- Golfe : la présence américaine disparaît, voici pourquoi

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Ben Laden voulait chasser les Américains du Golfe. 25 ans après, le Pentagone admet la perte de 15 bases. Le rapport qui change la lecture de sa guerre.
Oussama ben Laden a été tué en 2011. Mais l'objectif qu'il avait fixé dans sa fatwa de 1998 mettre fin à la présence militaire américaine dans la péninsule arabique est en train de s'accomplir. Et ce n'est pas une victoire militaire.
Oussama ben Laden est mort depuis quinze ans. Son corps a été jeté à la mer d'Oman. Mais son objectif, lui, flotte encore.
Dans une fatwa publiée en 1998, le fondateur d'Al-Qaïda écrivait qu'il était « du devoir de chaque musulman de libérer les terres de l'Islam de l'emprise du Grand Satan ». Le Grand Satan, c'étaient les États-Unis. Les terres de l'Islam, c'était la péninsule arabique et le golfe Persique. Sa demande était précise : la fin de la présence militaire américaine dans la région.
Un rapport de l'Inspecteur général du Pentagone, publié le 14 septembre 2026, vient de confirmer que cette présence n'est plus ce qu'elle était. « Des centaines » de bâtiments sur des bases américaines ont été détruits par des frappes iraniennes. Le général quatre étoiles à la retraite Barry McCaffrey estime que les États-Unis ont « probablement perdu définitivement l'accès à 15 bases du golfe Persique ».
Ben Laden n'a pas gagné la guerre. Il a gagné son objectif. La manière dont il l'a obtenu est ce qui rend l'histoire intéressante.
Ce que Ben Laden voulait
La fatwa de 1998 n'était pas un texte vague. Elle listait trois griefs : la présence militaire américaine dans la péninsule arabique, le soutien à Israël, et les sanctions contre l'Irak. Le premier était le plus important. Ben Laden avait été explicitement indigné par le stationnement de troupes américaines en Arabie saoudite après la guerre du Golfe de 1991 la terre des deux lieux saints de l'Islam.
Sa stratégie était simple dans son esprit : frapper assez fort pour que l'Amérique finisse par partir. Le 11-Septembre a été conçu comme un coup porté au cœur du système. Le résultat immédiat a été l'inverse : l'Amérique a envahi l'Afghanistan, puis l'Irak. Sa présence au Moyen-Orient s'est étendue, pas réduite.
Mais vingt-cinq ans plus tard, la trajectoire s'est inversée.
Le rapport qui change tout
Le 14 septembre 2026, l'Inspecteur général du Pentagone a publié son premier rapport officiel sur la guerre contre l'Iran. Le document couvre la période du 28 février au 30 juin. Il y reconnaît que des frappes iraniennes ont « endommagé et détruit des centaines de bâtiments et de structures sur des bases américaines au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Irak, à Oman et en Jordanie ».
Le rapport indique que la destruction du centre régional de la Marine américaine à Bahreïn le quartier général de la 5e Flotte a créé « des défis significatifs » pour l'établissement de « bases navales et de ports de soutien adéquats ». Certaines opérations logistiques ont dû être déplacées vers l'île de Diego Garcia, dans l'océan Indien, allongeant les cycles de réapprovisionnement à 14-18 jours.
Une enquête du Washington Post, basée sur des images satellitaires, a identifié des dommages ou destructions sur au moins 228 structures et équipements répartis sur 15 sites militaires américains. Les installations les plus touchées : le quartier général de la 5e Flotte à Bahreïn, et trois bases au Koweït Ali al-Salem, Camp Arifjan et Camp Buehring.
Le rapport de l'Inspecteur général ne chiffre pas en dollars les dommages aux installations militaires. Mais il évalue à environ 184 millions de dollars les dégâts causés aux installations diplomatiques américaines au Moyen-Orient, dont 157 millions pour les seules installations en Irak. Selon NBC News, citant six sources informées, les réparations des bases pourraient coûter jusqu'à 5 milliards de dollars, hors systèmes radar, armes et aéronefs.
Les équipements perdus
Deux chasseurs F-15 ont été détruits pendant la guerre. Un A-10 également. Cinq avions de ravitaillement KC-135 ont été détruits au sol. Au moins 30 drones MQ-9 Reaper ont été perdus, notamment « dans diverses circonstances », y compris touchés par des drones et des missiles alors qu'ils étaient au sol. Le Pentagone n'a pas publié le nombre de systèmes d'armes de la Navy et de l'Army détruits sur les bases.
Une section du rapport de l'Inspecteur général, intitulée « U.S. Basing and Disposition », explique que l'armée américaine « prend désormais en compte les missiles balistiques iraniens, les systèmes d'aéronefs sans pilote à sens unique et les menaces maritimes ». Aucune explication n'est fournie sur l'absence de préparation antérieure à ces menaces.
La question que personne ne pose
Pourquoi les bases américaines du Golfe ont-elles été si vulnérables ?
