Chaque année, la rentrée scolaire s’accompagne de son lot de stress pour de nombreuses familles béninoises. Dépenses de dernière minute, enfants anxieux, pleurs des tout-petits face à la séparation, caractérisent les débuts d’année scolaire. Interview avec** Valérie Mitokpe**, Psychopédagogue et Coach en Programmation Neuro Linguistique sur les dispositions à prendre pour aborder cette étape sereinement.
Je suis Valérie Mitokpe, psychopédagogue et coach en Programmation neuro linguistique. J’accompagne au quotidien des enfants, des adolescents et des parents sur les questions d’apprentissage, de développement personnel et de relations éducatives. Je dirige depuis une décennie un complexe scolaire d’enseignement maternel, primaire et secondaire.
Effectivement. Oui, mais pas avec la pression. La préparation comporte trois dimensions : matérielle, financière et psychologique.
▪ Sur le plan financier, les parents gagneraient à anticiper progressivement les dépenses plutôt que d’attendre les derniers jours.
▪ Sur le plan matériel, il faut vérifier les fournitures et l’équipement nécessaires.
▪ Sur le plan psychologique, il faut surtout préparer l’enfant au retour progressif au rythme scolaire.
Le message que les parents doivent transmettre est simple : « L’école reprend, et nous allons nous organiser ensemble.
Il y a un piège qu’il faut éviter : attendre les dernières heures pour acheter les fournitures d’école aux enfants ; cela déroute les enfants. Dans beaucoup de familles béninoises, la rentrée représente une dépense importante. L’anticipation est donc essentielle. Je recommande de faire d’abord l’inventaire de ce que l’enfant possède déjà, puis d’établir une liste priorisée des achats réellement nécessaires. Lorsque cela est possible, les achats peuvent être répartis progressivement. Il faut également éviter de transformer les fournitures scolaires en compétition sociale. Un enfant n’a pas besoin d’avoir le matériel le plus coûteux pour réussir. L’essentiel est qu’il dispose de ce qui est nécessaire pour travailler dans de bonnes conditions.
Il y a vraiment des effets sur l’enfant selon sa perception de la situation. La difficulté financière n’empêche pas automatiquement la réussite scolaire. Ce qui peut devenir problématique, c’est lorsque l’enfant se sent différent, inférieur, humilié, abandonné, négligé ou exclu à cause de sa situation. À l’adolescence notamment, la comparaison avec les camarades peut affecter l’estime de soi et la motivation. Le rôle des adultes est donc fondamental. Il faut éviter les remarques humiliantes, les comparaisons entre enfants et toute stigmatisation. La pauvreté matérielle ne doit jamais devenir une pauvreté de considération.
Les enseignants ont également un rôle important à jouer en créant un climat de classe où la valeur de l’enfant ne dépend ni de ses vêtements, ni de son téléphone, ni de ses fournitures.
L’enfant n’est pas un ignorant. Il est temps que les parents commencent par considérer les enfants depuis le berceau même et pouvoir leur causer. Informer, avertir l’enfant qu’il ira à l’école et restera avec d’autres enfants pendant quelques heures avant que papa et maman le récupèrent. C’est de la préparation psychologique. Préparer l’enfant à quitter la maison, à être séparé de maman. La séparation doit être préparée progressivement.
Avant la rentrée, les parents peuvent parler positivement de l’école, montrer à l’enfant son établissement, lui expliquer ce qui va se passer et l’aider à identifier les adultes auxquels il pourra faire confiance. Il faut surtout éviter les menaces du type : «* Si tu pleures, le maître va te punir* » ou « Si tu n’es pas sage, je te laisse à l’école ». Les pleurs lors des premières séparations peuvent être normaux. Le parent doit rester rassurant, faire des adieux clairs et éviter les séparations interminables. L’objectif est d’aider l’enfant à comprendre : «* Maman ou papa part, mais revient. *»
Il s’agit d’un retour progressif aux anciennes habitudes améliorées. Je conseille une reprise progressive du rythme scolaire environ une à deux semaines avant la rentrée. Il faut progressivement régulariser l’heure du coucher et du réveil, les repas, le temps consacré aux écrans, la lecture, l’hygiène personnelle, le rangement et l’organisation des affaires, les petites responsabilités quotidiennes. L’enfant va retrouver progressivement son autonomie. Particulièrement pour les écrans, le principe n’est pas nécessairement l’interdiction absolue. Il faut surtout éviter qu’ils occupent une place qui empiète sur le sommeil, les relations familiales, l’activité physique et les apprentissages.
La première erreur est de considérer que les vacances doivent être entièrement consacrées aux études ou carrément au divertissement sans aucun moment d’étude. La deuxième est, à l’inverse, de laisser disparaître complètement les repères : coucher très tardif, écrans sans limites, absence de responsabilités et aucune activité éducative. La troisième est de préparer la rentrée dans la précipitation, avec beaucoup de stress que l’enfant finit par ressentir. Enfin, certains parents utilisent encore la comparaison comme moyen de motivation : « Regarde ton frère », « Ton camarade est meilleur que toi ». C’est généralement contre-productif. La comparaison peut produire de la honte ou de la rivalité ou même de l’animosité plutôt qu’une véritable motivation.
Je donnerais donc aux parents un conseil très simple. Pendant les vacances, permettez à l’enfant deux choses : du repos et des expériences. À l’approche de la rentrée, ajoutez progressivement l’organisation. Une rentrée réussie ne se prépare pas seulement avec des cahiers et des uniformes. Elle se prépare aussi avec un enfant reposé, sécurisé, responsabilisé et psychologiquement disponible pour apprendre. Propos recueillis par Brunelle
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