
Face au retentissement national de notre Pétition Citoyenne et devant le désastre écologique, sécuritaire et humain de l’orpaillage en Côte d’Ivoire, la partocratie et ses relais s’évertuent à imposer une distinction sémantique ridicule. Il y aurait, d’un côté, un orpaillage « illégal » qu’il faudrait combattre avec fracas et, de l’autre, un orpaillage « légal » qu’il conviendrait de protéger et de sanctuariser.
Qu’est-ce que la partocratie qualifie d’illégal ou de légal ? Pour elle, la légalité n’est qu’une affaire de paperasse administrative : un site est décrété légal dès lors qu’il détient une autorisation, et illégal s’il en est dépourvu.
Pour ma part, j’appelle légal l’orpaillage qui s’exécute dans le strict respect du droit, c’est-à-dire en conformité totale avec les cahiers des charges environnementaux. À l’inverse, j’appelle illégal tout orpaillage — autorisé ou non — qui s’accomplit dans l’inobservance flagrante de ces prescriptions vitales. Vu sous cet angle, et au regard du cataclysme en cours, il faut avoir le courage de nommer la réalité : en l’état actuel des résultats sur le terrain, l’intégralité de l’orpaillage en Côte d’Ivoire est illégale.
Les autorités affirment pourtant que l’orpaillage autorisé est « encadré et responsable », insinuant par là qu’il ne participerait pas au désastre. Les faits racontent une tout autre histoire. L’orpaillage semi-industriel « légal » dispose de moyens mécaniques de destruction massive que les clandestins n’ont pas, en général. Là où les exploitants sans papiers creusent à la pelle et à la pioche, les PME « autorisées » déploient des excavatrices et des bulldozers lourds. En quelques jours, elles décapent la couche arable, rasent des forêts entières et laissent derrière elles des cratères géants à ciel ouvert. Faute de suivi rigoureux et par pure cupidité, ces trous ne sont jamais réhabilités. Ils se transforment en lacs de boue toxique, en nids à vecteurs de maladies et en pièges mortels pour nos populations rurales. Le secteur dit « légal » ne fait pas mieux ; il détruit simplement plus vite, plus profondément et à plus grande échelle.
Le diagnostic technique et environnemental de nos terroirs est sans complaisance. Les sites dits « autorisés » participent tout autant au drame que les sites clandestins. Les procédés d’extraction de l’or restent fondamentalement les mêmes. Les rejets de produits chimiques hautement toxiques dans les nappes phréatiques, le décapage outrancier des sols et le lavage intensif qui donne à nos fleuves sacrés cette impressionnante couleur ocre et boueuse sont le fait des sites légaux comme des sites clandestins.
Le problème réside donc dans la pratique criminelle elle-même, et non dans son statut administratif. Alors, pourquoi le gouvernement feint-il de l’ignorer ? Ce mutisme servirait-il à protéger des barons tapis dans l’ombre ?
Derrière ces précieuses autorisations d’exploitation artisanale ou semi-industrielle ouvertes par le Code minier de 2014, on retrouverait, selon de fortes présomptions, des hauts cadres du parti au pouvoir et de nombreux anciens seigneurs de guerre de l’ancienne rébellion qui convertiraient leur influence territoriale en concessions minières lucratives. Vrai ou faux ? Un audit devrait répondre à la question.
En s’acharnant uniquement sur les clandestins, le gouvernement utiliserait-il la force publique comme un outil de nettoyage concurrentiel pour sanctuariser et protéger les périmètres d’orpaillage des puissants ? Le gouvernement est-il vraiment conscient de « la menace que constitue l’orpaillage actuel sur l’environnement, la sécurité nationale, les ressources naturelles et l’économie ivoirienne », pour reprendre les mots mêmes de son Conseil National de Sécurité ?
Prétendre régler la crise en traquant uniquement ces pauvres enfants de service dans l’orpaillage clandestin, c’est vouloir soigner une gangrène avec un simple pansement.
On ne transige pas avec le poison. On l’interdit fermement.
C’est pourquoi nous exigeons :
1. La suspension immédiate et totale de TOUT orpaillage, qu’il soit autorisé ou clandestin, afin de permettre la restauration urgente de notre écosystème.
2. Un moratoire strict et immédiat sur la vente des terres coutumières au profit exclusif du bail emphytéotique. La question de l’orpaillage étant intrinsèquement liée à celle de la terre, cette mesure est indispensable pour stopper net le pillage et l’accaparement de notre patrimoine foncier.
J’appelle le peuple de Côte d’Ivoire à signer massivement notre pétition citoyenne.
Notre terre n’est pas à brader, notre avenir n’est pas à négocier.
« Le parti d’accord, mais la patrie d’abord ! »
Konan Kouadio Siméon (KKS)
Président d’Initiatives Pour La Paix (IPP)
Ancien candidat à l’élection présidentielle
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