Siguiri (Bouré) : face à l’anarchie du marché noir de l’essence, l’insoutenable passivité des autorités

Malgré les mesures sécuritaires et réglementaires affichées par la commune de Kintinian, le marché illicite du carburant dicte sa propre loi dans toute la région de Bouré. Partout, le prix du litre d’essence reste obstinément bloqué à 15 000 FG, alimentant une spéculation artificielle qui étrangle financièrement une population résignée.
Le secteur informel des hydrocarbures à Bouré est devenu un terrain de non-droit. Femmes, enfants, vieillards : tout le monde s’improvise désormais vendeur d’essence à la sauvette, sans pour autant mesurer l’ampleur des risques liés à ce produit. Sans aucun principe de régulation ni barrière à l’entrée, chacun dicte ses règles et vend quand il veut et comme il veut.
Loin d’être de simples revendeurs de subsistance, ces acteurs sont devenus de véritables promoteurs d’une pénurie artificielle et permanente. Pour maintenir le prix arbitraire de 15 000 FG le litre, les spéculateurs redoublent d’ingéniosité mathématique au détriment du consommateur.
Sur le terrain, la politique tarifaire de ces réseaux informels repose sur un calcul cynique : le contenu d’un bidon d’un litre est sciemment fractionné. Un petit bidon est rempli et vendu à 5 000 FG. Le reste du litre est vendu à 10 000 FG.
Au total, le consommateur paie invariablement 15 000 FG pour la même quantité d’essence. Plus grave encore, les usagers se retrouvent régulièrement pris en otage par le chantage à la monnaie. Sous prétexte d’une absence totale de billets de 2 000 FG, les vendeurs imposent le demi-litre à 10 000 FG. Le client n’a alors que deux options : abandonner sa monnaie ou repartir avec une quantité dérisoire au prix fort.
Ce théâtre de l’exploitation économique se joue au vu et au su de tous. Face à cette dérive économique qui gangrène l’économie locale, la passivité de la Chambre de commerce de Bouré est non seulement palpable, mais elle est devenue intolérable. La population, quant à elle, désarmée et abandonnée par les structures censées la défendre, se résigne à cette épreuve quotidienne.
Rencontré au centre-ville de Kintinian, un usager de la route déplore cette flambée incontrôlée et propose aux autorités des solutions éventuelles :
«Les déclarations d’intention de la Mairie ne suffisent plus. Pour restaurer l’autorité de l’Etat, assainir le secteur et soulager les usagers il faut que les autorités à tous les niveaux conjuguent le même verbe. Si non, il ya plusieurs actions fortes pour freiner cette pagaille sur le marché noir: mettre en place une brigade de controle mixtes, sanctionner lourdement les complices formels et reanimer la chambre de commerce de bouré qui est déjà morte, vous verez que ça va marcher », a-t-il déclarer devant notre micro.
Interrogé à son point de vente, Mamadi Magassouba, vendeur d’essence à Kofilani, accuse, quant à lui, les pompistes des stations-service de la localité :
« Le détournement du carburant dans les stations-service, où une pompe affiche vingt 20) litres alors que le bidon ne contient réellement que dix-huit(18) ou dix-neuf(19) litres, telles sont les fraudes volontaires de la plupart de nos pompistes c’est pourquoi, nous aussi, à notre tour, on est obligé de diviser un litre et les revendre séparement l’un à 10000fg et l’autre à 5000fg pour ne pas perdre complètement ».
Ramener le prix à 13 000 FG le litre
Sur le marché noir, vouloir ramener le prix du litre à 13 000 FG est une initiative louable pour protéger le pouvoir d’achat des populations enclavées. Cependant, cet objectif restera purement illusoire tant que le problème de la fraude à la pompe ne sera pas résolu à la racine.
Lorsque les stations-service détournent un à deux litres par bidon, elles transfèrent illégalement leur manque à gagner, ou leur cupidité, sur le maillon le plus vulnérable de la chaîne : le revendeur ambulant. Ce dernier se retrouve étranglé entre un prix d’achat réel surévalué et un prix de revente final bloqué, ce qui détruit sa faible marge bénéficiaire.
Pour sortir de cette impasse, une simple négociation commerciale ne suffit pas. Il faut une action collective forte, par le biais d’un syndicat ou d’une association de revendeurs capable d’imposer des boycotts, combinée à une reprise en main de l’État, qui doit sanctionner sévèrement les gérants de stations-service fraudeurs.
Sans cette discipline technique et morale à la pompe, le marché informel du carburant continuera de fonctionner comme une économie de la spoliation, où le vendeur mobile travaille à perte et où le consommateur final paie le prix de la corruption cachée.
Mamoudou Kéïta, correspondant à Kintinian
628 61 88 90
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- 767 words · 4 min read
- Published
- October 23, 2026
- Byline
- Youssouf KEITA
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- Mediaguinee