Bonfi : « Si on nous enlève d’ici, ce sera nous condamner », les femmes fumeuses de poisson interpellent Doumbouya
À Bonfi, la colère monte ! Depuis 1980, les femmes fumeuses de poisson exercent dans ce centre qu'elles refusent de quitter. Menaces, croix sur les bâtiments, pertes de marchandises… Elles lancent un cri de détresse à Mamadi Doumbouya : « Si on nous enlève d'ici, ce sera nous condamner. » Découvrez leur témoignage.

Conakry- Accusant un homme se présentant comme un membre de la famille de l’ancien ministre de la Justice, Alphonse Charles Wright, de vouloir récupérer leur espace de travail, les femmes fumeuses de poisson de Bonfi dénoncent des intimidations répétées. Elles demandent l’intervention du président de la République pour préserver ce centre qu’elles occupent depuis 1980.
À Bonfi, dans la commune de Matam, les femmes fumeuses de poisson ne comptent pas céder leur espace de travail. Descendues dans la rue ce mercredi 4 novembre 2026, elles ont exprimé leur ras-le-bol face à ce qu’elles considèrent comme une tentative de récupération de leur centre de fumage. Elles accusent un individu qui se présenterait comme un membre de la famille de l’ancien ministre de la Justice, Alphonse Charles Wright, de revendiquer la propriété du domaine et de multiplier les pressions pour les contraindre à quitter les lieux.
Pour ces femmes, l’enjeu dépasse une simple question d’occupation foncière. Depuis plusieurs décennies, ce centre constitue leur principal cadre d’exercice d’une activité qui fait vivre de nombreuses familles. Elles rappellent que le site aurait été mis à la disposition de leur communauté par l’ancien président Ahmed Sékou Touré afin de leur permettre de développer leurs activités dans un espace dédié.
La présidente des femmes fumeuses de poisson de Bonfi, Damayé Camara, situe les origines du différend sous le régime d’Alpha Condé. Elle affirme que l’homme concerné, qu’elle identifie sous le nom de Komorat Wright, aurait récemment intensifié ses démarches pour récupérer le domaine : « ici, c’est le premier centre de fumage depuis 1980 et l’unique entre Conakry et Coyah. Ce problème a commencé sous le régime d’Alpha Condé. Ce monsieur, appelé Komorat Wright, qui se dit membre de la famille de Charles Wright. Il est originaire des îles. Il quitte Boulbinet pour venir réclamer l’appartenance de ces lieux. Alpha Condé disait qu’il n’allait pas retirer l’endroit aux femmes, puisque c’est ainsi qu’il a trouvé. Nous savons que tous les ports appartiennent à l’État. Nous avons fait recours à l’agence de navigation maritime (ANAM). Ces derniers ont dit que nul ne peut revendiquer la propriété de cet espace. Il est venu ici, plus d’une dizaine de fois, depuis que notre cheffe n’était pas décédée. Mais depuis l’arrivée de ce pouvoir et Charles Wright, il a mis les bouchées doubles. Il dit que c’est leur temps ça, que tout ce qui leur appartient, ils vont tout récupérer. Nous lui avons dit que l’endroit n’est pas notre propriété, mais que c’est l’État qui a donné aux femmes afin qu’elles s’y installent. C’était d’abord un lieu donné aux femmes pour faire du maraîchage. »
La présidente des femmes fumeuses de poisson évoque également des incidents qui auraient empêché les travailleuses d’exercer normalement leurs activités. Elle affirme que l’homme mis en cause aurait notamment marqué les bâtiments du centre avec des croix, provoquant une interruption de leurs activités et des pertes importantes : « quand il est venu ici, il y a quelques jours, personne n’a pu travailler. Nous avons perdu tout le poisson. Il est venu mettre des croix sur tous les bâtiments. Les administrateurs sont venus lui dire non, qu’il n’avait pas ce droit. Que si l’endroit devait être récupéré, ça devait passer par eux. Il vient, en nous intimidant. Mais nous n’avons peur de rien. Nous n’avons peur que de l’autorité du Président de la République. »
Pour les manifestantes, une éventuelle expulsion du centre représenterait une menace directe pour leur survie économique. Damayé Camara estime que les femmes n’ont aucune autre solution pour poursuivre leurs activités et subvenir aux besoins de leurs familles : « si on nous enlève d’ici, ça sera de nous condamner. Puisque nous n’avons nulle part où nous nourrir. »
Au-delà de cette mobilisation, les femmes souhaitent désormais une intervention des autorités pour mettre fin au différend. Elles interpellent directement le président de la République, Mamadi Doumbouya, afin qu’une solution soit trouvée et que leurs activités puissent se poursuivre sans nouvelles menaces.
Dans son dernier message, Damayé Camara insiste sur la répétition des visites de l’homme mis en cause et appelle le chef de l’État à agir. Elle dit également compter sur la volonté des autorités de faire respecter la justice : « il vient tout le temps. Nous voulons désormais que le Président Doumbouya qui connaît la souffrance des femmes puisse réagir. Nous savons que même Charles Wright dont il parle n’accepte pas l’injustice. Le Premier ministre non plus. »
À Bonfi, les femmes fumeuses de poisson restent donc mobilisées. Elles espèrent que leur appel sera entendu par les autorités et qu’une solution permettra de préserver ce centre dont dépend, selon elles, la survie de nombreuses familles.
**Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com **
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- 781 words · 4 min read
- Published
- November 5, 2026
- Byline
- Abdoul Sylla
- Source
- Guinee7