Histoire : Ouadi Doum, un ancien chef d’état-major libyen raconte les choix militaires qui ont précédé la défaite
Plus de trois décennies après les combats de Ouadi Doum, l’ancien chef d’état-major libyen Youssef Al-Mangoush revient sur les décisions militaires qui, selon lui, ont conduit à la défaite des forces libyennes au Tchad.

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Dans un épisode de l’émission Nawazid, diffusé par Libya Al-Ahrar en août 2024, l’auteur de l’ouvrage La guerre du Tchad livre un témoignage détaillé sur les erreurs opérationnelles, les choix de commandement et l’enchaînement des événements ayant précédé la chute de Ouadi Doum :
« À Ouadi Doum, nous avons livré trois batailles et nous les avons toutes perdues. À l’époque, le colonel Khalifa Haftar agissait-il indépendamment du commandement stratégique ? Était-il responsable de toutes ces défaites ou bien Mouammar Kadhafi, en tant que commandant suprême, en portait-il également la responsabilité ? »
Bien sûr, lorsqu’on parle de Ouadi Doum, il s’agit en réalité d’une série de batailles qui se sont finalement soldées par la prise de Ouadi Doum. Ce n’était pas une seule bataille.
Les événements ont commencé lorsqu’une patrouille de reconnaissance a été chargée d’explorer la route entre Ouadi Doum et Fada, en préparation d’un mouvement des forces visant à reprendre la région de Fada.
Cette patrouille est restée longtemps sur le terrain avant d’être attaquée par les forces de Hissène Habré et presque entièrement détruite.
C’est à ce moment-là que les premières erreurs ont commencé.
Le commandement des opérations a envoyé la moitié des forces initialement destinées à reprendre Fada pour secourir cette patrouille. Ces hommes sont arrivés sur place, ont récupéré les corps et enterré les morts. Leur mission était alors terminée.
Il aurait été préférable qu’ils reçoivent l’ordre de retourner à leur base de Ouadi Doum. Mais on leur a au contraire demandé de rester dans la région.
Cette force représentait environ la moitié du groupement de combat « martyr Abdelhamid Salama », qui était composé de quatre axes. Les premier et deuxième axes avaient été chargés de cette mission.
Les hommes avaient choisi une bonne position défensive et étaient prêts à repousser une éventuelle attaque.
Après trois jours sur place, une patrouille de reconnaissance des forces de Habré a été aperçue au coucher du soleil. Le commandant de la force en a informé sa hiérarchie.
C’est alors qu’est intervenue la deuxième erreur :
le commandement lui a ordonné de changer de position.
Il faisait déjà nuit. Le commandant sur le terrain s’est opposé à cette décision, estimant qu’un déplacement nocturne l’obligerait à utiliser les phares des véhicules, ce qui permettrait à l’ennemi de repérer l’ensemble de ses forces.
De plus, en arrivant sur une nouvelle position, il n’aurait pas suffisamment de temps pour organiser la défense, définir les secteurs de tir et répartir les missions entre l’artillerie, les chars et les autres unités avant une éventuelle attaque à l’aube.
Mais le commandant du secteur a insisté pour que les instructions soient exécutées.
Le commandant du secteur était alors Khalifa Haftar.
La force s’est donc déplacée. Elle n’avait parcouru qu’environ 15 kilomètres, voire moins, lorsque, aux premières lueurs du jour, elle a effectivement été attaquée. Les forces adverses l’avaient suivie.
Cette unité a été pratiquement entièrement détruite. Seul un petit nombre d’hommes a survécu.
Il s’agissait pourtant de la moitié des forces prévues pour reprendre Fada, soit deux axes comprenant chacun plusieurs centaines d’hommes.
Des centaines d’hommes ont donc été perdus à la suite de ce qui est présenté ici comme une mauvaise décision tactique ou stratégique.
Une autre erreur a ensuite suivi.
Il restait encore la moitié principale de la force prévue pour reprendre Fada. Le jour même où la première force avait été détruite, cette deuxième moitié a également reçu l’ordre d’avancer vers le même secteur.
Elle s’est déplacée le 19 ou le 20 [du mois], et
elle a subi pratiquement le même sort
. Pendant sa progression, elle était surveillée et l’adversaire disposait d’informations sur ses mouvements.
L’erreur a donc été répétée une deuxième fois.
Il restait encore une force de réserve :
le groupement Omar al-Mokhtar
. Une troisième fois, la même décision a été prise : ce groupement de réserve a reçu l’ordre de rejoindre les forces engagées.
Il est arrivé le 22.
La question se pose alors :
pourquoi avoir persisté alors que les conséquences des deux premières décisions étaient déjà apparues ?
Selon ce récit, le commandement du secteur a commis de très graves erreurs opérationnelles.
La troisième bataille a commencé le matin avec le groupement de réserve Omar al-Mokhtar et les survivants des premier et deuxième axes du groupement Abdelhamid Salama.
L’attaque fut massive.
Les informations disponibles avaient montré que les principales forces stationnées à Ouadi Doum avaient progressivement quitté leur base. Elles avaient été engagées par vagues successives et détruites.
Ouadi Doum s’est ainsi retrouvé pratiquement sans défense.
Les forces adverses ont alors décidé de pousser leur offensive jusqu’à Ouadi Doum le même jour, le 22.
Le combat avait commencé le matin à environ 60 kilomètres de Ouadi Doum. Dans la soirée, les forces adverses avaient atteint la base.
Malgré la différence d’équipement et de puissance entre les deux camps, ce sont, selon ce témoignage, les choix stratégiques et les décisions opérationnelles prises sur le terrain qui ont fait la différence.
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- 826 words · 4 min read
- Published
- September 21, 2026
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