
La politique est souvent le ciment des amitiés. Les compagnons d’hier peuvent devenir les adversaires d’aujourd’hui, surtout lorsque le pouvoir, ses prérogatives et les ambitions qu’il entraîne sont une relation jusqu’à la confiance. Le rapport avec l’avenir entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ex Premier ministre Ousmane Sonko ressemble dangereusement à cette vieille mécanique. Après avoir cheminé ensemble dans l’épreuve, les deux hommes se retrouvent désormais dans une configuration où chacun se scrute, chaque déclaration interprétée et chaque décision se joue à l’aune d’un possible bras de fer.
La convocation de cette session extraordinaire de l’Assemblée nationale intervient ainsi dans un climat politique particulièrement chargé. La majorité parlementaire, acquise à Pastef, constitue une force politique considérable. Son utilisation dans le rapport avec l’exécutif pose inévitablement une question essentielle : jusqu’où peut-elle aller lorsque le pouvoir parlementaire entend peser sur les choix du président de la République ?
C’est là que commence le véritable malaise. Entre la légalité et la légitimité, la frontière peut devenir dangereusement étroite. Une majorité peut être parfaitement fondée, juridiquement, à exercer ses prérogatives. Mais l’exercice légal d’un pouvoir ne doit jamais conduire à fragiliser l’équilibre institutionnel.
Encore moins à installer durablement le pays dans une logique de confrontation entre institutions. Le Sénégal n’a pas besoin d’un nouveau duel au sommet. Il a besoin de stabilité, de clarté et d’institutions suffisamment fortes pour survivre aux querelles d’hommes.
Car derrière le feuilleton Diomaye-Sonko, c’est bien la République qui est en jeu. Le plus préoccupant serait que la compétition politique finisse par prendre le dessus sur l’intérêt général.
Le président Bassirou Diomaye Faye a été élu par suffrage universel pour un mandat de cinq ans. Il lui reste encore trois années pour exercer sa mission que les Sénégalais lui ont confiée. Cette réalité démocratique devrait imposer à tous, majorité comme opposition, un principe simple : on peut contester, critiquer, contrôler et même s’opposer, mais sans transformer les institutions en champs de bataille.
L’épisode du jour doit donc être regardé avec gravité. Il ne s’agit pas seulement de savoir qui remportera le nouveau bras de fer. Il faut surtout éviter que le pays ne s’installe dans une crise politique permanente, où chaque institution chercherait à prendre le dessus sur l’autre.
Les amitiés politiques peuvent mourir. Les alliances peuvent se défaire. Les ambitions peuvent s’affronter. Mais la République doit rester debout. C’est pourquoi l’urgence n’est peut-être plus de savoir une entente entre deux hommes, mais de sauver la République des querelles divergentes.
Diomaye et Sonko peuvent avoir des chemins politiques différents. Ils peuvent même entrer dans un rapport de force. Mais leurs désaccords ne doivent jamais devenir ceux de l’État, ni hypothéquer les trois années de mandat qui restent au président élu.
Le Sénégal mérite mieux qu’un nouvel épisode du cimetière des amitiés politiques. Il mérite que la légalité reste au service de la légitimité populaire et que les institutions demeurent plus fortes que les hommes.