
La Syrie a entrepris de se débarrasser des restes du programme nucléaire clandestin conçu par le régime Assad. Le projet secret a été stoppé net par un bombardement israélien en 2007, mais plusieurs dizaines de tonnes de matériau nucléaire sont toujours présents dans le pays. Le nouveau pouvoir de Damas collabore avec l'Agence Internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour faire faire table rase de cet encombrant héritage.
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« Une décision courageuse » : c'est en ces termes que le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, a salué en août 2026 la décision des autorités syriennes de signaler un site nucléaire non-déclaré. Le numéro 1 de l'agence s'exprimait à Damas, à l'issue d'une visite durant laquelle il a confirmé la présence sur le sol syrien de « * quelques tonnes de matières nucléaires susceptibles d'être utilisées à mauvais escient* ».
L'histoire n'était pas inconnue : en 2007, un raid aérien mené par Israël a détruit un mystérieux site dans le désert de l'est syrien, près de Deir Ezzor. L'opération visait à mettre fin à un programme nucléaire clandestin et prohibé, puisque la Syrie est signataire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Il a fallu une dizaine d'années pour que l'État hébreu revendique cette frappe, mais dès 2011, l'AIEA estimait que le site bombardé était « très probablement » un réacteur nucléaire, construit avec l'aide de la Corée du Nord. Une visite de l'agence en Syrie, en 2024, avant même la chute du régime Assad, avait permis la découverte de particules d'uranium sur le sol syrien.
La fuite précipitée de Bachar el-Assad, en décembre 2024, a ouvert un nouveau chapitre pour ce pays. C'est dans ce contexte que le pouvoir de Damas a entrepris de se délester des vestiges de l'aventure nucléaire de l'ancien régime. À l'issue de la visite de l'AIEA sur place en août, l'agence a rédigé un rapport que l'AFP a pu consulter. On y apprend que les infrastructures découvertes à Deir Ezzor en Syrie sont effectivement « conformes à celles d'un réacteur nucléaire ». L'AIEA a aussi inventorié une usine de fabrication de combustible nucléaire destiné au réacteur, ainsi qu'un lieu de stockage et des déchets d'uranium.
Dans son rapport, l'agence recense environ 73 tonnes d'uranium naturel, dont 55 tonnes de barres de combustible ainsi que des déchets nucléaires. « Des déchets qui montrent qu'il y a probablement eu un début d'exploitation », estime Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheure en sciences et technologies nucléaires au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), interrogée par RFI. Selon la spécialiste, les matériaux cités dans le rapport de l'AIEA donnent des indications plus précises sur la technologie utilisée : « C'était bien un réacteur à uranium naturel au graphite. Il permet d'obtenir du combustible pour des bombes au plutonium. »
L'AIEA ne se contente pas d'enquêter sur le passé nucléaire de la Syrie. Elle est désormais en charge de la sécurisation des sites et des matériaux. « C'est une grande mission qui débute pour l'agence, explique Emmanuelle Galichet : aller partout sur le territoire syrien où serait signalée la présence éventuelle d'installations et de matières nucléaires. » Une tâche délicate visant à sécuriser des produits hautement sensibles et potentiellement dangereux, notamment en cas d'utilisation malveillante. C'est l'une des attributions de l'AIEA qui, dans son histoire, a déjà supervisé le démantèlement et la sécurisation d'infrastructures nucléaires, notamment à la chute de l'Union soviétique.
La démarche de transparence de la Syrie illustre la volonté des nouvelles autorités de se montrer fréquentables et responsables. D'autant que la chute du régime Assad a fait sortir la Syrie de l'orbite de l'Iran, pays dont le programme nucléaire est source d'une crise de prolifération sans fin. Désormais, l'AIEA travaille en Syrie alors qu'elle n'est plus en mesure d'inspecter les sites nucléaires iraniens depuis la Guerre des Douze jours de juin 2025.
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