Le RNI écarté, la Koutla ressuscitée : les vingt jours qui ont façonné la majorité El Mansouri
Du scrutin du 23 septembre à l’accord du 12 octobre, retour sur les consultations, les refus et les retournements qui ont abouti à une coalition PAM–Istiqlal–USFP–PPS.

AI summary
Vingt jours auront suffi pour bouleverser les équilibres gouvernementaux. Le PAM, vainqueur des législatives du 23 septembre, a finalement choisi de gouverner avec l’Istiqlal, l’USFP et le PPS, laissant à l’écart le RNI, pilier de la majorité sortante. Entre les deux, la nomination historique de Fatima Ezzahra El Mansouri par Mohammed VI, des consultations à plusieurs étages, des refus assumés et quelques déclarations prématurées.
Le 29 septembre, le Roi nomme Fatima Ezzahra El Mansouri Cheffe du gouvernement et la charge de former le nouvel exécutif. Le PAM dispose de 97 sièges : il lui faut des alliés. Dès le 30 septembre, les premières rencontres s’ouvrent, y compris avec le RNI, dont les responsables espèrent encore prolonger leur présence au pouvoir.
Le 3 octobre, les négociations connaissent leur séquence la plus révélatrice. Devant les militants du PAM, El Mansouri évoque l’exclusion du RNI, sans que le communiqué officiel de son parti ne l’entérine. Nizar Baraka annonce à son tour cette exclusion devant les cadres de l’Istiqlal, avant de rectifier ses propos. Le même jour, le RNI mandate pourtant ses dirigeants pour poursuivre les négociations.
Autre ligne de fracture : le siège du PAM devient un point de désaccord dans les consultations. Abdelilah Benkirane refuse de s’y rendre et l’Alliance de gauche demande un lieu institutionnel neutre. Les deux formations ont par ailleurs choisi de siéger dans l’opposition.
À gauche, l’hypothèse d’un rapprochement avec les formations historiques de la Koutla prend de l’épaisseur.
Les jours suivants, l’USFP et le PPS débattent de leur retour au gouvernement, tandis que les consultations se poursuivent. Le 9 octobre, SM le Roi Mohammed VI ouvre la nouvelle législature alors que l’accord n’est pas encore officialisé.
Le 12 octobre, le communiqué commun met fin au suspense : PAM, Istiqlal, USFP et PPS formeront la majorité. La conférence de presse destinée à présenter l’alliance est annulée : l’annonce prend la forme d’un communiqué écrit et d’une photographie collective.
La chronologie ci-dessous retrace les étapes de cette recomposition : consultations, arbitrages partisans et refus du siège du PAM par deux formations ayant choisi l’opposition.
À cette histoire des états-majors s’est ajoutée celle des écrans : commentaires, vidéos, podcasts et conseils non sollicités à la nouvelle Cheffe du gouvernement. Une partie de cet espace numérique s’est improvisée arbitre des alliances et des nominations, sans que son poids réel dans les décisions puisse être mesuré.
La photographie officielle du 12 octobre se prête à une lecture politique savoureuse, tant la géographie des corps semble s’amuser de celle des idéologies.
À l’extrême droite du cliché, Driss Lachguar, patron de l’USFP, parti de gauche, réussit l’exploit de se placer plus à droite que Nizar Baraka, chef de l’Istiqlal. À l’autre extrémité, Nabil Benabdellah, héritier de la tradition communiste marocaine, occupe la place que l’histoire lui assigne : tout à gauche, légèrement en retrait du groupe, comme pour cultiver jusque dans la pose une certaine singularité.
L’ironie se prolonge dans l’élégance du personnage : toujours tiré à quatre épingles, le chef du PPS arbore un costume d’une impeccable facture, peut-être le plus coûteux de cette photographie de famille. Le communisme a décidément ses raffinements.
Quant à Fatima Ezzahra El Mansouri, elle tient son centre, légèrement à gauche dans l’équilibre politique de la composition, fidèle à l’ADN moderniste du PAM. Une photographie où chacun semble avoir trouvé sa place, jusque dans les contradictions de son histoire.
LE NOUVEL HÉMICYCLE · 395 DÉPUTÉS
Une majorité de neuf sièges au-dessus du seuil
Le gouvernement dispose de neuf sièges de plus que le minimum requis de 198.
PAM
97
Istiqlal
65
USFP
26
PPS
19
Hors coalition
188 52,4 %de la Chambre +9au-dessus du seuil 188sièges hors coalition
Répartition définitive du ministère de l’Intérieur (25 septembre 2026). Représentation schématique par parti, sans prétention de reproduire l’emplacement physique des élus. Couleurs inspirées des emblèmes des quatre partis. Source officielle
LE JOURNAL DES TRACTATIONS
Vingt moments, un seul récit
Tous les événements sont ouverts. Les documents accessibles figurent directement sous les séquences concernées.
01
LE VERDICT DES URNES
23 SEPT
Le verdict des urnes
Le PAM arrive en tête avec 97 sièges. Le RNI sort affaibli du scrutin ; aucun parti n’atteint seul la majorité absolue.
Le1 · Résultats définitifs
26 SEPT
Le PJD choisit l’opposition
Le Conseil national du PJD fixe sa ligne avant l’ouverture des consultations. Le refus de rencontrer El Mansouri s’inscrira dans ce choix.
Le1 · Le PJD choisit l’opposition
29 SEPT
La nomination royale
Mohammed VI nomme Fatima Ezzahra El Mansouri Cheffe du gouvernement. Première femme appelée à diriger l’exécutif marocain.
