Madrid reporte son sommet avec Alger : Rabat au cœur d’un jeu diplomatique à trois bandes

L’Espagne a reporté sine die la Réunion de haut niveau avec l’Algérie qui devait s’ouvrir le 20 octobre à Madrid. Une décision prise dans un calendrier diplomatique particulièrement chargé : Felipe VI doit effectuer sa visite hautement sensible à Sebta et Melilla, un déplacement qui, selon El País, bénéficie du « plácet du Roi Mohammed VI et du Makhzen ». À quelques semaines de l’échéance du Conseil de sécurité sur le Sahara, Madrid semble marcher sur des oeufs.
La VIIIe Réunion de haut niveau entre l’Espagne et l’Algérie n’aura finalement pas lieu comme prévu les 20 et 21 octobre à Madrid. Et Tebboune n’aura pas sa photo avec le Roi Felipe.
Selon The Objective, qui cite des sources diplomatiques, le gouvernement de Pedro Sánchez a informé Alger dans les dernières heures du report sine die du sommet, alors que les préparatifs officiels étaient déjà engagés. Le rendez-vous devait réunir Pedro Sánchez et Abdelmadjid Tebboune et marquer la normalisation complète d’une relation bilatérale profondément secouée depuis le changement de position espagnol sur le Sahara.
Le sommet avait pourtant été annoncé solennellement le 20 juillet à Alger. La Moncloa parlait alors d’une « nouvelle étape » entre les deux pays et Pedro Sánchez qualifiait l’Algérie de « partenaire stratégique » et de « pays ami ».
Le calendrier a depuis été bouleversé.
Entre Sebta, Alger et New York
Une autre échéance s’est installée au milieu de l’agenda espagnol : Felipe VI et la reine Letizia se rendront à Sebta et Melilla les 13 et 14 octobre.
Le déplacement est historiquement et politiquement sensible. Mais cette fois, un élément change considérablement la lecture de la visite.
El País affirme, sur la base de sources de la Défense et de sources diplomatiques espagnoles, que le voyage s’effectue avec le « plácet del rey de Marruecos, Mohammed VI, y del Majzén ».
Autrement dit, selon ces sources espagnoles, SM le Roi Mohammed VI et le centre du pouvoir marocain ont donné leur aval au déplacement.
Rabat ne l’a pas confirmé publiquement.
Si cette information est exacte, elle donne une tout autre dimension à la séquence actuelle : derrière les déclarations publiques sur Sebta et Melilla se déroulerait une négociation autrement plus sophistiquée entre les deux monarchies et les deux États.
Et The Objective apporte lui-même une pièce supplémentaire à ce puzzle.
Le journal écrit que ses sources considèrent que « la préparation de l’historique voyage des Rois à Ceuta et Melilla […] a pesé dans le report de la RAN avec l’Algérie ».
Sa justification est encore plus explicite : maintenir le sommet avec Tebboune aurait représenté, selon ces mêmes sources, un « double desaire para Marruecos en apenas una semana », un double affront au Maroc en l’espace d’une semaine.
Le calendrier parle en effet de lui-même : Felipe VI à Sebta et Melilla les 13 et 14 octobre, Sánchez et Tebboune devaient se retrouver à Madrid à partir du 20.
Le Conseil de sécurité en toile de fond
Il manque enfin une troisième date pour comprendre la densité de cette séquence : le 31 octobre.
Le mandat de la MINURSO arrive alors à échéance et le Conseil de sécurité doit de nouveau se saisir du dossier du Sahara.
L’Espagne avance donc sur une ligne diplomatique particulièrement étroite. Elle doit gérer simultanément sa relation stratégique avec le Maroc, reconstruire ses rapports avec l’Algérie, préserver ses intérêts énergétiques et européens et tenir compte d’un dossier saharien dont elle demeure historiquement l’un des acteurs les plus observés.
The Objective, pas tout à fait objectif
Il y a enfin la curieuse posture de The Objective. Depuis le début de la crise de Sebta, le média espagnol a multiplié les articles systématiquement à charge contre le Maroc, nourrissant presque quotidiennement le récit d’un Rabat menaçant, manipulateur ou prêt à faire pression sur Madrid.
Mais lorsque l’Espagne reporte sa Réunion de haut niveau avec l’Algérie, le ton change brutalement. The Objective ne voit plus une manœuvre diplomatique, mais une « crise » ouverte par Sánchez, un « camouflet » infligé à Alger et presque un nouvel échec de la politique espagnole au Maghreb. La fermeté éditoriale réservée à Rabat cède soudain la place à une étonnante sollicitude pour Alger.
Le contraste est suffisamment frappant pour interroger la prétendue objectivité de The Objective. À lire certains de ses papiers depuis la crise de Sebta et sa désolation aujourd’hui devant le report du sommet hispano-algérien, on finirait presque par croire que la rédaction de The Objective est installée au palais d’El Mouradia, à Alger.
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- 760 words · 4 min read
- Published
- October 2, 2026
- Byline
- Rédaction
- Source
- le1