Le théâtre, une scène vivante au service de la mémoire nationale
Dans l’histoire de la lutte de libération nationale, le théâtre n’a jamais été un simple divertissement. Il fut aussi un instrument d’éveil des consciences, un moyen de dénoncer l’oppression coloniale et un espace d’affirmation de la personnalité algérienne face aux entreprises d’effacement culturel. Par la force de la parole et la puissance de la représentation, les artistes ont contribué à entretenir la flamme patriotique, à exalter l’amour de la patrie et à faire entendre les aspirations d’un peuple déterminé à recouvrer sa liberté.
Sur les scènes comme dans les espaces populaires, l’art dramatique a participé à cette bataille pour la dignité, où la culture constituait l’un des fronts de la résistance. Il a donné corps aux souffrances du peuple, porté la voix des opprimés et rendu hommage aux hommes et aux femmes qui ont consenti les plus lourds sacrifices pour que l’Algérie retrouve sa souveraineté.
Aujourd’hui, cette vocation mémorielle demeure d’une actualité particulière. À l’heure où les nouvelles générations grandissent dans un monde marqué par la rapidité des échanges et la profusion des images, le théâtre conserve cette capacité singulière de rapprocher les jeunes de leur histoire en la rendant vivante, sensible et accessible. Il ne se contente pas de raconter le passé : il le fait revivre, le soumet au regard du présent et invite chacun à en mesurer la portée.
« El Mouallem », entre quête identitaire et transmission de l’héritage national
D’une durée de 60 minutes, l’épopée « El Mouallem », conçue et mise en scène par Hamza Mekki, s’articule autour d’une intrigue mettant en scène un groupe de jeunes en quête de leur identité. Dans leur cheminement, ils sont guidés par un personnage énigmatique, « El Moulatham » (l’homme voilé), qui les entraîne dans un voyage à travers les méandres de l’histoire nationale, éprouvant leurs connaissances et les confrontant aux grandes figures qui ont marqué le destin de leur pays.Des civilisations anciennes aux périodes islamiques, des résistances populaires à la Révolution du 1er novembre 1954, jusqu’au recouvrement de la souveraineté nationale, le spectacle déroule le fil d’une histoire faite de luttes, de fidélité et de sacrifices. Chaque étape devient ainsi une leçon de mémoire, chaque personnage un témoin d’une époque, chaque tableau une invitation à renouer avec les racines historiques et civilisationnelles de l’Algérie.Le choix de placer la jeunesse au cœur de cette quête n’est pas anodin. Il traduit la conviction que la mémoire nationale ne saurait se limiter aux commémorations officielles ni demeurer confinée dans les livres. Elle doit être transmise, incarnée et partagée, afin que les jeunes générations puissent s’approprier cet héritage et comprendre que leur avenir s’inscrit dans une continuité historique dont elles sont désormais les dépositaires. En donnant à voir et à entendre les grandes heures de l’histoire algérienne, « El Mouallem » rappelle ainsi que l’identité nationale n’est ni une notion abstraite ni un héritage figé. Elle est une mémoire vivante, façonnée au fil des siècles par les civilisations, les résistances et les aspirations d’un peuple à la liberté.
La jeunesse, dépositaire d’une mémoire à faire vivre
Dans une allocution prononcée à cette occasion, Mustapha Hidaoui a souligné que la commémoration de l’anniversaire du déclenchement de la Révolution du 1er novembre 1954 constitue « un renouvellement du lien des Algériens avec leur histoire et les sacrifices des Chouhada et des Moudjahidine ». Le ministre a également mis en avant la participation des jeunes à ces célébrations, estimant qu’elle témoigne de leur attachement à la mémoire des martyrs et des combattants de la Révolution, ainsi que de leur volonté de préserver le patrimoine mémoriel national à travers des initiatives créatives célébrant les gloires de la lutte de libération.Dans cette perspective, il a annoncé le lancement d’un programme national de festivités à travers les différentes wilayas du pays, à l’initiative des directions de la Jeunesse et des Sports. Ce programme prévoit notamment l’organisation de festivals nationaux, un rassemblement à Alger réunissant 5 000 jeunes issus des différentes régions du pays, ainsi qu’une conférence nationale destinée à favoriser les échanges entre les jeunes et les moudjahidine, afin que les témoignages de ces derniers contribuent à nourrir la connaissance et la compréhension de l’histoire révolutionnaire. Cette démarche prend tout son sens lorsqu’elle s’appuie sur des formes d’expression artistique capables de toucher la sensibilité du public. Le théâtre, par son langage universel et sa force émotionnelle, offre aux jeunes la possibilité de découvrir l’histoire autrement : non plus seulement à travers des dates et des événements, mais aussi à travers des visages, des destins, des épreuves et des espérances.Car connaître la Révolution, c’est certes en retenir les grandes dates et les faits marquants, mais c’est surtout comprendre le prix de la liberté, la valeur du sacrifice et la responsabilité qui incombe à chaque génération dans la préservation de l’indépendance et de la cohésion nationale.
