EXÉCUTÉS À GIGNY EN 1940 Yali Fall et Souleymane Ly, la mémoire retrouvée
EXÉCUTÉS À GIGNY EN 1940 Yali Fall et Souleymane Ly, la mémoire retrouvée Quatre-vingt-six ans après leur exécution par l’armée allemande, Yali Fall et Souleymane Ly ont été honorés le 10 octobre à Gigny, dans l’Yonne. Une plaque commémorative rappelle désormais le destin de ces deux tirailleurs sénégalais, dont les familles ont été retrouvées à Saint-Louis. Le neveu de Yali Fall n’a toutefois pas obtenu de visa pour assister à l’hommage. Sur le mur d’une ferme de Gigny, petit village de l’Yonne

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EXÉCUTÉS À GIGNY EN 1940
** Yali Fall et Souleymane Ly, la mémoire retrouvée**
Quatre-vingt-six ans après leur exécution par l’armée allemande, Yali Fall et Souleymane Ly ont été honorés le 10 octobre à Gigny, dans l’Yonne. Une plaque commémorative rappelle désormais le destin de ces deux tirailleurs sénégalais, dont les familles ont été retrouvées à Saint-Louis. Le neveu de Yali Fall n’a toutefois pas obtenu de visa pour assister à l’hommage.
Sur le mur d’une ferme de Gigny, petit village de l’Yonne, en France, les impacts de balles sont toujours visibles. C’est là que Yali Fall, tirailleur sénégalais, a été exécuté par des soldats allemands le 18 juin 1940. À quelques centaines de mètres, son compatriote Souleymane Ly a subi le même sort. Ce samedi 10 octobre, quatre-vingt-six ans après leur mort, la commune a honoré les deux hommes avec la pose d’une plaque commémorative.
Dans ce village de 92 habitants, leur histoire s’est transmise à travers les récits de quelques familles. Michel Tobiet, ancien maire de Gigny, a grandi avec ceux de son grand-père. En juin 1940, au moment de la débâcle française, une grande partie des habitants avait fui devant l’avancée de l’armée allemande. Quelques familles réfugiées de la Marne se trouvaient encore sur place. Selon les témoignages transmis au fil des années, des soldats coloniaux faits prisonniers avaient été conduits sur la place du village, sous la garde de militaires allemands. Yali Fall aurait alors été extrait des rangs avant d’être fusillé contre le mur d’une ferme. Les traces de cette exécution ont traversé les décennies. Deux jours plus tard, à leur retour, les habitants découvrent le corps de Souleymane Ly, lui aussi exécuté. Les élus de la commune prennent en charge l’inhumation des deux hommes. Loin du Sénégal, leur souvenir demeure ainsi attaché à ce village français et aux lieux où ils ont été tués.
Une violence raciste au cœur de la guerre
Yali Fall et Souleymane Ly appartenaient au 1er bataillon du 3e régiment d’infanterie coloniale. Mobilisés en 1939, ils avaient participé aux combats pour tenter de freiner l’avancée allemande. En juin 1940, de nombreux militaires africains faits prisonniers sont victimes de violences et d’exécutions sommaires. L’historienne Julie d’Andurain, spécialiste des tirailleurs sénégalais, rappelle que les soldats noirs étaient parfois séparés de leurs camarades blancs avant d’être fusillés, en violation des règles de la guerre. Cette hostilité s’inscrivait dans un racisme ancien, entretenu par la propagande allemande après la Première Guerre mondiale, notamment autour de la présence de troupes coloniales françaises en Rhénanie.
Les exécutions de Gigny s’inscrivent dans cette histoire. À Chasselay, près de Lyon, des soldats africains ont également été massacrés après leur capture. Plusieurs victimes des exécutions de 1940 ont ensuite été enterrées anonymement, parfois dans des fosses communes, sans que leur identité soit correctement enregistrée. Yali Fall et Souleymane Ly ont échappé à cet effacement : leurs plaques d’identité ont permis de retrouver leurs noms. Après une première inhumation près des lieux de leur mort, leurs dépouilles ont été transférées au cimetière du village, puis à la nécropole nationale de Suippes, dans la Marne, où elles reposent depuis les années 1950.
Retrouver les familles au Sénégal
La démarche d’hommage prend forme lorsque Michel Tobiet décide d’approfondir ses recherches, à l’occasion d’une visite guidée de Gigny organisée l’année précédant la commémoration. En consultant les archives du Service historique de la Défense, il retrouve les dossiers de décès des deux soldats, reconnus « morts pour la France ». Ces documents apportent des précisions sur leur identité, leurs origines et leurs familles.
Un témoignage conservé dans les archives décrit aussi les circonstances de la mort de Yali Fall, dont la tempe portait la marque du coup de grâce. Ces éléments renforcent la volonté de l’ancien maire de faire connaître leur histoire et de retrouver leurs proches au Sénégal. Il sollicite alors Aïssata Seck, présidente de l’Association pour la mémoire et l’histoire des tirailleurs sénégalais. Touchée par l’initiative de cette petite commune, elle souligne la rareté de telles démarches. Certaines familles sénégalaises savent qu’un père, un oncle ou un grand-oncle a participé à la guerre, sans connaître précisément son parcours ni les circonstances de sa disparition.
Les recherches aboutissent grâce à la mobilisation des services municipaux de Saint-Louis. Un cousin de Souleymane Ly et un neveu de Yali Fall sont retrouvés. Ce dernier découvre que le souvenir de son oncle, frère cadet de son père, a été conservé à Gigny et qu’une cérémonie se prépare pour lui rendre hommage. Dans sa famille, les pertes de la guerre n’ont pas été oubliées. Le neveu de Yali Fall raconte qu’une quinzaine de jeunes de son quartier avaient été enrôlés en 1939 et que neuf n’étaient pas revenus. Pour lui, l’initiative de Gigny reconnaît le sacrifice de ces hommes partis combattre loin de chez eux. Il n’a cependant pas pu assister à la cérémonie. Malgré de nombreuses démarches et des heures d’attente devant le consulat français à Dakar, il n’a pas obtenu de visa pour se rendre en France. La famille salue néanmoins cet hommage à un homme dont elle avait, elle aussi, conservé le souvenir.
Saint-Louis et Gigny réunis autour des deux soldats
Le maire de Saint-Louis, Mansour Faye, a assisté à la commémoration. Sa présence relie la ville sénégalaise d’origine des deux soldats à la commune française où ils ont perdu la vie. Aïssata Seck a également pris la parole pour rappeler la contribution des troupes coloniales aux conflits mondiaux. Volontaires ou enrôlés de force, ces hommes ont participé aux combats de l’armée française, au prix de lourdes pertes humaines. Le parcours de Yali Fall et de Souleymane Ly éclaire l’un des épisodes les plus tragiques de cette histoire : celui des soldats africains exécutés après avoir été faits prisonniers.
À Gigny, la plaque commémorative donne désormais une place aux deux noms dans l’espace public. Sur la façade de la ferme, les impacts de balles restent les traces de l’exécution de Yali Fall. Les recherches dans les archives et auprès des familles permettent aujourd’hui de raconter qui étaient les hommes derrière ces marques. Les enfants du village ont, eux aussi, participé aux préparatifs de l’hommage. Pour la cérémonie, ils ont confectionné des fleurs en papier aux couleurs du drapeau sénégalais.
Fatou Ba
Section:
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- 1,038 words · 5 min read
- Published
- October 14, 2026
- Byline
- joe.waly
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- Enqueteplus