Entre Moscou et Dakar, le gaz au cœur des rapports de force mondiaux

De notre envoyé spécial à Moscou,
Devant les pays exportateurs de gaz réunis à Moscou, le président russe a affirmé que l'Europe paie le prix de sa rupture avec l'énergie russe. Au-delà du plaidoyer, ce rendez-vous rappelle les rapports de force d'un marché dans lequel le Sénégal entre à son tour.
Un message adressé à l'Europe depuis Moscou
Le mardi 27 octobre 2026, Vladimir Poutine a pris la parole au sommet du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), organisé à Moscou. Le chef de l'État russe y a soutenu que l'Europe porte atteinte à sa propre industrie et à son secteur social en tournant le dos aux approvisionnements énergétiques russes et en mettant fin à ses contrats de long terme. Il a reconnu que les entreprises gazières russes ont connu des difficultés ces dernières années, du fait de restrictions imposées par certains pays. Mais il a insisté sur le fait que toute tentative d'écarter la Russie du marché mondial du gaz ou de freiner son secteur a des conséquences lourdes : une flambée des coûts pour les consommateurs étrangers, qu'il s'agisse des entreprises, des commerces ou des ménages. C'est, selon lui, ce que l'Europe vit aujourd'hui. Il s'agit de la lecture du président russe, qui défend ici les intérêts de son pays. L'Europe, de son côté, a réduit sa dépendance au gaz russe dans le contexte de la guerre en Ukraine, un choix politique qu'elle assume malgré son coût. Le GECF est une organisation internationale née en 2001, qui regroupe douze pays : l'Algérie, la Bolivie, l'Égypte, la Guinée équatoriale, l'Iran, la Libye, le Nigeria, le Qatar, la Russie, Trinité-et-Tobago, les Émirats arabes unis et le Venezuela. Son sommet se tient tous les deux ans depuis 2011. Il sert à promouvoir le gaz naturel dans l'économie mondiale, à analyser et à anticiper l'évolution des marchés, à échanger de l'expertise et à renforcer la coopération technologique entre producteurs. Ce rendez-vous réunit ainsi une partie importante de l'offre mondiale de gaz, ce qui lui donne un poids que les prises de parole politiques, comme celle de Moscou, cherchent à exploiter.
Pourquoi le Sénégal est concerné
Ce débat peut sembler lointain, il ne l'est pas. Le Sénégal est devenu producteur de gaz avec le projet Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, et se prépare à jouer sa partie sur un marché dont les prix et les alliances sont dictés en grande partie par les grandes puissances exportatrices. Pour un pays qui compte sur ses ressources pour financer son développement, la lecture de ces rapports de force n'a rien d'académique. Quand les routes d'approvisionnement se recomposent, les acheteurs européens cherchent de nouveaux fournisseurs, et c'est l'une des raisons pour lesquelles les gaz africains attirent davantage l'attention. Reste à savoir si cette demande se traduira par des contrats favorables à Dakar, ce qui dépendra de la capacité du pays à négocier et à valoriser sa production. Le message de Poutine montre que le gaz est autant un outil de puissance qu'une marchandise. Chaque exportateur y défend sa part, chaque importateur cherche à sécuriser ses approvisionnements, et les nouveaux venus doivent composer avec des équilibres déjà bien installés. Pour le Sénégal, comprendre ces dynamiques sera aussi important que de produire.
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- 536 words · 3 min read
- Published
- October 28, 2026
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- Senenews