Une œuvre collective au service de la mémoire
Produite par la Direction de la jeunesse, des sports et des loisirs de la wilaya d’Alger, l’épopée « El Mouallem » est le fruit du travail de jeunes talents issus des maisons de jeunes, avec le soutien et la coordination des cadres du secteur de la Jeunesse et des Sports. Cette dimension collective confère à l’œuvre une portée particulière. Elle témoigne du rôle que peuvent jouer les structures de jeunesse dans la formation artistique, la valorisation des talents nationaux et la transmission des valeurs historiques aux nouvelles générations. Elle démontre également que les jeunes ne sont pas uniquement les destinataires de la mémoire nationale : ils peuvent en devenir les acteurs, les interprètes et les passeurs.Le metteur en scène Hamza Mekki a, pour sa part, expliqué que l’œuvre véhicule un message implicite : la construction de l’avenir et la réalisation des ambitions ne peuvent être dissociées de la connaissance de l’histoire nationale ni de l’évocation des sacrifices consentis par les ancêtres pour libérer la patrie. Il a ainsi qualifié la Révolution du 1er novembre de référence fondamentale pour l’ancrage des valeurs d’appartenance et de responsabilité, ainsi que pour la préservation de la mémoire collective.Avant le lever de rideau, le groupe vocal « Salil El Ahrar », dirigé par Mohamed Mehannek, a interprété un florilège de chants révolutionnaires évoquant les différentes étapes de la lutte de libération et rendant hommage aux sacrifices du peuple algérien pour l’indépendance. La fanfare de la Direction de la jeunesse, des sports et des loisirs de la wilaya d’Alger a, elle aussi, contribué à cette atmosphère empreinte de ferveur patriotique, à travers des chants et des hymnes célébrant l’esprit de la Révolution et la bravoure des chouhada.
Quand la scène devient un pont entre les générations
Au-delà de sa dimension commémorative, « El Mouallem » rappelle une vérité essentielle : une nation qui ne transmet pas sa mémoire risque de voir s’affaiblir le lien qui unit ses générations à leur histoire. Le théâtre possède précisément cette vertu de raviver ce lien, en transformant le souvenir en émotion, le témoignage en parole vivante et l’histoire en une expérience partagée. Sur scène, le passé cesse d’être lointain. Il reprend vie dans un regard, une voix, un geste ou un silence. Les héros de la Révolution retrouvent une présence humaine, leurs sacrifices prennent un relief nouveau et leur combat devient une source de réflexion pour une jeunesse appelée à poursuivre, dans d’autres circonstances, l’œuvre de construction nationale.Ainsi, à travers cette épopée, le théâtre réaffirme sa vocation : être à la fois un lieu de création, un espace de conscience et un rempart contre l’oubli. Car si les armes ont permis de conquérir l’indépendance, la culture, l’art et la mémoire contribuent à en préserver le sens. À l’occasion du 72e anniversaire du déclenchement de la Révolution de libération nationale, le message porté par « El Mouallem » résonne avec une force particulière : honorer les sacrifices des générations passées, c’est aussi donner aux générations présentes les moyens de comprendre leur histoire, de défendre leur identité et de bâtir leur avenir. Et le théâtre, en faisant dialoguer le passé avec le présent, demeure l’une des scènes privilégiées où se transmet cette précieuse flamme de la mémoire nationale.
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- 1,342 words · 7 min read
- Published
- November 2, 2026
- Byline
- Rédaction LNR