La colline de Linguérin à Kégnéko (Mamou) : un calvaire routier vieux de plus de 60 ans
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« Nous sommes confrontés à un enclavement très avancé. Surtout à l’hivernage, nous sommes incapables de nous connecter avec certains de nos districts environnants. Notre plus grand souci, c’est l’enclavement. Pour les districts les plus éloignés, venir à Kégnéko est un calvaire, surtout les jours de marché et pour évacuer leurs productions », a déploré Thierno Mamadou Aliou Barry, maire de la commune de Kégnéko.
Colline de Linguérin à Kégnéko (Mamou)
Située à 53 kilomètres du chef-lieu de la région administrative de Mamou, la sous-préfecture de Kégnéko sombre dans un enclavement très critique. Pistes défoncées, nids-de-poule monstrueux et pentes abruptes rythment le quotidien des usagers. Mais le véritable goulot d’étranglement de toute la localité se dresse à une douzaine de kilomètres du centre : la redoutable colline de Linguérin. La traversée de cette éminence, étendue sur deux kilomètres sur la route nationale Dounet-Kégnéko, relève du miracle mécanique, a constaté Guineematin.com à travers un de ses reporters.
Traverser la colline de Linguérin est un parcours du combattant, y compris pour les conducteurs les plus chevronnés. Pentes raides, éboulis de pierres, crevasses profondes et sol décapé par l’érosion rendent la traversée extrêmement pénible. Même les habitués de cette route ne sont pas à l’abri des mauvaises surprises. Une voiture peut tanguer dangereusement, perdre son équilibre ou s’immobiliser au milieu de la pente.
En saison sèche, les véhicules, secoués de toutes parts, risquent la panne ou l’accident à chaque instant. Mais en saison des pluies, le danger franchit un cap. La terre se dégrade, les ornières se remplissent d’eau et les passages deviennent particulièrement difficiles, voire impraticables. La plupart des chauffeurs préfèrent renoncer aux voyages sur cette route. Pour contourner l’obstacle principal (la colline de Linguérin), certains usagers tentent de longer les rails. Mais cette voie secondaire tourne rapidement au cauchemar.
Pour les habitants de Kégnéko, la colline de Linguérin est devenue le symbole d’un épouvantable enclavement qui perdure malgré les années.
Thierno Mamadou Aliou Barry, maire de la commune de Kégnéko
« Nous sommes confrontés à un enclavement très avancé, je ne dis pas total, mais très avancé. Surtout à l’hivernage, nous sommes incapables de nous connecter avec certains de nos districts environnants. Notre plus grand souci, c’est l’enclavement. Pour les districts les plus éloignés, venir à Kégnéko est un calvaire, surtout les jours de marché et pour évacuer leurs productions, car ce sont des zones qui produisent beaucoup. S’ils n’ont pas de moyen d’acheminer leurs produits, c’est un souci majeur pour nous », a déploré Thierno Mamadou Aliou Barry, maire de la commune de Kégnéko.
Cette souffrance ne date pas d’hier. Ibrahima Persenty Barry, natif de Kégnéko, vit dans un village voisin. Il emprunte cette route depuis son enfance et en garde des souvenirs précis.
Ibrahima Persenty Barry, natif de Kégnéko
« Cette route qui passe par la montagne de Linguérin nous fait souffrir depuis de nombreuses années. En 1968, par exemple, on avait pris des élèves de la sous-préfecture de Kégnéko pour les conduire passer leurs examens à Mamou. Car à l’époque, ils ne se faisaient que là-bas. On les a emmenés en pirogue. À leur retour, on a envoyé une voiture par la route qui passe par cette montagne. Arrivée ici, elle n’a pas pu passer. On a tout fait, mais c’était impossible. La voiture a dû retourner à Mamou, et les élèves ont été obligés de faire un détour et marcher des dizaines de kilomètres pour atteindre le centre de Kégnéko. J’avais 10 ans et je faisais partie de ces écoliers. Imaginez une telle souffrance. Depuis plus de 60 ans nous souffrons de cette route. La seule fois où nous avons passé deux années consécutives sans problème, c’est quand l’ancienne ministre Hadja Mariama Djélo a envoyé une machine qui a travaillé la route jusqu’à la sous-préfecture de Saramoussaya, en 1992-1993. Pendant ces deux années, on disait Alhamdoulillah », a-t-il témoigné.
Près de six décennies après cet épisode, le septuagénaire estime que les habitants de Kégnéko continuent de subir les mêmes difficultés. Pour les commerçants qui se rendent aux marchés hebdomadaires, chaque déplacement peut se transformer en une course contre la montre, avec des pertes économiques à la clé.
« Chaque année, nous vivons un calvaire à cause de l’état de cette route. La seule solution, c’est la mobilisation de tous les citoyens de Kégnéko. Nous venons boucher les grands trous et y mettre de la terre pour atténuer un peu les choses. À notre niveau, nous ne pouvons utiliser que nos mains, on ne peut pas faire grand-chose. À un moment, on a même cherché une route secondaire pour éviter celle-ci, mais c’était de mal en pis. Pourtant, c’est la route principale de toute la sous-préfecture. Pour atteindre n’importe quel secteur ou district de Kégnéko, il faut passer par là, et ce jusqu’à la sous-préfecture de Saramoussaya. Les gens souffrent énormément, en saison sèche comme en saison pluvieuse. La seule différence, c’est qu’en saison des pluies, cette route est impraticable. On ne compte plus les voitures et les motos qui tombent en panne. Des marchands qui se rendent aux marchés hebdomadaires peuvent tomber en panne ici alors qu’ils transportent des marchandises périssables qu’ils doivent vendre. Avant, il n’y avait même pas de moto-taxi, la plupart étaient obligés de porter leurs bagages sur la tête et de marcher des kilomètres avant d’atteindre le marché. Ils y arrivent parfois vers 17 h, l’heure où les gens s’apprêtent à rentrer chez eux. Ils subissent ainsi une double perte. Il y a aussi des accidents, mais, Alhamdoulillah, il n’y a pas eu de mort pour le moment », a-t-il martelé.
