
À l’occasion de la 5ᵉ édition de la fête des Yourodjué/Yorokloi, organisée cette année à Ouragahio, Albert Drogba Carino, animateur, acteur du show-business ivoirien et initiateur de l’association Parlons Bhété, revient sur la genèse de cette plateforme devenue un véritable laboratoire de sauvegarde et de transmission de la langue et de la culture bhété. De ses premiers pas pendant le confinement à ses ambitions culturelles, il livre une vision sans détour.
Albert Drogba Carino, de journaliste correspondant de presse à garant de votre langue, comment s’est opérée la transition ?
Je suis avant tout un acteur du monde culturel et du show-business ivoirien, dans lequel j’évolue depuis près de trente ans. J’ai notamment animé l’émission Tropic Décibel sur La Voix de la Diaspora. Mais au-delà de mon parcours professionnel, je suis surtout un passionné de culture, de transmission et de valorisation de nos identités.
Parlons Bhété est aujourd’hui identifié comme un mouvement de défense de la langue bhété. D’où est partie cette idée ?
L’idée est née pendant le confinement lié à la Covid-19. À cette période, je continuais à animer Tropic Décibel, mais les émissions se faisaient par téléphone. Pour apporter une touche particulière à mes programmes, je demandais à mes invités de sensibiliser les auditeurs au respect des gestes barrières et à la distanciation sociale dans leur langue maternelle.
Et là, j’ai fait un constat qui m’a profondément interpellé : la majorité de mes invités ne maîtrisait pas sa propre langue. Moi-même, qui suis Bhété, je ne savais pas véritablement la parler.
Je me suis alors dit qu’il fallait faire quelque chose. C’est ainsi qu’est née Parlons Bhété, avec une ambition simple mais fondamentale : permettre aux Bhété de réapprendre leur langue, de la perfectionner et surtout de la transmettre aux générations futures.
Concrètement, qu’est-ce que Parlons Bhété ?
C’est une association qui fonctionne au quotidien comme un véritable village virtuel et planétaire. Nous avons créé une plateforme internet, notamment autour d’un groupe WhatsApp, qui permet à nos membres, où qu’ils se trouvent dans le monde, de se retrouver autour de la langue et de la culture bhété.
Notre objectif statutaire est l’apprentissage, le perfectionnement et la promotion de la langue bhété. Mais nous allons beaucoup plus loin : nous travaillons à sa recherche, à sa sauvegarde et à sa transmission.
Car pour nous, la langue n’est pas simplement un moyen de communication. Elle est le socle de notre identité culturelle et humaine. Elle porte notre sociologie, notre philosophie, nos mentalités et même notre rapport à la spiritualité. Connaître sa langue, c’est finalement se connaître soi-même.
Combien de membres revendique aujourd’hui votre association ?
Nous comptons actuellement 275 membres. Et notre particularité est que nous ne sommes pas exclusivement ouverts aux Bhété. Toute personne intéressée par l’apprentissage de notre langue peut nous rejoindre. Nous avons ainsi parmi nous des Baoulé, des Attié, des Burkinabè et même une Camerounaise.
Notre volonté est de créer des ponts, pas des barrières.
Vous avez organisé la fête des Yourodjué/Yorokloi. Qu’est-ce que cette appellation signifie et quel bilan tirez-vous de cette édition ?
Nous sommes déjà à la 5ᵉ édition de cette fête. Après deux éditions en France, à Asnières et à Montreuil, nous sommes allés à Guibéroua en 2024, à Issia en 2025 et cette année à Ouragahio.
Le bilan est clairement positif. Nous avons réussi à imposer une meilleure écriture du mot Bhété, qui était souvent mal orthographié. Nous insistons sur l’écriture avec un « H » après le B : Bhété. Cette correction peut sembler anodine, mais elle participe à la réappropriation de notre identité.
L’autre grande satisfaction, c’est de voir la jeunesse de la diaspora s’intéresser de plus en plus à l’apprentissage de la langue.
Je pense notamment à Kévin Dallo de Doukrou-Kiffy, qui fait partie de ces jeunes de la plateforme dont nous sommes particulièrement [[[[[[[[[[[
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