« 9 milliards de FCFA » : la famille Peretz au cœur d’une cession foncière controversée à Dakar

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Devant la commission d'enquête parlementaire sur le patrimoine de l'État, le directeur général de la Sogepa a levé le voile sur la cession d'un bloc foncier stratégique du Plateau à Ad Immobilier. Derrière cette société se trouve une famille d'hommes d'affaires israéliens devenue incontournable dans les marchés de défense au Sénégal sous le régime de Macky Sall. Le dossier a refait surface devant les députés. La commission d'enquête parlementaire sur le patrimoine de l'État examine la cession d'un vaste bloc foncier du centre-ville à Ad Immobilier, société contrôlée par la famille Peretz. Auditionné, le directeur général de la Sogepa, Elimane Pouye, a précisé la nature du site : il comprenait l'ancien siège de la Gendarmerie nationale, les Archives nationales et le dojo national. En échange, Ad Immobilier devait bâtir un nouveau siège pour l'état-major de la gendarmerie. Les chiffres présentés par le patron de la Sogepa résument tout le débat. Le terrain a été évalué à 9 milliards de FCFA, alors que les travaux du nouveau siège tournent autour de 5 milliards. L'écart, environ 4 milliards de FCFA, correspond à ce que l'État aurait perdu dans l'échange.
Un bail de 50 ans pour 5 millions par an
Le montage juridique remonte à mai 2021. Un décret signé sous la présidence de Macky Sall a accordé à Ad Immobilier un bail emphytéotique de 50 ans sur plusieurs titres fonciers stratégiques du centre-ville, pour un loyer annuel de 5 millions de FCFA. Dans le quartier le plus cher de la capitale, ce montant a très vite suscité des interrogations. Le scandale n'est pas nouveau. En 2022, alors dans l'opposition, Ousmane Sonko avait accusé l'État d'avoir cédé à la société AD, attribuée à l'homme d'affaires israélien Idan Peretz, six titres fonciers sur l'ancien siège du Haut commandement de la gendarmerie, pour une valeur qu'il estimait alors à 7 milliards de FCFA. L'emprise concernée couvrait près de 5 000 m² au cœur du Plateau. La riposte était venue de Yaya Abdoul Kane, alors directeur général du patrimoine bâti de l'État, le même responsable aujourd'hui entendu par les députés sur d'autres attributions. Il soutenait que la société avait obtenu le bail en contrepartie de la construction du siège du Haut commandement de la gendarmerie à la caserne Samba Diéry Diallo. Il ajoutait que le loyer évoqué était à la charge de la société pendant la durée des travaux, qu'il disait presque terminés. Ad Immobilier n'est pas un promoteur ordinaire. La société appartient à la famille israélienne Peretz, également présente dans le commerce d'armement à travers Ad Con. Ce volet défense explique en grande partie la proximité du groupe avec l'appareil sécuritaire sénégalais, à commencer par la gendarmerie, bénéficiaire désignée de l'immeuble construit en échange du foncier.
Gaby Peretz, l'ami de l'ancien président - Idan Peretz, l'homme des marchés
La figure centrale de la famille est Gaby Peretz, marchand d'armes israélien présenté comme un ami proche de Macky Sall. D'après des enquêtes publiées à l'international, il aurait proposé une ligne de crédit de 300 millions d'euros, soit environ 196 milliards de FCFA, à l'armée sénégalaise à l'époque où se négociaient d'importants contrats d'équipement. Son nom apparaît aussi en marge du contrat d'armement de 45 milliards de FCFA attribué à l'entreprise du Nigérien surnommé « Petit Boubé ». C'est en effet un ancien employé de Gaby Peretz, l'Israélien David Benzaquen, qui a signé au nom de cette société. Ce contrat est aujourd'hui dans le viseur des autorités. Idan Peretz, présenté dès 2022 comme le propriétaire de la société AD, occupe une place centrale dans le dispositif local de la famille. Dans une tribune, un entrepreneur sénégalais évincé d'un marché l'accuse d'avoir étendu son influence jusqu'aux plus hautes sphères de l'État et d'avoir orienté l'attribution de contrats. Le même texte affirme que des certificats nominatifs d'obligation émis sans couverture bancaire auraient permis à Ad Con de capter 121 milliards de FCFA. Ces accusations, portées par une partie qui s'estime lésée, n'ont été confirmées par aucune décision de justice. Avec l'alternance, l'État a voulu reprendre la main. La Sogepa a proposé à Ad Immobilier de lui rembourser les 5 milliards de FCFA investis, afin de récupérer le terrain et de le valoriser dans un projet immobilier avec la Caisse des dépôts et consignations. Selon Elimane Pouye, la société avait d'abord accepté, puis s'est rétractée après le départ d'Ousmane Sonko de la Primature. Ce retournement complique la position de l'État. Le bail ayant été approuvé par décret, il dispose d'une solide assise juridique. Sans accord amiable, la récupération du terrain pourrait passer par une procédure contentieuse longue et coûteuse, à moins que l'État ne démontre que l'acte a été obtenu de manière irrégulière. Plusieurs zones d'ombre demeurent. Qui a initié le montage au sein de l'administration, et sur quelle évaluation le terrain a-t-il été cédé en 2021 ? Le lien entre les marchés de défense remportés par la famille et les avantages fonciers accordés à sa filiale immobilière est-il fortuit ? Le siège de la gendarmerie a-t-il été réceptionné conformément au cahier des charges ? Et que s'est-il passé pour qu'Ad Immobilier renonce à un accord qu'elle avait accepté ? À ce jour, aucune poursuite judiciaire visant des membres de la famille Peretz n'a été rendue publique. Les intéressés bénéficient de la présomption d'innocence.
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- 874 words · 4 min read
- Published
- October 10, 2026
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- Senenews