« Partenariat d’égal à égal » : l’appel fort de Balibe Bayala au sommet Russie-Afrique

De notre envoyé spécial à Moscou,
Le président de la Banque confédérale pour l'investissement et le développement de l'AES (BCID-AES), Balibe Serge Auguste Bayala, a appelé à une redéfinition en profondeur des relations économiques entre la Russie et l'Afrique, lors du sommet Russie-Afrique. Dans son intervention, il a insisté sur la nécessité de bâtir une coopération fondée sur l'égalité réelle, la diversification des échanges et la définition conjointe des priorités.
Un partenariat « stratégique » est-il forcément égalitaire ?
Réagissant aux interventions des panélistes, M. Bayala a estimé que le thème du sommet comporte une dimension qui mérite d'être soulignée. « Sa deuxième composante nous appelle à la voie d'un partenariat d'égal à égal. Cette dimension paraît suffisamment importante pour que l'on insiste là-dessus », a-t-il affirmé. Pour illustrer son propos, le président de la BCID-AES est revenu sur une anecdote survenue lors de son voyage vers la Russie. À l'aéroport de Rabat, un agent des forces de sécurité qui contrôlait son passeport a réagi en apprenant sa destination.. « Je lui ai dit : "Je vais à Moscou". Il m'a répondu : "Ah, c'est un partenaire stratégique" », a-t-il raconté. Cette remarque l'a amené à s'interroger durant le vol : « Est-ce que le fait que ce soit un partenariat stratégique veut dire que c'est un partenariat d'égal à égal ? C'est la première des questions que je me suis posées. » Répondant à la question qui lui avait été posée sur le rôle de la banque de la Confédération des États du Sahel, Balibe Serge Auguste Bayala a livré sa définition de l'égalité entre partenaires. « Pour nous, l'égalité n'est pas un aspect diplomatique. C'est beaucoup plus sérieux que cela. Pour nous, c'est définir ensemble les priorités », a-t-il déclaré. Il a rejeté l'idée d'une coopération construite autour de projets préétablis. « Tout à l'heure, on disait qu'il nous faut des projets. Non, nous allons les définir ensemble, parce que chacun a un agenda », a-t-il insisté. Selon lui, la Russie dispose d'un agenda légitime, tout comme les pays africains. Il a rappelé à ce propos qu'« Afrique, ce n'est pas un pays, ce sont plusieurs pays ».
Des agendas africains à plusieurs niveaux
Le président de la BCID-AES a détaillé la pluralité des cadres de référence africains, qu'il a invité les partenaires russes à prendre en compte. Il a cité l'agenda 2063 de l'organisation continentale, mais aussi la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). « Vous avez aussi, à l'intérieur, d'autres agendas, comme celui de la Confédération des États du Sahel ou d'autres organisations sous-régionales, et vous avez à l'intérieur les agendas propres à chaque pays », a-t-il énuméré. Pour M. Bayala, la réussite de la coopération économique russo-africaine passe par une vision d'ensemble. « Il est important que nous ayons cette image globale au niveau de l'Afrique, au niveau des sous-ensembles et des États, pour ne pas commettre la même erreur de partenariat qui a eu lieu par le passé avec d'autres pays ou d'autres entités », a-t-il averti. Le responsable de la BCID-AES a présenté l'objectif de la rencontre comme celui d'une transformation économique durable des deux côtés. « C'est le sens de notre présence à tous : faire en sorte qu'il y ait effectivement un succès, une transformation structurelle profonde de nos économies, aussi bien du côté de la Russie que du côté de l'Afrique, parce que le meilleur baromètre, dans tous les cas, restera les populations à la base », a-t-il soutenu. Invitant les participants à « regarder de façon très froide » les partenariats existants, Balibe Serge Auguste Bayala a dressé un état des lieux sans complaisance des échanges entre Moscou et le continent. S'il reconnaît que des évolutions ont eu lieu, il a souligné que la réalité concrète reste très concentrée. « Pratiquement 90 % se passent entre le pétrole et ses produits dérivés, la commercialisation du blé et les métaux. Ce sont principalement les produits russes qui convergent vers l'Afrique », a-t-il indiqué. Il en a tiré un premier constat : « Il y a besoin de diversification. C'est un élément important. »
Une concentration géographique pointée du doigt
Au-delà de la nature des produits, l'orateur a mis en évidence un déséquilibre géographique. « Sur ces 90 % de matières, au moins 70 % convergent vers trois pays d'Afrique du Nord », a-t-il précisé. L'Afrique subsaharienne, l'Afrique centrale, l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe se partagent ainsi le reste du commerce. Pour le président de la BCID-AES, l'enjeu est double. « Nous devons réfléchir à la manière d'arriver non seulement à une diversification, mais aussi de faire en sorte que nous puissions couvrir l'ensemble des pays africains », a-t-il plaidé, en désignant ce chantier comme le constat qui concerne la partie russe. Estimant que l'égalité implique des efforts réciproques, Balibe Serge Auguste Bayala a également appelé le continent à faire son propre travail. « Comme nous sommes d'égal à égal, il y a aussi un travail que nous devons faire au niveau de l'Afrique », a-t-il déclaré, en rappelant que l'intégration des marchés africains reste faible. « Nous avons à peine moins de 16 % d'intégration des marchés en Afrique », a-t-il relevé, en s'appuyant sur la présence dans la salle du représentant de la Banque africaine. Cette situation, a-t-il reconnu, rend la notion d'égalité délicate à concrétiser à court terme. « La question d'égalité dont on parle devient quelque chose, je ne dirais pas d'utopique, mais que nous devons construire à moyen et long terme », a-t-il nuancé. Il a conclu en soulignant que cette perspective justifie la définition des priorités communes et la co-construction de capacités endogènes.
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- 939 words · 5 min read
- Published
- October 28, 2026
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- Senenews