
Audition du Colonel Otoulou au procès Martinez Zogo : l'enquêteur évoque des indices et des pistes, mais aucune preuve matérielle contre Léopold Maxime Eko Eko. Le débat judiciaire relancé.
Entendu comme 34e témoin de l'accusation dans l'affaire Martinez Zogo, le Colonel Otoulou, directeur de l'enquête préliminaire, a décrit les indices qui ont guidé ses investigations. Mais face aux avocats de la défense, une question demeure : où sont les preuves contre Léopold Maxime Eko Eko ?
Indices, pistes, intuition, conviction personnelle. Le Colonel Otoulou a tout évoqué à la barre. Tout, sauf des preuves. Dans un procès pour assassinat, cette absence interroge. Et si l'accusation reposait sur du sable ?
L'audience consacrée à l'affaire Martinez Zogo se poursuit devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Ce jour-là, tous les regards sont tournés vers un homme : le Colonel Otoulou, directeur de l'enquête préliminaire. Convoqué comme 34e témoin de l'accusation, il est celui qui a conduit les investigations ayant abouti aux inculpations, notamment celle visant Léopold Maxime Eko Eko, ancien Directeur général de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE).
À la barre, le Colonel Otoulou déroule le fil de son raisonnement. Il décrit les indices, les pistes, les orientations qui ont guidé son enquête. Il évoque même sa chance, son intuition, sa conviction personnelle dans le choix de certaines directions. Des éléments qui, selon lui, ont permis d'orienter les investigations et de parvenir à ses conclusions.
Mais au fil des questions des avocats de la défense, une difficulté s'impose progressivement. Me Jean-Pierre Buyle et Me Seri Zokou, conseils de Léopold Maxime Eko Eko, ramènent sans cesse le débat à l'essentiel : dans un procès pénal d'une telle gravité, la distinction entre indice, piste et preuve est centrale.
Les indices orientent l'enquête. Les pistes permettent d'explorer des hypothèses. La preuve, elle, doit permettre d'établir, devant la juridiction, l'imputation d'un fait à une personne déterminée.
C'est sur ce terrain que les avocats ont longuement interrogé le Colonel Otoulou. Existaient-ils des preuves matérielles, documentaires, numériques ou testimoniales établissant personnellement que Léopold Maxime Eko Eko avait commandité, financé ou donné un ordre relatif à l'opération ayant conduit à la mort de Martinez Zogo ?
À plusieurs reprises, selon les échanges rapportés de l'audience, l'enquêteur a répondu par la négative ou a renvoyé à l'appréciation de la justice la valeur des indices qu'il avait recueillis.
"Le Colonel Otoulou a expliqué avoir construit son raisonnement à partir d'indices et de plusieurs pistes d'enquête", rapportent des sources proches du dossier. Mais "toutes les pistes évoquées ou révélées au cours de l'enquête n'auraient pas connu le même niveau d'exploitation".
Une limite importante est ainsi apparue : les indices recueillis sont-ils, à eux seuls, suffisants pour établir la responsabilité pénale personnelle de l'accusé ?
Les différentes déclarations du lieutenant-colonel Justin Danwé demeurent centrales dans la construction du raisonnement ayant conduit le Colonel Otoulou vers Léopold Maxime Eko Eko. Mais ces déclarations font elles-mêmes l'objet d'un débat contradictoire devant le Tribunal militaire, alors que différentes versions ont été évoquées au cours de la procédure.
Dès lors, une interrogation demeure : en dehors des déclarations attribuées au lieutenant-colonel Danwé, quelles preuves indépendantes matérielles, numériques, documentaires ou testimoniales viennent conforter l'accusation ?
Au terme de cette audition, le cœur du débat reste entier :
- Quelles preuves ont été produites par le Colonel Otoulou pour établir personnellement la responsabilité de Léopold Maxime Eko Eko ?
- Quelles preuves documentaires, numériques ou matérielles ont été identifiées ?
- Quelles preuves testimoniales indépendantes sont susceptibles de corroborer les accusations ?
Depuis son arrivée à la barre, chaque fois qu'il est ramené à la question précise des éléments établissant personnellement la responsabilité de Léopold Maxime Eko Eko, le Colonel Otoulou évoque essentiellement les indices, les pistes et les orientations qui ont guidé son enquête.
Il n'a présenté aucune preuve documentaire, numérique, matérielle ou testimoniale indépendante établissant personnellement la responsabilité de l'accusé.
Il ne s'agit pas ici de porter un jugement sur la qualité de l'enquête préliminaire. Les indices sont utiles. Les pistes sont nécessaires. L'intuition peut aider un enquêteur à orienter ses recherches.
Mais dans une procédure pénale d'une telle gravité, peuvent-ils suffire à eux seuls si, au terme de l'enquête et devant la juridiction, ils ne sont pas solidement confortés par des éléments de preuve susceptibles d'être discutés contradictoirement ?
Dans un procès pénal, l'indice ne se confond pas avec la preuve. La piste n'est pas la démonstration. Et la conviction personnelle d'un enquêteur, aussi compétent soit-il, ne peut, à elle seule, se substituer à la nécessité de produire des éléments permettant d'établir les faits reprochés à une personne déterminée.
Une accusation d'une telle gravité appelle des preuves à la hauteur de sa gravité.