VIDÉO ▶️Driss Lachguar : L’agitation et la surenchère sont le refuge des partis sans projet politique crédible, ni vision d’avenir
Un parti qui n'a pas l'ambition de gouverner a, de fait, perdu les attributs d'une formation politique.

AI summary
Invité de l’émission « La Var » sur les ondes de MedRadio, le Premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Driss Lachguar, a livré une analyse exhaustive et sans concession de la dernière ligne droite de la campagne électorale. Loin des postures éphémères, il a dessiné les contours de l’équilibre institutionnel qu’il appelle de ses vœux pour l’après-23 septembre, tout en déconstruisant méthodiquement le mythe d’un paysage politique artificiellement scindé en deux.
Coups bas et fausses alternatives
Interrogé sur le climat qui imprègne cette campagne électorale, le dirigeant socialiste s’alarme d’une surenchère verbale qu’il juge fondamentalement dangereuse pour l’État de droit. La multiplication des accusations et la convocation de dossiers judiciaires sur les estrades électorales constituent, à ses yeux, une dérive alarmante. Il rappelle avec une fermeté toute institutionnelle que l’instruction des affaires pénales relève exclusivement du parquet, et non des joutes partisanes. Cette rhétorique du scandale perpétuel, qui laisse les citoyens dans un doute anxiogène, masque en réalité une profonde vacuité programmatique. Plus grave encore, cette légèreté menace la crédibilité du Royaume à l’international, offrant des arguments inespérés à ses détracteurs sur les marchés financiers ou au sein des instances de défense des droits humains.
Dans le même élan, Driss Lachguar fustige le récit médiatique complaisant qui tente d’imposer un duel exclusif entre le Rassemblement national des indépendants (RNI) et le Parti authenticité et modernité (PAM). Il refuse de cautionner cette polarisation fabriquée de toutes pièces, rappelant qu’elle n’est que la répétition des scénarios artificiels de 2011 et 2016. S’il se montre disposé à bâtir des alliances avec les forces patriotiques et progressistes, sa ligne rouge demeure infranchissable : aucune compromission ne sera envisageable avec ceux qui, par leurs outrances, affaiblissent l’édifice démocratique marocain.
L’urgence d’un rééquilibrage parlementaire et moral
Au cœur de son plaidoyer se trouve la nécessité vitale de restaurer l’équilibre entre les pouvoirs. Le Premier secrétaire dresse un réquisitoire sévère du mandat gouvernemental qui s’achève, pointant du doigt un exécutif qui a superbement ignoré l’institution parlementaire durant cinq ans. Pour que la démocratie respire, insiste-t-il, il est impératif que l’opposition soit dotée des moyens constitutionnels nécessaires — notamment le seuil de sièges requis pour initier des commissions d’enquête ou des motions de censure. Priver l’opposition de ces leviers reviendrait à programmer son échec dès l’entame de la législature.
Sur le terrain de la probité, il rappelle l’avant-gardisme de l’USFP, seule formation à avoir déposé une proposition de loi sur l’enrichissement illicite. Avec un sourire amer, il évoque le souvenir de figures de l’ancien exécutif islamiste combattant farouchement ce texte en commission, ou s’inventant des projets de loi fictifs lors de sommets internationaux sur la corruption, illustrant ainsi le fossé entre les discours moralisateurs et la réalité des actes.
La permanence de l’État face aux silences de l’exécutif
Évoquant le dernier discours du Trône et les rapports de Bank Al-Maghrib, Driss Lachguar salue la résilience du modèle marocain, tout en soulignant que sa mise en œuvre souffre encore d’importantes lacunes. Il rappelle surtout que la stabilité du Royaume s’ancre dans la permanence de l’institution Royale, véritable recours historique lors des crises.
Il oppose cette hauteur de vue aux silences coupables du gouvernement sortant. Les récents événements migratoires de Sebta en sont l’illustration parfaite : face à une crise majeure, l’exécutif a choisi le mutisme, contraignant les Marocains à s’informer via la presse étrangère. Sur le terrain des réformes sociétales, le constat est tout aussi implacable. Alors que la révision du Code de la famille piétine, le taux d’activité économique des femmes a dramatiquement chuté de 20 % à 17 %, reléguant la moitié de la société dans l’invisibilité économique, bien loin des 30 % promis. Driss Lachguar, qui a lui-même essuyé des accusations d’apostasie par le passé pour sa défense de l’égalité, dénonce le manque de courage politique qui entrave l’émancipation féminine.
Une campagne de conviction et d’ancrage local
Loin de l’ostentation et de la transhumance politique, l’USFP revendique pour ce scrutin une stratégie d’ancrage authentique. En confiant les investitures aux structures locales, en propulsant une jeunesse de moins de 25 ans et en plaçant des femmes à la tête de listes régionales, le parti parie sur la fidélité militante. Le dirigeant assume pleinement la modestie des moyens financiers alloués — entre 400 000 et 500 000 dirhams par circonscription —, une contrainte qui exige un abnégation totale des candidats sur le terrain. Refusant l’arrogance des pronostics triomphalistes, Driss Lachguar résume l’ambition de sa formation par une formule aussi modeste que déterminée : « Sortir du carré pour entrer dans le triangle. » Une volonté légitime de participer à la gestion des affaires publiques, car un parti qui renonce à gouverner se vide, inexorablement, de sa substance.
Follow the story
About this article
- Length
- 782 words · 4 min read
- Published
- September 17, 2026
- Byline
- Mehdi Ouassat
- Source
- Libération