Kiiraay, zoom sur le dossier qui menace plusieurs ministres du gouvernement

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Le message est sans ambiguïté. Lors de l'université d'hivernage de Kiiraay, le ministre de l'Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, a averti que les ministres et directeurs qui refusent de rejoindre le parti présidentiel pourraient être écartés de leurs fonctions. Mais qu'est-ce que Kiiraay, pourquoi certains responsables traînent-ils les pieds, et qui a réellement le pouvoir de trancher ? Kiiraay est la formation politique du président Bassirou Diomaye Faye. Officiellement lancée le samedi 25 juillet 2026 au Kings Fahd Palace de Dakar, elle porte le nom complet de « Kiiraay – Les Patriotes Républicains ». En wolof, le mot signifie « protection » ou « bouclier », un symbole que ses initiateurs présentent comme celui de la défense de la République, des institutions et des citoyens. Le parti est né de la transformation de la coalition Diomaye Président, qui avait porté la candidature du chef de l'État en 2024. Selon la résolution lue par Aminata Touré lors de l'assemblée constitutive, il résulte de la fusion de 437 partis, mouvements et associations.
L'ultimatum de Serigne Guèye Diop
La création de Kiiraay a surtout une portée politique majeure. Elle consacre la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, son ancien mentor et ex-Premier ministre, devenu président de l'Assemblée nationale et toujours à la tête de Pastef. Le chef de l'État s'est ainsi doté de son propre appareil partisan, capable d'investir des candidats aux prochaines échéances et d'encadrer sa base militante, avec en ligne de mire l'élection présidentielle de 2029. Le parti doit tenir son congrès après la saison des pluies. C'est dans ce contexte que s'inscrit la sortie de Serigne Guèye Diop. Chargé de la mobilisation au sein de Kiiraay, le ministre de l'Industrie et du Commerce a demandé aux ministres de rallier le parti et plaidé pour que les postes de direction soient confiés à des cadres proches du président. Il a estimé que les agences de l'État ne pouvaient être dirigées par des personnes opposées au chef de l'État, et évoqué une nouvelle série de limogeages. Une déclaration renforcée par celle de Lansana Gagny Sakho, qui a affirmé que certains ministres ne soutenaient pas le camp présidentiel et négociaient déjà leur position pour 2029, avant d'appeler à leur renvoi. L'avertissement n'a rien d'une simple posture. Lors d'un Conseil des ministres exceptionnel tenu au Palais de la République, le président de la République avait déjà procédé au remplacement de plus de 80 responsables. Presque tous les directeurs généraux et présidents de conseil d'administration se réclamant de Pastef avaient alors été écartés, une opération que beaucoup ont qualifiée de « dépastefisation » de l'appareil d'État. La perspective d'une deuxième vague place désormais sous pression ceux qui n'ont pas encore choisi leur camp.
Pourquoi certains résistent
Plusieurs raisons peuvent expliquer les réticences. Une partie des responsables nommés depuis 2024 doivent leur parcours politique à Pastef et restent attachés à Ousmane Sonko, avec qui ils ont mené le combat de l'opposition. Rejoindre Kiiraay reviendrait pour eux à rompre avec leur famille politique d'origine. D'autres appartiennent à des formations alliées qui tiennent à préserver leur identité et leur autonomie. Il y a enfin les profils techniques, hauts fonctionnaires ou experts, pour qui l'adhésion à un parti n'a jamais été une condition d'exercice de leurs fonctions et qui peuvent voir dans cette exigence une politisation de l'administration. Le contexte de 2029 pèse aussi, chacun mesurant les risques d'un engagement trop précoce dans un paysage politique en pleine recomposition. Malgré la fermeté du ton, Serigne Guèye Diop n'a pas lui-même le pouvoir de limoger qui que ce soit. La Constitution confie au président de la République la nomination des ministres et la fin de leurs fonctions, sur proposition du Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo. Les directeurs généraux et présidents de conseil d'administration sont, eux, nommés et remplacés par décret, généralement en Conseil des ministres. La décision finale revient donc à Bassirou Diomaye Faye, qui devra arbitrer entre la volonté de bâtir un camp homogène et loyal, et le risque de donner le sentiment que l'appartenance partisane prime sur la compétence dans la gestion de l'État. Le dossier Kiiraay dépasse ainsi la seule question des ralliements. Il met à l'épreuve la manière dont le président entend gouverner après la rupture avec
Pastef
. Une nouvelle vague de limogeages confirmerait la volonté de consolider sa majorité autour de son parti. Le statu quo, à l'inverse, laisserait cohabiter au sommet de l'État des responsables aux loyautés divergentes. Dans les deux cas, le choix de Bassirou Diomaye Faye sera scruté de près, à trois ans de la présidentielle.
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About this article
- Length
- 760 words · 4 min read
- Published
- October 8, 2026
- Byline
- Diack Sall
- Source
- Senenews