Depuis quelques jours, beaucoup de choses se racontent sur le FMI, la dette et ce que certains appellent déjà une « restructuration ». Les lectures se multiplient, les récits aussi, souvent façonnés par les positions des uns et des autres.
Mais c’est justement là que s’arrête le « conte » et que commencent les « comptes ».
Car au-delà de ce que chacun peut raconter, interpréter ou souhaiter, il existe une réalité économique, des chiffres, des échéances, des besoins de financement et des contraintes budgétaires qui n’ont pas le luxe de changer selon le prisme par lequel on les les regarde.
Avec une dette totale du secteur public estimée à 132 % du PIB à fin 2024, des besoins de financement considérables et un accès au capital devenu plus difficile, le Sénégal devait agir. Ne rien faire aurait également été une décision, mais probablement beaucoup plus coûteuse
Schématiquement, trois grandes voies se présentaient à nous:
Ne pas agir, et laisser la pression des échéances s’aggraver.
Faire porter davantage l’ajustement sur l’économie intérieure, en augmentant encore les recettes, en réduisant les dépenses ou en sollicitant davantage ménages et entreprises, alors que les attentes sociales et les besoins d’investissement sont déjà immenses.
Ou négocier, pour retrouver de l’espace sur le financement, les échéances et le profil même de notre dette.
C’est cette troisième voie qui a été choisie et elle est de loin la plus raisonnable et responsable.
Non parce que le FMI serait une solution miracle, mais parce que gouverner, c’est aussi arbitrer entre plusieurs contraintes et retenir l’option dont le coût économique et social apparaît le plus soutenable.
La guerre des mots et des notions occupe aujourd’hui une bonne partie du débat : restructuration, traitement, réaménagement… Chacun choisit le terme qui sert le mieux son récit. Pour ma part, lorsque je regarde froidement notre situation et surtout ce que nous cherchons à obtenir, je parlerais plutôt de “reprofilage souverain de la dette”. Non pas pour changer les mots et esquiver la réalité, mais pour la décrire : retrouver de l’oxygène, desserrer le poids des échéances et redonner à l’État les marges nécessaires pour continuer à financer le pays sans étouffer son économie.
Prenons une image très simple.
Un père de famille voit ses remboursements devenir trop lourds alors qu’il doit continuer à payer l’école, les soins et les dépenses essentielles. S’il peut réaménager ses échéances pour retrouver de l’oxygène, refuser de négocier ne résout rien. Cela réduit simplement sa capacité à faire vivre sa famille.
Un État est évidemment bien plus complexe qu’un ménage, mais derrière nos agrégats aussi, il y a des réalités : des salaires, des hôpitaux, des écoles, des entreprises, des investissements et surtout des sénégalais dont les attentes ne peuvent pas être mises entre parenthèses.
Ceux qui maîtrisent les agrégats macroéconomiques, la dette et les contraintes des finances publiques, quelles que soient leurs sensibilités, comprennent ces mécanismes. Pour les autres, l’essentiel est de vouloir comprendre avant de conclure.
Alors, à ceux qui contestent cette orientation, je pose simplement la question :
Quelle était l’alternative financière plus soutenable ?
Avec quelles ressources ? À quel coût ? Sur quelles maturités ? Et surtout, qui en aurait supporté le prix ?
J’invite d’ailleurs les chaînes de télévision à organiser un véritable débat public sur cette question, avec des économistes et spécialistes des finances publiques, de la dette souveraine et de la finance internationale aux analyses différentes. Que l’on explique simplement aux Sénégalais ce que chaque scénario aurait réellement signifié pour eux.
Les slogans peuvent repousser le FMI, mais ils n’ont malheureusement pas le pouvoir de repousser nos échéances et lorsqu’arrive l’heure des « chiffres », ces échéances, elles, ne se négocient pas avec des « contes », mais avec des « comptes ».
Sokhna Maï Mbacké Djamil
Cet article SÉNÉGAL–FMI : AU-DELÀ DES « CONTES » POLITIQUES, LA RÉALITÉ DES « COMPTES » ÉCONOMIQUES (Par Sokhna Maï Mbacke Jamil) est apparu en premier sur Rewmi.com.
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