
Huit jours après la crue au Népal, le bilan continue de grimper : plus de 1 200 morts et 4 200 disparus. Les recherches pour localiser les corps prendront du temps : preuve de la violence de l’incident, l'Inde a retrouvé des cadavres dans le nord de son territoire, à des centaines de kilomètres de la crue initiale. L'autre inquiétude porte sur le coût de la catastrophe qui pourrait se chiffrer en milliards de dollars.
Publié le : Modifié le :
De notre correspondant dans la région, Emmanuel Derville
Le Premier ministre Balendra Shah a déclaré mardi 1er septembre que la hausse de 1,8°C des températures dans l'Himalaya avait provoqué le détachement du glacier à l'origine de la crue.
La veille, le ministre des Finances a entamé des démarches pour faire payer les pays à haut revenus. Il a écrit au Fonds de réponse aux pertes et préjudices (FRPP). Cet organisme a été créé pendant la COP28 il y a trois ans pour accorder des financements aux nations qui subissent le changement climatique sans en être responsables. Il est administré par la Banque mondiale. En deux ans et demi, il a reçu 2,8 milliards de dollars de demandes d'indemnisation de 119 pays.
À lire aussiCrue dans l'Himalaya: la jeunesse népalaise réclame «justice» aux pays pollueurs
Malgré son initiative, le Népal ne percevra sans doute pas de montants importants. Le 10 juillet, le Fonds avait indiqué avoir obtenu 820 millions de promesses de financements, soit moins du tiers de ce que les pays pauvres réclament.
Le Népal va pourtant avoir besoin d'une aide financière importante pour se relever. Katmandou n'a pas fait d'estimation officielle, mais dans le New York Times lundi, un haut fonctionnaire du ministère de l'Agriculture a évoqué cinq milliards de dollars. C'est un chiffre plausible : les inondations qui avaient ravagé le Pakistan il y a quatre ans avaient fait 30 milliards de dollars de dégâts.
D'après l'ONU, la crue a laissé 2 millions de tonnes de débris, de sable et de roches qu'il faudra nettoyer. Il faudra réparer 26 barrages hydroélectriques, reconstruire des ponts, des maisons, indemniser ceux qui ont perdu leur bétail. Et surtout, il faudra effectuer des travaux pour que le Népal anticipe et s'adapte à ce genre de tragédie, qui pourrait se reproduire de plus en plus, en raison du changement climatique.
Si Katmandou arrive à percevoir ces financements, se pose ensuite la question si le Népal arrivera à dépenser cet argent correctement : en Asie du Sud, les autorités étatiques n'ont pas toujours la capacité institutionnelle de dépenser l'aide internationale.
Cela a été un problème pour le Pakistan : après les inondations de 2022, Islamabad avait recueilli 10 milliards de dollars de promesses de dons. Finalement, un tiers des financements était arrivé dans les caisses de l’État. Le ministre pakistanais des Finances avait expliqué il y a un an que les pouvoirs publics n'avaient pas monté assez de projets pour utiliser cet argent. En cause, les lourdeurs administratives, le manque de coordination entre le pouvoir central et les provinces, et une bureaucratie sous-équipée.
À lire aussiCrue meurtrière au Népal: la suppression par Washington d’un programme de l’USAID en question
NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail
Follow the story