Rapport sur la Paix Positive 2026 : la Guinée parmi les derniers du classement mondial

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La paix ne se résume pas à l’absence de guerre ou de violence. Elle se construit aussi dans la qualité des institutions, la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants, l’accès à l’information, la répartition des ressources, le développement humain et la capacité d’une société à faire face aux crises. C’est l’un des principaux enseignements du Positive Peace Report 2026, publié par l’Institute for Economics & Peace (IEP).
À travers son Positive Peace Index (PPI), l’IEP cherche à mesurer les conditions qui permettent aux sociétés de maintenir durablement la paix. L’indice repose sur huit piliers : le bon fonctionnement du gouvernement, de faibles niveaux de corruption, une distribution équitable des ressources, l’acceptation des droits des autres, de bonnes relations avec les voisins, la libre circulation de l’information, un environnement économique sain et un niveau élevé de capital humain.
Le rapport couvre 163 pays et s’appuie sur plus de 20 000 séries de données, indices et variables d’enquête. Son approche repose sur une idée simple : la paix n’est pas seulement le résultat d’un État qui fonctionne bien. Elle constitue aussi l’une des fondations qui permettent à une société de fonctionner durablement.
Dans ce classement, la Guinée occupe la 151e place sur 163 pays en 2024. Son score de Positive Peace s’établit à 3,999, contre 4,055 en 2015, soit une amélioration de 1,4 % sur la décennie.
Le pays a ainsi gagné deux places au classement sur la période. Mais cette progression reste limitée lorsqu’on la compare à l’ensemble des pays étudiés.
Il faut surtout éviter d’interpréter ce résultat comme une mesure directe de la paix ou de la stabilité politique en Guinée. Le PPI s’intéresse davantage aux fondations structurelles de la paix : la façon dont les institutions, l’économie, les relations sociales, l’accès à l’information et le capital humain créent ou non les conditions d’une paix durable.
Cette nuance est importante. Un pays peut enregistrer des progrès sur certains indicateurs sans que l’ensemble de son système institutionnel et social connaisse une transformation de même ampleur.
Pour la Guinée, le constat est donc nuancé : une amélioration existe, mais elle reste modeste. Elle ne signifie pas, à elle seule, que les fondations de la paix sont désormais solidement établies.
L’approche de l’IEP repose sur un autre principe essentiel : les huit piliers de la Positive Peace sont étroitement liés.
Des progrès dans les infrastructures, la santé ou le capital humain peuvent renforcer une société. Mais ces avancées peuvent être fragilisées si, dans le même temps, les institutions deviennent moins efficaces, que la corruption augmente ou que l’accès à une information indépendante se dégrade.
Le rapport souligne notamment la vulnérabilité des pays situés dans une zone intermédiaire de Positive Peace. Dans ces pays, la qualité du fonctionnement du gouvernement et le niveau de corruption jouent un rôle particulièrement important. Une détérioration de ces deux dimensions peut rapidement réduire les bénéfices obtenus dans d’autres domaines.
C’est pourquoi le score global ne suffit pas à raconter toute l’histoire d’un pays. Pour comprendre la trajectoire de la Guinée, il faut regarder chacun des piliers, mais aussi les interactions entre eux.
À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, le tableau est légèrement plus favorable, même si les situations restent très différentes d’un pays à l’autre.
Entre 2015 et 2024, la région a enregistré une amélioration moyenne de 1,2 % de son score de Positive Peace, ce qui la place au cinquième rang des régions ayant le plus progressé sur cette période.
Sur les 44 pays étudiés, 26 ont amélioré leur score, tandis que 18 ont connu une détérioration.
La Gambie affiche la plus forte progression régionale, avec une amélioration de 8,7 %. Elle est suivie de la Côte d’Ivoire (+6,4 %), du Bénin (+6 %), de la Guinée-Bissau (+5,2 %) et du Togo (+4,3 %).
À l’inverse, les plus fortes détériorations sont enregistrées au Liberia, à Madagascar, au Mozambique et au Lesotho.
Ces écarts montrent surtout qu’il n’existe pas une seule trajectoire pour l’Afrique subsaharienne. Certains pays progressent sur plusieurs dimensions, tandis que d’autres voient leurs fondations de paix se fragiliser.
Une partie des progrès régionaux s’explique, comme ailleurs dans le monde, par le développement des infrastructures de télécommunications.
Mais le rapport relève aussi des évolutions positives dans des domaines qui touchent plus directement au fonctionnement des sociétés.
En Gambie, par exemple, la qualité de l’information et l’ouverture et la transparence du gouvernement se sont améliorées respectivement de 40,3 % et 40 %.
Au Nigeria, l’indicateur mesurant la proportion de jeunes sans emploi, sans éducation ou sans formation s’est amélioré de 48 %. Le Bénin et la Guinée-Bissau ont également enregistré des progrès importants sur cet indicateur.
