Mondial féminin de basket: Jean-Aimé Toupane, le bâtisseur des Bleues
À 68 ans, Jean-Aimé Toupane, né au Sénégal, sélectionneur de l’équipe de France féminine de basket, s’apprête à conduire ses Bleues à la Coupe du monde en Allemagne (4‑13 septembre). Derrière l’objectif sportif, une obsession guide chacun de ses choix : faire du collectif la véritable star de l’équipe.

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Mondial féminin de basket: Jean-Aimé Toupane, le bâtisseur des Bleues
À 68 ans, Jean Aimé Toupane, né au Sénégal, sélectionneur de l’équipe de France féminine de basket, s’apprête à conduire ses Bleues à la Coupe du monde en Allemagne (4‑13 septembre). Derrière l’objectif sportif, une obsession guide chacun de ses choix : faire du collectif la véritable star de l’équipe.
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«* J'ai de la chance d'accompagner une équipe extraordinaire avec des filles de grande valeur. » Il a le ton bienveillant du paternel et le discours fédérateur de l’entraîneur qui veille sur ses joueuses. Et quand il parle des Bleues, ses Bleues, Jean Aimé Toupane dit d’abord « *nous *».
Pour « Mémé », comme il est surnommé, cette culture du « *nous *» ne s’est pas construite à Paris, ni même en Europe. Elle prend racine bien plus loin, à Kaolack où il naît, puis à Ziguinchor, en Casamance, où il découvre le basket au Casa Sport, après quelques années de judo et l’envie « *d’arrêter de prendre des coups *». Le terrain n’est pas seulement un espace de jeu, c’est une école où l’adolescent Jean-Aimé apprend le sens du mot « collectif ».
Fan de Bob Marley
Très vite, il est repéré par le club phare du Sénégal, la Jeanne d’Arc de Dakar. Son mentor, Mamadou Sow, garde l’image d’un garçon « *de qualité, disponible, très respectueux *», qui joue aux côtés de son frère aîné Christian et ne cherche jamais la lumière pour lui seul. Jo Lopez, autre témoin de ces années, résume : « *Aimé, c’était le cœur et l’âme défensive de notre équipe. Il n’a jamais joué pour la gloire personnelle. Il savait que le vrai succès vient du sacrifice et du courage silencieux. *»
En 1978, l’horizon s’ouvre encore pour le fan de Bob Marley avec une médaille d’or aux Jeux africains d’Alger avec la sélection sénégalaise, et une participation au Mondial aux Philippines. Pour autant, Toupane n’est pas « *full basket *», car l’éducation stricte du père veille en arrière‑plan. « Les études, c’est non négociable », répète‑t‑il à ses fils. Jean-Aimé s’exécute, mène de front sport et université, enchaîne les rebonds et les diplômes. Il a aujourd’hui dans son escarcelle un Master 2 en management du sport à Toulouse et un autre en droit économique du sport à Limoges.
« *Deux cultures *»
C’est à l’aube de ses 18 ans, avant de passer le bac, qu’il avait débarqué en France, ne se doutant pas qu’il allait y construire sa vie. *Ce pays‑là m’a bien accueilli, je me suis nourri des deux cultures, même si j’ai beaucoup plus vécu ici qu’au Sénégal. Ça a enrichi ma vie, ça m’a apporté beaucoup. Je ne remercierai jamais assez la France, même si le Sénégal reste au fond de moi‑même *», confie‑t‑il.
La bascule du parquet vers le banc se fait naturellement. L’ancien arrière devient entraîneur, fait ses preuves notamment avec le Stade Clermontois, qu’il rejoint en 2001. Il réussit l'exploit de faire monter le club de Nationale 1 en Pro B, puis de l'emmener jusqu'à l’élite du basket français en Pro A.
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Formateur ensuite au Centre fédéral à l’Insep, il est nommé sélectionneur des U20. Pendant onze ans, il accompagne les jeunes et leur inculque une idée simple : le talent ne vaut que s’il se met au service du groupe. En octobre 2021, la Fédération lui confie les rênes de l’équipe A féminine. Et, tout de suite, les premières critiques arrivent. « Il y a peut‑être eu des gens mécontents mais il y a aussi eu des gens satisfaits de ma nomination, de voir que c’est quelque chose de nouveau, confiait‑il à bebasket.fr en octobre 2022. *J’aurais voulu qu’on me juge à la fin de mon parcours. *»
Trois ans plus tard, aux JO de Paris, ses détracteurs s’inclinent : Toupane frôle le casse du siècle avec ses joueuses en perdant d’un point face aux insubmersibles Américaines, sacrées dix fois sur douze aux JO.
Cette finale, perdue d’un souffle, reste une cicatrice vive. « Quand on est entraîneur, ça reste marqué à vie. On s’entraîne pour aller chercher des titres et là on vient mourir à un point, se rémémore-t-il. Pour autant, la réussite globale par rapport au jeu est extraordinaire. Les filles ont porté cette équipe et fait preuve d’abnégation, de courage. On peut être fiers. Moi, je me sens privilégié et fier de les accompagner. »
Sa méthode d’accompagnement, il la résume ainsi : « *Je passe toute l’année à voyager, à créer du lien. Et ce lien‑là fait que, quand on se retrouve, même s’il y a des divergences, on peut s’expliquer, amener du sens dans ce qu’on veut faire. Même si, pour certains, au départ, c’était un peu difficile, ils voient que c’est pour le bien de l’équipe. L’important, c’est de créer les conditions et de ramener l’intérêt vers l’équipe, en tenant compte aussi des objectifs individuels. Cette clarté, cette réciprocité, cette bienveillance, ça a bien pris. *»
«* Old school … *»
Les joueuses, elles, valident. Romane Bernies parle d’« un coach honnête, avec de grandes valeurs humaines ». Elle ajoute : « *Il a vraiment cru en moi à un moment où ma relation avec l’équipe de France était compliquée. Il a vu qui j’étais, ce que je pouvais apporter à un groupe, et il m’a fait confiance. J’essaye à chaque fois de donner le meilleur pour lui. C’est un grand coach et une grande personne. *»
L’ex‑capitaine, Valériane Ayayi, raconte comment Toupane a changé sa fin de carrière. « Après Tokyo, je ne pensais pas forcément continuer. Puis Aimé est arrivé, il a redistribué les cartes. Il était attendu au tournant, il a montré de la résilience. Il a mis en place des valeurs humaines et collectives, donné une chance à tout le monde. Il a imposé sa patte. »
Dans le vestiaire, les mots qui reviennent sont engagement, abnégation, loyauté. Sarah Cissé résume : « C’est quelqu’un de très old school dans son approche, mais il traite tout le monde de la même façon. Pas de traitement de faveur. Il nous a apporté discipline, engagement, cette quête de réussite. »
Pour Jean-Aimé Toupane, la quête sera au moins le podium mondial – une marche que les Bleues n’ont touchée qu’une fois, en 1953 –, et cela commence ce vendredi 04 septembre face à la Hongrie à partir de 19h TU.
** Les propos ont été recueillis lors de l’émission Mondial Sport du 20 avril 2025*
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About this article
- Length
- 1,103 words · 6 min read
- Published
- September 4, 2026
- Byline
- Ndiassé Sambe
- Source
- RFI