
Longtemps marquées par des désaccords, les relations entre l’UEFA et la FIFA ont franchi un nouveau cap. La confédération européenne s’oppose désormais frontalement à Gianni Infantino, dont elle conteste la gouvernance et réclame le départ. Mais pour convaincre le reste du monde, l’Europe doit éviter d’apparaître comme donneuse de leçons.
La rupture entre l’UEFA et la FIFA semble consommée. Cet été, la confédération européenne a adopté un ton d’une rare virulence contre le président de la FIFA, Gianni Infantino, à la suite de la controverse autour de son projet lié aux actions de la Coupe du monde. L’UEFA l’a notamment accusé de vouloir « vendre le football ».
Selon la NOS, jamais l’organisation européenne n’était allée aussi loin dans son affrontement avec la FIFA. Elle a brandi la menace de boycotts, finalement retirée, et engagé une offensive juridique contre le dirigeant suisse.
Pour plusieurs responsables européens, la question dépasse désormais la personnalité d’Infantino. Laura McAllister, vice-présidente de l’UEFA, évoque une « crise existentielle » et réclame davantage de transparence, de démocratie et une réforme en profondeur de la FIFA.
Le défi est cependant de taille. L’UEFA sait qu’elle ne pourra pas imposer seule une transformation de la FIFA. Elle cherche donc à rallier les autres confédérations et aurait notamment trouvé des soutiens auprès de la CONCACAF, en Amérique du Nord et centrale, et de l’AFC en Asie.
L’ancien dirigeant de la Fédération néerlandaise Bert van Oostveen met toutefois en garde contre une stratégie trop européenne : « Le doigt moralisateur de l’Europe ne fonctionne généralement pas très bien. »
L’Europe concentre en effet une part considérable de la richesse du football mondial. Toute offensive menée exclusivement par l’UEFA risque donc d’être interprétée ailleurs comme une tentative des grandes nations européennes de préserver leur domination.
Gianni Infantino exploite précisément cet argument. Le patron de la FIFA affirme vouloir réduire l’écart entre les nations riches et les pays disposant de moins de moyens. La FIFA compte 211 associations membres et redistribue d’importantes sommes aux fédérations nationales.
Cette politique permet à Infantino de conserver des soutiens, y compris parmi certaines petites fédérations européennes qui bénéficient largement des programmes financiers de la FIFA.
La bataille est d’autant plus complexe que les structures de la FIFA et de l’UEFA sont étroitement imbriquées. Aleksander Ceferin, président de l’UEFA, est également vice-président de la FIFA. Plusieurs autres dirigeants occupent simultanément des responsabilités dans les deux organisations.
Critiquer le système FIFA revient donc, en partie, à remettre en question un système auquel les dirigeants européens participent eux-mêmes.
L’UEFA doit également composer avec son propre passé. Les deux précédents présidents controversés de la FIFA étaient européens, tandis que la confédération européenne a elle-même été critiquée pour l’alourdissement du calendrier des compétitions.
Ceferin assure cependant qu’il ne cherche pas à prendre la place d’Infantino. Selon lui, son absence d’ambition personnelle pour la présidence de la FIFA renforce la crédibilité de son combat.
L’UEFA tente ainsi de présenter son offensive comme une bataille pour une gouvernance plus transparente du football mondial plutôt que comme une guerre de pouvoir entre l’Europe et le reste du monde.
Mais son succès dépendra surtout de sa capacité à convaincre les autres continents. Sans une coalition suffisamment large au sein du football mondial, la fronde européenne contre Gianni Infantino pourrait difficilement aboutir.
Source : NOS
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