La Côte d’Ivoire, de son côté, a enregistré une amélioration de 25 % concernant l’égalité des chances et de 22,9 % sur les griefs collectifs.
Ces évolutions rappellent que la Positive Peace ne concerne pas uniquement la sécurité. Elle touche directement aux conditions économiques, sociales et institutionnelles dans lesquelles les populations vivent.
Le rapport met toutefois en évidence une faiblesse importante en Afrique subsaharienne : les indicateurs liés à la circulation de l’information et à l’ouverture politique.
Dans plusieurs pays où la Positive Peace s’est détériorée, la liberté de la presse a également fortement reculé. Le rapport cite notamment le Lesotho, avec une détérioration de 54,4 %, l’Ouganda avec 48,3 %, Madagascar avec 46 % et le Mozambique avec 40,6 %.
Cette évolution régionale s’inscrit dans une tendance plus large observée par l’IEP à l’échelle mondiale : certaines conditions structurelles continuent de progresser alors que plusieurs fondations institutionnelles et informationnelles se dégradent.
Pour les sociétés africaines, le défi est donc double. Il s’agit de poursuivre les progrès économiques et sociaux tout en consolidant les institutions, l’État de droit et les conditions nécessaires à une information crédible et indépendante.
À l’échelle mondiale, le Positive Peace Index a progressé de 1,7 % entre 2015 et 2024.
Mais derrière cette progression se cache un paradoxe. Les conditions structurelles se sont globalement renforcées, notamment dans la santé, l’éducation, les infrastructures et la distribution des ressources. Dans le même temps, plusieurs conditions institutionnelles et informationnelles se sont détériorées.
Sur les 163 pays étudiés, 112 ont progressé, 49 se sont détériorés et deux ont connu peu de changement.
Surtout, l’amélioration mondiale est largement portée par un seul indicateur : les infrastructures de télécommunications. Celles-ci ont progressé de 36,8 % dans 158 des 163 pays étudiés.
Si cet indicateur est retiré du calcul, le tableau change nettement : 79 pays auraient progressé, contre 84 qui se seraient détériorés. Le score mondial aurait alors diminué de 0,1 %, au lieu d’augmenter de 1,7 %.
Autrement dit, la progression globale de la Positive Peace donne une image moins uniforme de la réalité qu’il n’y paraît au premier regard.
Le rapport relève notamment une détérioration de 3 % du pilier « Well-Functioning Government » entre 2015 et 2024.
L’ouverture et la transparence du gouvernement ont reculé de 6,2 %, l’État de droit de 2 % et l’efficacité gouvernementale de 1,5 %.
Le pilier consacré à la libre circulation de l’information s’est, lui, amélioré de 8,4 %. Mais cette progression est largement liée au développement des infrastructures de télécommunications. Dans le même temps, la liberté de la presse et la qualité de l’information se sont détériorées.
C’est l’une des principales tensions mises en évidence par le rapport : les populations disposent de davantage de moyens techniques pour accéder à l’information, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elles ont accès à une information plus libre, plus indépendante ou de meilleure qualité.
Pour l’IEP, ces fondations institutionnelles jouent également un rôle déterminant dans la capacité d’une société à absorber les crises.
Les pays qui affichent des niveaux plus élevés de Positive Peace ont tendance à mieux résister aux chocs et à retrouver plus rapidement leur trajectoire après une crise.
La pandémie de COVID-19 en fournit un exemple important. La Positive Peace mondiale s’est détériorée en 2020 et 2021, avant de commencer à se redresser à partir de 2022.
Cette évolution apporte un enseignement particulièrement important pour les pays africains : la résilience ne dépend pas uniquement des ressources disponibles au moment où une crise survient. Elle dépend aussi de la qualité des institutions et des relations sociales construites bien avant que la crise n’éclate.
Le chiffre de la Guinée : 151e sur 163 en 2024, avec une amélioration de 1,4 % depuis 2015, prend tout son sens lorsqu’il est replacé dans cette architecture plus large.
Le rapport ne permet pas, à lui seul, d’affirmer que la Guinée est engagée dans une trajectoire durable d’amélioration ou, au contraire, de détérioration. Il fournit plutôt une grille de lecture pour suivre les fondations de cette trajectoire : qualité des institutions, corruption, accès à l’information, respect des droits, distribution des ressources, environnement économique, relations sociales et capital humain.
Pour la Guinée, l’enjeu ne se limite donc pas à gagner quelques places dans un classement international. Il consiste à renforcer, de manière cohérente, les différentes composantes qui permettent à une société de résister aux chocs, de réduire les tensions et de transformer les progrès économiques et sociaux en stabilité durable.
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- 1,541 words · 8 min read
- Published
- October 4, 2026
- Byline
- Abdoul Malick DIALLO
- Source
- Guinee360