La réponse tient en partie à la façon dont le Pentagone conçoit ses installations. En Irak et en Afghanistan, l'armée construisait des remblais autour des bases aériennes, postait des gardes aux entrées, et aménageait des bunkers près des casernes. Le modèle a été reproduit dans le Golfe. Mais le modèle était conçu pour des attentats terroristes, pas pour des barrages de missiles balistiques et de drones.
L'année précédant la guerre, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et Donald Trump ont convoqué les généraux et amiraux à Quantico. Le discours portait sur les « soldats gros », les coupes de cheveux et les barbes. La préparation au combat contre un État doté de missiles hypersoniques n'était pas le sujet.
Ce que l'Iran a fait, et pourquoi
Il faut être précis sur la séquence. L'Iran n'a pas attaqué les bases américaines par agression. Chaque missile et chaque drone iranien a été tiré en riposte à l'opération « Epic Fury » lancée par Trump et Netanyahou en février. L'objectif iranien était de dégrader la capacité américaine à frapper l'Iran.
En d'autres termes : sans la guerre déclenchée par Washington et Tel-Aviv, les États-Unis auraient encore leurs installations navales, aériennes et terrestres dans le Golfe.
C'est ici que la prophétie de Ben Laden se réalise de la manière la plus ironique. Il voulait chasser l'Amérique par le terrorisme. Elle est en train de partir à cause d'une guerre qu'elle a elle-même lancée.
Le détroit d'Ormuz et l'onde de choc économique
L'Iran a fermé le détroit d'Ormuz. Les Houthis, son mandataire au Yémen, ont endommagé un oléoduc important en Arabie saoudite et fermé le détroit à l'embouchure de la mer Rouge. Le coût pour les citoyens américains se mesure en dollars par gallon d'essence et en prix à l'épicerie. Le coût pour l'Europe se mesure en chaînes logistiques perturbées, en pétrole qui n'arrive plus via Suez.
Où sont les soldats ?
Le Pentagone affirme qu'environ 50 000 soldats servaient en soutien à l'opération Epic Fury. Entre 40 000 et 50 000 seraient toujours sur place. Mais le Pentagone n'a pas précisé où.
Ce que l'on sait : le personnel a été déplacé de plusieurs bases dans les pays longeant le golfe Persique. Deux bases à Bahreïn, cinq au Koweït, trois aux Émirats arabes unis, trois à Oman, une au Qatar et deux en Arabie saoudite, selon des informations antérieures. Certains ont été transférés vers des bases en Jordanie, d'autres à Chypre ou en Europe.
Le rapport de l'Inspecteur général évoque le « flushing d'aéronefs » le retrait rapide des moyens aériens d'une zone sous attaque. Le document présente cette opération comme une réussite. Célébrer une évacuation comme une victoire, c'est peut-être la définition la plus précise de ce qui s'est passé.
Ce qui n'est pas vérifié
Le rapport de l'Inspecteur général ne fournit pas d'estimation en dollars des dommages aux installations militaires. Le nombre exact de soldats américains tués pendant et après l'opération Epic Fury n'est pas confirmé : le texte source fourni évoque « dix-huit militaires américains », mais aucune source officielle consultée ne confirme ce chiffre à ce stade. Le Washington Post fait état de sept militaires tués dans des frappes sur des installations américaines entre le début de la guerre et fin avril.
L'authenticité du rapport de l'Inspecteur général n'est pas en doute le document a été publié sur le site du département de la Défense et relayé par CNN, Xinhua et d'autres agences.
Ben Laden a-t-il vraiment « gagné » ?
Non. Il n'a pas gagné militairement. Il est mort en 2011, Al-Qaïda a été décimé, et les États-Unis ont maintenu une présence massive au Moyen-Orient pendant deux décennies après sa fatwa. Mais son objectif déclaré la fin de la présence militaire américaine dans le golfe Persique est en train de se réaliser, par des moyens qu'il n'avait pas prévus.
Combien de bases américaines ont été touchées ?
Le Washington Post a identifié des dommages sur 15 sites militaires américains. Le général McCaffrey affirme que l'accès à ces 15 bases est « probablement perdu définitivement ».
La guerre contre l'Iran a-t-elle coûté cher aux États-Unis ?
Les six premiers jours de l'opération Epic Fury ont coûté plus de 11,3 milliards de dollars, selon une estimation du Pentagone. Les réparations des bases pourraient atteindre 5 milliards de dollars supplémentaires.
Pourquoi l'Iran a-t-il attaqué les bases américaines ?
En riposte à l'opération Epic Fury lancée par les États-Unis et Israël en février 2026. Les frappes iraniennes visaient à dégrader la capacité américaine à poursuivre les frappes sur le territoire iranien.
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- 1,544 words · 8 min read
- Published
- September 16, 2026
- Byline
- La rédaction
- Source
- Camer.be