Guinée-Bissau : un référendum sous la botte des militaires pour verrouiller le pouvoir avant même les urnes
Le scrutin de ce dimanche 30 août n'est pas un simple exercice constitutionnel technique, mais l'aboutissement d'un processus enclenché par un coup d'État, dont l'issue va peser lourd sur l'avenir démocratique du pays.
Un contexte politique né d'un putsch aux contours troubles
Tout part des élections générales du 23 novembre 2025, qui se sont déroulées dans le calme avec un taux de participation de 65 %. Trois jours plus tard, alors que les résultats définitifs n'avaient toujours pas été proclamés et que le candidat indépendant Fernando Dias ainsi que le président sortant Umaro Sissoco Embaló revendiquaient chacun la victoire, l'armée a pris le pouvoir. Umaro Sissoco Embaló et l'opposant historique Domingos Simões Pereira ont alors été arrêtés. Selon Pereira, des militaires ont même tenté de prendre d'assaut le siège de la commission électorale pour forcer la proclamation de la victoire du président sortant au détriment de Fernando Dias, qui aurait remporté le scrutin.
Un détail alimente le soupçon d'un coup d'État arrangé : le chef de la junte, le général Horta N'Tam, était alors chef d'état-major de l'armée et un proche du président Embaló. Cette proximité a poussé certains observateurs à évoquer un putsch « factice », destiné avant tout à interrompre un processus électoral qui tournait mal pour le pouvoir sortant.
Les remaniements majeurs de la nouvelle Constitution
Le texte, adopté par le Conseil national de transition en janvier 2026, opère une bascule institutionnelle majeure. Le président devient simultanément chef de l'État et chef du gouvernement, préside le Conseil des ministres et dirige l'action gouvernementale. Il obtient également le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre indépendamment de la majorité parlementaire issue des législatives, ce qui vide de sens le principe même d'élections législatives compétitives.
Par ailleurs, le Premier ministre devient explicitement subordonné aux orientations présidentielles, tandis que l'Assemblée nationale ne peut plus valider les nominations ou révocations décidées par l'exécutif. Le président pourrait en outre dissoudre le Parlement sous certaines conditions, y compris une fois par mandat sans avoir besoin de l'approbation du Conseil d'État. Enfin, un seuil électoral de 4 % est introduit, ce qui pourrait entraîner la dissolution des petits partis et réduire davantage l'espace du pluralisme politique. Autrement dit, le texte consacre la disparition pure et simple du système parlementaire au profit d'un présidentialisme intégral, précisément ce que dénonce l'opposition.
Une opposition muselée avant même le vote
C'est là que le tableau devient franchement inquiétant, faisant s'effondrer le narratif officiel d'une « transition apaisée ». Domingos Simões Pereira, chef du PAIGC (le parti historique de l'indépendance), a été placé en détention préventive en juillet 2026 par un tribunal militaire, accusé d'avoir financé de prétendues tentatives de coup d'État en 2023 et en octobre 2025. Il est aujourd'hui maintenu en résidence surveillée, une mesure qu'un responsable de la Ligue guinéenne des droits de l'homme qualifie ouvertement d'illégale en droit bissau-guinéen et de moyen de pression contre l'homme politique le plus populaire du pays.
Le PAIGC a appelé au boycott, qualifiant le référendum de « mise en scène destinée à donner l'apparence de légitimité » à la nouvelle Constitution, tout en affirmant que les institutions issues du coup d'État sont « dépourvues de toute légitimité démocratique ». Le parti dénonce aussi le fait que les autorités empêchent le camp du « non » de faire campagne, dans un contexte de « restrictions sévères des libertés publiques ». Pereira lui-même a été plus loin encore, en qualifiant le scrutin de « farce absolue » et en affirmant que ce qui va se passer le 30 août est la continuation du coup d'État perpétré le 26 novembre.
Sur le terrain, la répression prend d'autres formes : les autorités militaires exigent désormais des partis politiques une autorisation de la Cour suprême pour battre campagne ainsi qu'une liste signée précisant les associations autorisées à le faire selon les régions, instaurant un contrôle administratif qui cadenasse le débat contradictoire. Plusieurs organisations de la société civile ont d'ailleurs publié une lettre ouverte condamnant l'élaboration d'une nouvelle Constitution sous la tutelle de la junte militaire.
Une CEDEAO à la crédibilité écornée
L'organisation régionale, censée arbitrer la crise, s'est elle-même retrouvée accusée de complicité. L'annonce d'un futur référendum par la mission de médiation de la CEDEAO a ravivé les tensions, l'opposition l'accusant d'outrepasser son rôle de médiateur et de légitimer le pouvoir de transition. Le porte-parole de l'équipe de Fernando Dias a dénoncé une CEDEAO qui « ne fait qu'agrandir le problème », estimant que plus aucun Bissau-Guinéen ne croit en son impartialité, faute d'avoir consulté l'opposition. La CEDEAO s'en est défendue en affirmant n'avoir « validé aucun processus constitutionnel au nom du peuple de la Guinée-Bissau », une nuance qui n'a convaincu personne sur le terrain.
Cette fragilité s'explique aussi par le contexte régional : la CEDEAO, déjà affaiblie par les retraits du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ne peut guère se permettre une nouvelle zone de turbulence sur sa façade atlantique, ce qui nourrit le soupçon d'une realpolitik primant sur la défense des principes démocratiques.
Les véritables enjeux du scrutin du 30 août
Le calendrier officiel prévoit ensuite des élections présidentielle et législatives le 6 décembre 2026, censées permettre un retour à un pouvoir civil. Mais ce référendum est le verrou qui déterminera dans quel cadre institutionnel ces élections se tiendront. Si le « oui » l'emporte, le général Horta N'Tam disposera d'une assise juridique pour prolonger son influence, voire se présenter à une future élection présidentielle sous un régime où le pouvoir législatif n'aura plus vraiment de prise sur l'exécutif.
Pour l'Afrique de l'Ouest, ce scrutin est un test de plus dans une région où la légitimation référendaire de pouvoirs issus de coups d'État est devenue un mode opératoire récurrent, soulevant à chaque fois la même question de fond : peut-on parler de choix populaire libre quand l'opposition est en prison, assignée à résidence ou empêchée de faire campagne ?
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