Le1 · La nomination royale
02
LE BALLET DES CONSULTATIONS
30 SEPT
Le RNI entre dans la danse
Mohamed Chaouki et une délégation du RNI sont reçus par El Mansouri. Nizar Baraka et l’Istiqlal sont également consultés : les options restent ouvertes.
Le1 · Les premières consultations
1er OCT VIDÉO · LA CONTROVERSE DU SIÈGE
Benkirane refuse le siège du PAM
Dans sa vidéo, Benkirane accepte le principe d’un échange avec El Mansouri, mais refuse le rendez-vous au siège du PAM. Il invoque les usages de 2011 et propose qu’elle vienne le rencontrer. Le PJD avait déjà choisi l’opposition.
Voir la vidéo et lire l’article Le1
1er OCT L’OPPOSITION · PSU & FGD
L’Alliance de gauche réclame un lieu neutre
La FGD et le PSU acceptent le principe d’une rencontre avec El Mansouri, mais exigent un lieu institutionnel neutre, hors du siège du PAM. Faute d’accord, le rendez-vous du 2 octobre est annulé. L’Alliance maintient son choix de l’opposition.
Deux refus du lieu, pour des raisons distinctes.
Le1 · Le communiqué et la position de l’Alliance de gauche
1–2 OCT
Premier tour, la Koutla en perspective
L’USFP, le PPS, le MP, l’UC et d’autres formations sont consultés. Plusieurs configurations se dessinent, dont l’hypothèse encore incertaine d’une majorité PAM–Koutla.
Le1 · Bilan du premier round
03
LE 3 OCTOBRE, LES CONTRADICTIONS
3 OCT
Le PAM écoute les appels à écarter le RNI
Lors du Conseil national du PAM, des voix demandent l’exclusion du RNI. El Mansouri dit avoir entendu le message ; le communiqué final ne prononce aucune exclusion officielle.
Le1 · Le Conseil national du PAM
3 OCT
Nizar Baraka annonce l’exclusion du RNI… puis se rétracte
Devant les militants de l’Istiqlal, Nizar Baraka fait état de l’exclusion du RNI, puis revient sur ses paroles durant la même réunion. L’origine de l’information est imputée à un responsable de son parti. Le communiqué du PAM ne confirme pas cette exclusion.
Le1 · L’annonce puis la rétractation
3 OCT
Le RNI veut encore gouverner
Son Conseil national mandate Mohamed Chaouki pour négocier la participation au prochain gouvernement, alors même que sa présence suscite une forte résistance au PAM.
Le1 · Le mandat de Mohamed Chaouki
3 OCT
L’Istiqlal réclame un programme
Nizar Baraka obtient mandat de négocier et conditionne la participation de son parti à la prise en compte de ses engagements électoraux.
Le1 · Les conditions de l’Istiqlal
4 OCT
Le calendrier se tend
L’ouverture du Parlement approche, mais l’alliance et les arbitrages ministériels restent en discussion. La conclusion rapide des négociations paraît compromise.
Le1 · Le calendrier se resserre
04
LES ARBITRAGES PARTISANS
5 OCT
Deuxième round : le PPS puis l’USFP
El Mansouri reprend les échanges avec Nabil Benabdellah et Driss Lachguar. Les discussions portent sur la coalition et l’organisation du futur exécutif.
Le1 · Le deuxième round
6 OCT
Les débats internes du PPS
Le comité central mandate le bureau politique. Les questions du bilan sortant, de la justice sociale et du retour au gouvernement traversent les débats.
Le1 · Le Conseil central du PPS
7 OCT
L’USFP s’oriente vers l’exécutif
Son bureau politique se prononce en faveur de la participation, sous réserve de la validation par le Conseil national.
Le1 · Le choix du bureau politique de l’USFP
9 OCT
Le Roi ouvre la législature
La session parlementaire s’ouvre alors que la majorité n’est pas encore officiellement constituée. Les négociations se poursuivent.
Le1 · L’ouverture de la 12e législature
10 OCT
L’USFP donne son feu vert
Le Conseil national valide la participation : le retour des socialistes au gouvernement se précise.
Le1 · Le feu vert de l’USFP
11 OCT
L’UC opte pour le soutien critique
Le parti annonce une position de soutien sans participation ministérielle, distincte de l’adhésion à la majorité.
Le1 · La décision de l’UC
12 OCT
Le PPS valide son retour
Le bureau politique donne son accord à la participation. La coalition PAM–Istiqlal–USFP–PPS peut être annoncée.
Le1 · L’accord final du PPS
05
LE DÉNOUEMENT
12 OCT
Un communiqué, une photo, quatre partis
Un communiqué signé à Rabat officialise l’accord PAM–Istiqlal–USFP–PPS. Il reste désormais à proposer les ministres et à préparer le programme du gouvernement.
Le1 · L’annonce officielle de la coalition
L’après-coup · Le silence des microphones
Quatre partis, une photo, zéro question
Au terme de vingt jours de tractations, la conférence de presse destinée à présenter la nouvelle majorité est annulée. Pour acte de naissance : quatre dirigeants, une photographie et un communiqué. L’accord est scellé, les questions restent hors champ.
Comme l’a bien exprimé Le Desk, le retour du nom de la Koutla ne garantit pas celui de son héritage. Une addition de sièges ne suffit pas : seul un programme, des engagements publics et une véritable coordination donneront à cette alliance une cohérence politique. La mémoire de l’alternance refait surface, sans constituer en elle-même une nouvelle alternance.
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About this article
- Length
- 1,568 words · 8 min read
- Published
- October 13, 2026
- Byline
- Nawfal Laarabi
- Source
- le1