
Le Cameroun a pris la parole hier à Luanda, en Angola, et le message était clair. Devant la 21e session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État de l’Union africaine, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a représenté Paul Biya pour défendre une architecture africaine de paix plus efficace. Son discours tenait en une formule : prévoir plus tôt, décider vite, agir ensemble.
Le contexte actuel, selon le chef du gouvernement, impose de ne plus se contenter de gérer les crises lorsqu’elles surviennent. « Il faut renforcer notre capacité collective à les prévenir, les contenir et à les résoudre durablement », a-t-il déclaré devant les chefs d’État réunis.
Trois axes structurent la proposition camerounaise. L’alerte et l’action précoces d’abord, avec un renforcement du lien entre collecte d’informations et prise de décision rapide. Les capacités de réponse et de médiation ensuite, via l’opérationnalisation de la Force africaine en attente. Le financement enfin, jugé « impératif » pour sortir des mécanismes imprévisibles qui plombent aujourd’hui l’action collective du continent.
Joseph Dion Ngute a aussi rappelé un détail qui n’est pas anodin. Le Cameroun abrite la Base logistique continentale de l’Union africaine, un site stratégique dont Yaoundé revendique l’importance dans la médiation africaine.
Difficile de ne pas y voir un clin d’œil calculé. Le Premier ministre a rappelé que Paul Biya, lors des assises de la CEMAC à Yaoundé en mars 2023, avait déjà lancé que « la solidarité doit être le maître mot ». Une phrase reprise ici pour donner du poids à la position camerounaise sur la scène continentale.
Mais au-delà des mots, le fond du discours pose une vraie question. Peut-on parler de solidarité africaine quand le financement des opérations de paix reste aussi fragile ? Le Cameroun, en tout cas, semble convaincu que le dialogue reste la meilleure voie. « Nous devons avoir le courage de la cultiver », a insisté Dion Ngute, avant de conclure que « la paix n’est jamais acquise. Elle se construit. Elle se protège. Et surtout, elle se prépare. »
C’est un discours qui engage le Cameroun sur un terrain diplomatique exigeant, celui de la crédibilité continentale.