Niger : à Diffa, VND/NUR tisse une toile humanitaire et de résilience sur les rives du lac Tchad
De l'assistance alimentaire à la consolidation de la paix, l'ONG nigérienne VND/NUR intervient auprès de plus de 280 000 bénéficiaires à Diffa entre 2024 e L’article Niger : à Diffa, VND/NUR tisse une toile humanitaire et de résilience sur les rives du lac Tchad est apparu en premier sur Les Afriques .
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Dans la région de Diffa, à l’extrême est du Niger, là où les effets conjugués de l’insécurité, du dérèglement climatique et des déplacements de population se superposent depuis plus d’une décennie, une organisation locale s’est imposée comme un acteur structurant de l’action humanitaire. Fondée en août 2000 à N’Guigmi, sur les rives du lac Tchad, l’ONG Volontaires Nigériens pour le Développement (VND/NUR) mobilise aujourd’hui un réseau dense de partenariats internationaux pour répondre à des besoins qui dépassent largement la capacité des seuls dispositifs étatiques.
Des chiffres qui révèlent l’ampleur de la crise
Entre 2024 et septembre 2026, les opérations menées par VND/NUR dans le cadre de son partenariat avec le Programme alimentaire mondial (PAM) — actif depuis 2012 — ont permis d’atteindre 283 226 bénéficiaires cumulés, selon les données communiquées par le président de l’organisation, M. Kiari Moustapha, à l’Agence Nigérienne de Presse. Ce chiffre appelle une lecture prudente : l’organisation elle-même précise que certains ménages ont pu recevoir une assistance à plusieurs reprises, sans que le nombre de personnes distinctes soit isolé. Il s’agit donc d’un volume d’interventions, pas nécessairement d’une population unique couverte.
Les volumes distribués sont néanmoins éloquents : 8 429,5 tonnes de vivres sur la période, réparties sur des zones aussi diverses que N’Guigmi, Kabléwa, Goudoumaria ou Sayam Forage. En 2024, les seules distributions de N’Guigmi et Kabléwa ont mobilisé 2 493,9 tonnes pour 53 365 personnes, tandis que Goudoumaria en recevait 690,7 tonnes pour 29 675 bénéficiaires. À ces distributions s’est ajoutée une assistance monétaire de 307,5 millions de FCFA pour 34 172 personnes la même année.
Période Bénéficiaires Vivres distribués 2024 83 040 (N’Guigmi, Kabléwa, Goudoumaria) 3 184,6 tonnes 2025 104 104 2 844,9 tonnes Janv.–sept. 2026 126 082 2 400 tonnes
Sayam Forage : le cas des réfugiés, révélateur d’une vulnérabilité persistante
Le camp de Sayam Forage concentre une partie significative des interventions de VND/NUR, notamment au bénéfice d’une population réfugiée estimée à environ 16 000 personnes assistées chaque année. Les transferts monétaires dédiés à ce site ont atteint 165 millions de FCFA en 2024, 494,8 millions en 2025, puis 402,6 millions sur les neuf premiers mois de 2026 — une progression notable qui témoigne autant de l’élargissement du dispositif que de la durabilité de la crise. Une opération documentée entre fin janvier et début février 2026 illustre concrètement ce soutien : 58,156 millions de FCFA ont été distribués à 2 481 ménages réfugiés, représentant 16 616 personnes, tandis que 714 enfants de 6 à 23 mois recevaient 1,071 tonne d’intrants nutritionnels.
La question nutritionnelle dépasse d’ailleurs les seuls réfugiés. En 2025, 8 445 enfants des communautés bénéficiaires ont été dépistés, pour 32,1 tonnes d’intrants mobilisées. Ces données soulignent une réalité que le communiqué ne commente pas explicitement : la malnutrition infantile dans la région de Diffa reste structurelle, et non conjoncturelle.
De l’urgence à la résilience : le pari d’une approche intégrée
La singularité du modèle de VND/NUR réside dans sa tentative de dépasser la logique de l’aide d’urgence. En 2024, à Goudoumaria, 2 222 ménages ont reçu 335,2 millions de FCFA en contrepartie de travaux communautaires — un mécanisme dit « Cash for Work » — contribuant à la restauration de 2 266 hectares de terres et à la plantation de 195 415 plants forestiers. Six mille deux cent quatre-vingt-dix-huit foyers améliorés ont été construits, et 77 champs communautaires aménagés sur 123 hectares.
En 2026, ces actions de restauration se sont poursuivies sur 400 hectares supplémentaires, avec 400 ménages associés aux travaux pour 21 millions de FCFA distribués. Le partenariat avec la FAO, quant à lui, a permis en 2025 de fournir à 1 800 ménages 27 tonnes de semences de mil et de niébé, ainsi qu’un appui financier de 72 millions de FCFA. Trois mille cent quinze ménages ont bénéficié d’un accompagnement en maraîchage, avec 60 motopompes mises à disposition, dont 20 à énergie solaire — une orientation qui mérite d’être relevée dans un contexte de contraintes énergétiques aiguës.
Santé, protection et consolidation de la paix : les angles moins visibles
Moins médiatisés que les distributions alimentaires, les volets santé et protection n’en sont pas moins substantiels. Via les projets SIRIWO et Mahita, financés par le Fonds humanitaire régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (FHRAOC), VND/NUR a notamment transformé un centre de santé à Blangouyaskou en centre de santé intégré (CSI) et remis une ambulance entièrement équipée au CSI d’Awaridi. La cérémonie officielle de remise, le 18 mars 2026, s’est tenue en présence du gouverneur de la région, le Général de Division Mahamadou Ibrahim Bagadoma. Cinquante-six membres de comités de santé ont été formés, et 73 victimes de violences basées sur le genre ont reçu un accompagnement psychosocial.
L’organisation assure également un rôle de facilitation de la coordination humanitaire avec OCHA, et de consolidation de la paix avec le PNUD et la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT). Ce positionnement à l’interface entre urgence et gouvernance locale est ambitieux, mais ses effets concrets sur la stabilisation restent difficiles à évaluer à partir des seuls éléments communiqués.
Ce que les chiffres ne disent pas
Le bilan présenté par VND/NUR est impressionnant en volume. Mais plusieurs questions restent sans réponse dans ce communiqué. L’organisation ne précise pas les indicateurs d’impact à long terme : le taux de recours répété à l’assistance par les mêmes ménages, ou encore l’évolution des indicateurs de sécurité alimentaire dans les zones d’intervention. Le Plan stratégique 2025-2030, évoqué comme cadre d’orientation, n’est pas détaillé. La dépendance aux financements de partenaires extérieurs — PAM, FAO, FHRAOC, Welthungerhilfe, Oxfam — soulève aussi la question de la pérennité des actions si ces soutiens venaient à se réduire, dans un contexte international où les budgets humanitaires sont sous pression.
Enfin, dans une région marquée par une présence militaire et des restrictions de circulation, la capacité à atteindre les populations les plus isolées — et à mesurer rigoureusement cette portée — constitue un enjeu que le document n’aborde pas. Ce silence n’invalide pas le travail accompli, mais invite à ne pas lire ces chiffres sans tenir compte de l’environnement opérationnel extrêmement contraint dans lequel ils ont été produits.
Source : Agence Nigérienne de Presse (ANP), 20 octobre 2025.
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- 1,117 words · 6 min read
- Published
- October 21, 2026
- Byline
- Moussa D.
- Source
- Les Afriques