ? C’est ça dont on a besoin, des actes, des actions concrètes », a-t-elle martelé.
Elle interpelle également le secteur privé sur son rôle dans l’autonomisation économique des femmes, notamment à travers l’accès au financement.
« Si je suis dans la société civile, dans le secteur privé, combien de femmes j’aide à être économiquement indépendantes ? », s’est-elle interrogée.
La ministre souhaite par ailleurs une meilleure coordination entre les ONG et les organisations de la société civile afin d’éviter la compétition et de favoriser l’agrégation des données ainsi que la mise en place de mécanismes de reporting plus clairs.
La Guinée affiche sa « volonté politique »
Évoquant la situation de la Guinée, Aminata Kaba a assuré que la volonté politique en faveur de la promotion des femmes existe.
« Je peux vous rassurer déjà qu’en Guinée, la volonté politique, je pense qu’on l’a bien présentée. Elle est là », a-t-elle affirmé.
Elle a notamment rappelé que le président de la République, Mamadi Doumbouya, a dédié son septennat à la promotion de la femme, tout en évoquant les avancées présentées au cours de la table ronde dans les domaines de la représentation des femmes au niveau gouvernemental et de l’Assemblée.
La ministre reconnaît toutefois que plusieurs défis restent à relever, notamment dans les domaines des MGF, des violences basées sur le genre (VBG), de la protection sociale, de la collecte des données, de la communication et de l’inclusion.
Vers une plateforme commune autour du Protocole de Maputo
Aminata Kaba a plaidé pour la mise en place d’une plateforme commune permettant aux différents acteurs et pays de poursuivre régulièrement les échanges sur la mise en œuvre du Protocole de Maputo.
« Il faudrait que nous puissions avoir une plateforme commune », a-t-elle proposé, appelant le Centre ODAS à réfléchir à un cadre permettant de poursuivre les discussions au-delà des ateliers.
Pour Aminata Kaba, l’enjeu est désormais de passer des engagements aux résultats, en adaptant les stratégies aux réalités locales et en faisant de la promotion des droits des femmes une responsabilité véritablement partagée.
Sadjo Bah
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- 1,275 words · 6 min read
- Published
- October 8, 2026
- Byline
- Mamadou Ba
- Source
- Mediaguinee