
Le lieutenant-colonel Cerlin Belinga quitte le Tribunal militaire de Yaoundé pour Maroua. André Atemengue Omgba lui succède par décret présidentiel. Décryptage....
Le lieutenant-colonel Cerlin Belinga quitte le Tribunal militaire de Yaoundé pour Maroua. André Atemengue Omgba lui succède par décret présidentiel. Décryptage. (150 caractères)
Le lieutenant-colonel Cerlin Belinga, figure du procès Martinez Zogo, quitte Yaoundé pour Maroua André Atemengue Omgba reprend les rênes du parquet militaire de la capitale.
Le magistrat militaire chargé des poursuites dans l'affaire Martinez Zogo change de juridiction. Par décret présidentiel signé ce 31 août 2026, le lieutenant-colonel Cerlin Belinga, commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé, est muté à Maroua. Il est remplacé par le lieutenant-colonel André Éric Atemengue Omgba.
Ce mouvement, en apparence administratif, intervient dans un contexte judiciaire particulièrement sensible. Depuis 2023, Cerlin Belinga est au cœur du procès de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo une affaire qui secoue le Cameroun et met en lumière les tensions au sein de l'appareil judiciaire militaire. Son départ de Yaoundé, moins de deux mois après des échanges tendus autour des expertises numériques du dossier, ne manquera pas d'alimenter les interrogations.
Qui est le successeur désigné ? Le lieutenant-colonel André Éric Atemengue Omgba n'est pas un inconnu de la justice militaire. Il occupait déjà les fonctions de commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Buea. Sa nomination à Yaoundé constitue une promotion significative.
Le Tribunal militaire de Yaoundé est l'une des juridictions les plus stratégiques du Cameroun. C'est devant lui que se tient depuis 2023 le procès de l'assassinat de Martinez Zogo, journaliste et animateur radio retrouvé mort en janvier 2023. Dix-sept personnes sont poursuivies, dont l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et l'ancien directeur général de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko.
Le commissaire du gouvernement l'équivalent du procureur près le tribunal militaire y joue un rôle central. Cerlin Belinga, en poste depuis plusieurs années, a été au cœur de ce procès fleuve. Il a notamment présenté une liste de 47 témoins et rejeté les exceptions procédurales soulevées par la défense.
Le texte signé par le président Paul Biya, chef suprême des forces armées, acte deux mouvements : d'une part, la mutation de Cerlin Belinga de Yaoundé vers le Tribunal militaire de Maroua, dans la région de l'Extrême-Nord ; d'autre part, la nomination d'André Éric Atemengue Omgba comme nouveau commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé.
Cette décision s'inscrit dans une série de remaniements au sein de la justice militaire. En décembre 2023, une vague de nominations avait déjà touché les tribunaux militaires de Yaoundé, Maroua et Buea. À l'époque, André Atemengue Omgba avait été nommé commissaire du gouvernement à Buea. Il gravit aujourd'hui un échelon supplémentaire.
Le départ de Cerlin Belinga de Yaoundé intervient dans un climat de tensions. Ces dernières semaines, le procès Zogo a été marqué par des débats houleux autour des expertises numériques. L'expert Georges Bell Bitjoka a indiqué que seuls 18 % des appareils attribués à Amougou Belinga avaient été exploités, et que le téléphone utilisé dans certains échanges n'avait pas été retrouvé.
Face à ces zones d'ombre, la partie civile a demandé des expertises complémentaires requêtes rejetées. Le commissaire du gouvernement a orienté ses investigations vers une autre piste, celle de Modeste Mopa Fatoing, ancien directeur des Impôts. Une orientation vivement contestée par l'avocate des ayants droit de Martinez Zogo, Me Félicité Zeifman.
Cerlin Belinga a défendu sa position en rappelant que « la présomption d'innocence s'applique à tous » et qu'il cherche « la vérité à charge comme à décharge ».
Des voix se sont également élevées pour critiquer l'absence de poursuites dans d'autres affaires sensibles liées au procès Zogo. En juin 2026, des révélations publiques sous serment ont relancé des affaires politiques non élucidées, sans que le commissaire du gouvernement n'en tire de conséquences judiciaires.
Le successeur de Cerlin Belinga à Yaoundé, le lieutenant-colonel André Éric Atemengue Omgba, est un officier magistrat expérimenté. Sa carrière l'a déjà conduit à occuper les fonctions de commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Buea. Il connaît donc parfaitement les rouages de la justice militaire camerounaise.
Sa nomination à Yaoundé, juridiction de premier plan, marque une étape importante dans sa carrière. Il hérite d'un dossier particulièrement lourd : le procès Martinez Zogo, dont l'instruction et les débats continuent de défrayer la chronique.
Ce mouvement soulève plusieurs interrogations :
1. Une mise à distance ? Le départ de Cerlin Belinga de Yaoundé vers Maroua, moins d'un mois après les tensions autour du procès Zogo, peut être interprété comme une mise à l'écart. Maroua, située à plus de 1 000 kilomètres de la capitale, est une juridiction de moindre visibilité médiatique.
2. Quelle continuité dans le procès Zogo ? Le changement de commissaire du gouvernement à Yaoundé intervient en pleine procédure. André Atemengue Omgba devra prendre connaissance d'un dossier complexe et poursuivre les réquisitions. La prochaine audience, fixée aux 13 et 14 juillet, permettra de mesurer l'impact de cette transition.
3. Quelle signification politique ? Les nominations au sein de la justice militaire sont du ressort exclusif du président de la République, chef suprême des forces armées. Ce mouvement, comme les précédents, reflète la volonté de l'exécutif de garder la main sur l'appareil judiciaire militaire.
Faits confirmés : Cerlin Belinga est muté à Maroua. André Atemengue Omgba est nommé à Yaoundé. Le décret est signé le 31 août 2026.
Ce qui reste à confirmer : Les motivations précises de ce mouvement. S'agit-il d'une mutation administrative ordinaire ou d'une décision liée aux tensions autour du procès Zogo ? Aucune source officielle n'a, à ce stade, apporté de clarification.
**Hypothèse **: Compte tenu du contexte vives critiques de la partie civile, débats sur l'orientation des investigations, affaires politiques non poursuivies il est plausible que ce mouvement réponde à une volonté de renouvellement ou d'apaisement. Mais cette hypothèse reste à confirmer.