L’état de la route de Linguérin ne complique pas seulement les déplacements. Il pèse aussi lourdement sur les revenus des producteurs et des commerçants. À Kégnéko, la patate douce, le riz et d’autres produits agricoles contribuent à l’approvisionnement des marchés environnants, notamment celui de Dounet. Mais lorsque le transport absorbe une grande partie du prix de vente, les efforts des producteurs deviennent parfois peu rentables. Ibrahima Persenty Barry évoque notamment le cas d’un sac de patates douces vendu à 200 000 francs guinéens. Une fois les frais de transport déduits, le bénéfice peut devenir très faible.
« Imaginez une personne âgée ou une femme enceinte qui doit parcourir des kilomètres pour se rendre à Ballet (nom ancien de la sous-préfecture de Dounet), ce n’est pas aisé. Pour mesurer l’ampleur de la situation, ce sont les habitants de Kégnéko qui ravitaillent plus le marché hebdomadaire de Dounet. En matière de nourriture, par exemple, les patates douces viennent de Kégnéko. Disons que le sac se vend à 200 000 francs, d’ici à ce qu’un habitant de Kégnéko puisse acheminer sa marchandise vers Dounet, il aura dépensé plus de la moitié. Qu’est-ce qui lui restera comme bénéfice ? Rien. C’est la même chose pour les vendeurs de bétail. Tu ne peux pas te permettre de charger un camion de bétail et que par malheur, il se renverse sur cette montagne et que tu perds tout. Alors que certains pourraient revendre 10 ou 20 têtes, ils sont obligés de marcher pour acheminer un seul animal à chaque marché hebdomadaire », a-t-il déploré.
Face à ce calvaire, ce citoyen a lancé un appel aux autorités et à toutes les personnes de bonne volonté.
« Nous remercions nos autorités et nos ressortissants pour tous les efforts qu’ils fournissent afin que cette route soit un peu praticable. Nous demandons au gouvernement de nous aider à la désenclaver. Cela mettra fin à notre calvaire quotidien. Les députés pour qui nous avons voté sont passés par cette route récemment, qu’ils nous viennent en aide. À nos ressortissants aussi, nous demandons de l’aide. Même s’ils n’ont pas l’argent, ils ont des relations, donc la capacité de bousculer les choses pour que cela avance. Nous demandons au président de la République, Mamadi Doumbouya, de constater le mauvais état de cette route et de nous venir en aide, pour atténuer le calvaire des citoyens. C’est vrai que c’est chez nous et que nous n’avons pas le choix, puisque nous devons y aller, mais nous en souffrons énormément », a plaidé Ibrahima Presenty Barry.
L’impact de cet enclavement dépasserait largement les frontières de Kégnéko. À Dounet, de l’autre côté de cet axe routier, les conséquences se font sentir.
« La route entre Dounet et Kégnéko est dans un état d’enclavement total. Si vous conduisez un engin, vous ne pouvez engager que la première ou la deuxième vitesse. La patate et le riz sont surtout cultivés à Kégnéko. Ce sont donc eux qui ravitaillent le plus le marché hebdomadaire de Dounet. Imaginez qu’ils embarquent 100 sacs de patates, les acheminer sur cette route totalement enclavée est un grand risque. C’est la route principale, tout le monde passe par là. Ce ne sont donc pas uniquement les habitants de Kégnéko qui sont touchés par l’enclavement de cette route, mais aussi ceux de Dounet, d’autres sous-préfectures et même de la ville. Si les grandes villes sont ravitaillées surtout en patates et en riz, c’est en partie parce qu’on peut embarquer plus de mille sacs de patates ici, à Dounet, et que la plus grande partie vient de Kégnéko. Si la sous-préfecture de Kégnéko reçoit une infrastructure routière, je ne dis pas que cela mettra un terme au manque de nourriture, mais cela le diminuera fortement », a déclaré Sory Keïta, le premier vice maire de la commune de Dounet.
Du maire de Kégnéko au premier vice maire de Dounet, en passant par les habitants qui empruntent cet itinéraire depuis leur enfance, les témoignages convergent vers une même préoccupation : l’état de la route constitue un frein aux déplacements et au développement économique de toute une zone. Car derrière la colline de Linguérin, il y a des producteurs qui veulent vendre leurs récoltes, des commerçants qui tentent de préserver leurs revenus et des familles qui souhaitent circuler sans craindre de rester bloquées en chemin.
Pour ces populations, le désenclavement de Kégnéko n’est donc pas un luxe. C’est une condition essentielle pour améliorer les déplacements, soutenir l’économie locale et permettre aux habitants de vivre et de travailler dans de meilleures conditions.
**Mariama Barry pour Guineematin.com **
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- 1,709 words · 9 min read
- Published
- October 18, 2026
- Byline
- Mamadou Yaya Diallo
- Source
- Guineematin.com