Kidal : Après l’armée, réinstaller l’État
© Internet Les FAMa ont repris Kidal le 6 octobre, près de six mois après leur retrait. La sécurisation de la ville ouvre un autre chantier : rétablir l’administration, ramener les services publics et renouer avec des populations dispersées, alors que les groupes armés restent actifs. L’armée malienne a consolidé sa présence après des opérations aériennes et terrestres menées dans le cadre de l’opération Dougoukoloko. Le Front de libération de l’Azawad (FLA), qui tenait Kidal avec le JNIM depuis

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Les FAMa ont repris Kidal le 6 octobre, près de six mois après leur retrait. La sécurisation de la ville ouvre un autre chantier : rétablir l’administration, ramener les services publics et renouer avec des populations dispersées, alors que les groupes armés restent actifs.
L’armée malienne a consolidé sa présence après des opérations aériennes et terrestres menées dans le cadre de l’opération Dougoukoloko. Le Front de libération de l’Azawad (FLA), qui tenait Kidal avec le JNIM depuis les attaques du 25 avril, affirme avoir effectué un « repli stratégique et maîtrisé » afin de préserver ses hommes et ses moyens. Le gouvernement annonce « le retour progressif de l’administration et des services sociaux de base ». L’État-major entend aussi sécuriser les populations, les frontières et la circulation des personnes et des biens. La ville a toutefois changé de contrôle sans bataille terrestre décisive. Le FLA présente son retrait comme temporaire et les groupes armés conservent une capacité d’action dans la région. Le retour des FAMa constitue donc un succès, sans marquer la fin des menaces. L’expérience récente incite à la prudence. Après la reprise de novembre 2023, le gouvernorat, la police, la gendarmerie, le Trésor, l’hôpital et l’Académie d’enseignement avaient repris leurs activités. Les axes restaient cependant dangereux. Les attaques d’avril 2026 ont ensuite provoqué le départ de l’armée, de l’administration et d’une partie des habitants.
Sécurité
Tenir Kidal suppose de protéger la ville et ses accès. La route de Gao, les liaisons avec Anéfis, Tessalit et Aguelhoc ainsi que les circuits d’approvisionnement sont essentiels aux services publics et au retour des familles. Une présence limitée au chef-lieu laisserait les agents, les commerçants et les transporteurs exposés dès leur sortie de la localité. Réfugié à Gao depuis juillet, l’enseignant Almoustapha Maïga souhaite rentrer, mais évoque l’insécurité et le mauvais état de la route. « Beaucoup de mes collègues veulent aussi retourner, mais nous ne savons pas comment, avec le manque de ressources », a-t-il confié à la Deutsche Welle. Il demande un appui au transport pour ceux qui ont tout laissé derrière eux. Le renseignement de proximité et le traitement des alertes comptent autant que les patrouilles. Une population qui craint des représailles ou ne dispose d’aucun interlocuteur fiable transmet difficilement les informations nécessaires pour empêcher la reconstitution des réseaux armés.
Services
Le retour des services part d’une situation dégradée. Après le 25 avril, l’alimentation scolaire avait été suspendue dans 16 écoles de la région, touchant 2 913 élèves, dont au moins la moitié de filles. Fin juin, l’UNICEF signalait encore des établissements endommagés ou occupés et un accès très réduit aux cours. La Direction régionale de la Santé avait aussi été prise pour cible. Trois cliniques mobiles assuraient une partie des soins. En août, le CICR a transféré six blessés du Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao. Le réseau urbain d’eau, qui desservait environ 1 004 ménages, avait également été affecté. Le retour des déplacés réclame une organisation concrète. Certaines familles ont perdu leur logement, leurs revenus ou leurs moyens de transport. Sidi Mohamed Ag Almoctar, Président du Conseil régional de Kidal, espère que « cette fois-ci, c’est la bonne ». Cet espoir reste lié à la possibilité de rentrer sans s’exposer à un nouvel abandon.
Confiance
La gouvernance locale forme le troisième volet. Élus, autorités traditionnelles, organisations de femmes et de jeunes, éleveurs, commerçants et déplacés doivent être associés aux décisions sur la reconstruction et les services. Dans un climat où la parole publique demeure prudente, des consultations régulières peuvent faire remonter les besoins sans confondre critique, désaccord politique et soutien aux groupes armés. L’universitaire Pierre Claver Bakoroba Traoré plaide pour une décentralisation plus poussée et pour le dialogue. « Il ne faut surtout pas fermer la porte », estime également un habitant interrogé par Studio Tamani. La concertation n’exclut ni l’autorité de l’État ni la lutte contre les violences. Elle peut réduire les frustrations dont les groupes armés tirent parti. Une administration présente, des routes praticables, des services ouverts et des habitants revenus durablement donneront un contenu concret à la reprise de Kidal. Sans ces relais civils, la ville risque de rester une position militaire disputée et de connaître encore les changements de contrôle qui ont rythmé son histoire récente. Massiré Diop
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About this article
- Length
- 712 words · 4 min read
- Published
- October 15, 2026
- Byline
- fatoumata Maguiraga
- Source
- Journal du Mali