LOI DE FINANCES RECTIFICATIVE : Une “tare congénitale” engendrée par la LFI de 2025
LOI DE FINANCES RECTIFICATIVE Une “tare congénitale” engendrée par la LFI de 2025 Sous la houlette de sa présidente, Aïssata Tall Sall, le groupe parlementaire s'est arrêté sur cette polémique qui continue de couver autour de la LFR. Tirant à la fois sur l'exécutif mais aussi sur le législatif, Me Sall et ses camarades appellent à faire prévaloir l'intérêt supérieur de la nation sur toute autre considération. Le porte-étendard de l'opposition dans une assemblée archidominée par le Pastef est enf

LOI DE FINANCES RECTIFICATIVE
Une “tare congénitale” engendrée par la LFI de 2025
Sous la houlette de sa présidente, Aïssata Tall Sall, le groupe parlementaire s'est arrêté sur cette polémique qui continue de couver autour de la LFR. Tirant à la fois sur l'exécutif mais aussi sur le législatif, Me Sall et ses camarades appellent à faire prévaloir l'intérêt supérieur de la nation sur toute autre considération.
Le porte-étendard de l'opposition dans une assemblée archidominée par le Pastef est enfin sorti du bois. Face à une loi de finances rectificative qui est sur toutes les lèvres depuis un moment maintenant, le groupe parlementaire Takku Wallu Senegal a voulu éclairer l'opinion, y aller de son propre commentaire et poser des jalons face à une situation politique jugée inédite et périlleuse. D'entrée de jeu, le ton est donné par l'ancienne cheffe de file de la diplomatie sénégalaise. La LFR qui suscite autant de polémiques est, selon l'opposition, « déjà biaisée par la LFI ». Rappelant la genèse du désaccord, elle pointe une anomalie originelle : « Car dès le départ, en décembre 2025, nous avions dit que le budget n'était pas sincère », a tenu à rappeler Aïssata Tall Sall.
Lancée dans son argumentation, la présidente parle d'une véritable « tare congénitale » de cette LFR. Elle accuse vertement le Pastef d'avoir artificiellement exagéré « les capacités des recettes », d'avoir accru de manière disproportionnée « les dépenses de fonctionnement » tout en sabrant « les dépenses d'investissement de 555 milliards ». Des choix qui ne sont pas sans conséquences : ces chiffres se répercutent directement sur un déficit budgétaire qui explose pour passer à plus de 7 %, « plus du double de la norme communautaire UEMOA ». Mais au-delà des données statistiques, l'avocate rappelle que ces indicateurs se traduisent par des drames du quotidien : « Derrière ces chiffres, il y a le chef de petite entreprise qui a exécuté un marché public et dont la facture n'est pas payée.
Il y a le jeune diplômé qui attend un emploi que les chantiers devaient créer. Il y a le village qui attend son forage, sa piste, sa salle de classe. Il y a aussi des entreprises déjà fragilisées à qui l'on annonce un durcissement de la répression fiscale. Il y a surtout des familles qui souffrent. » Ce face-à-face avec les journalistes était aussi une occasion de rappeler les faits. Ainsi, le 3 novembre dernier, l'Assemblée nationale a rejeté le projet de loi de finances rectificative soumis par le gouvernement. Pour Takku Wallu, ce qui s'est passé ce jour-là ne relève en rien d'une « simple péripétie de procédure ».
Bien au contraire, c'est qualifié de « fait sans précédent dans l'histoire budgétaire de notre pays : une loi de finances rectificative rejetée avant même d'avoir été discutée ». Le Parlement, dont la première raison d'être constitutionnelle et démocratique est de consentir et de contrôler l'usage de l'argent public, a purement et simplement renoncé à débattre du budget de la Nation. Pour le groupe d'opposition, la chronologie des faits est éloquente : le 23 octobre déjà, en commission des finances, la majorité avait rejeté le projet de loi. Le groupe s'était alors abstenu, expliquant publiquement sa position. Puis est intervenue la plénière où, avant même toute discussion générale, une question préalable a été déposée par la majorité et adoptée par 109 voix contre 20 (et trois abstentions).
En application stricte du Règlement intérieur, la procédure s'est arrêtée net. Aucun groupe n'a pu s'exprimer sur le fond — ni l'opposition, ni même la majorité. Tandis que le gouvernement a dénoncé une « fuite du débat » et que la majorité invoquait le défaut de sincérité budgétaire, le peuple sénégalais, lui, n'a rien entendu de ce qui devait être débattu sur ses impôts, ses écoles, ses routes et ses salaires. Pour Me Sall, cette fuite en avant de la majorité s'apparente ni plus ni moins à une « véritable forfaiture ». Toujours selon Aïssata Tall Sall, l'exécutif et le législatif se donnent aujourd'hui en spectacle au grand dam des populations sénégalaises. Derrière les postures politiques, c'est une psychanalyse de la rupture qui est livrée :
« Le plus triste dans cette histoire, c'est qu'on est loin d'une crise politique ou de choix stratégiques. Ce n'est rien d'autre qu'une séparation douloureuse. Un dépit amoureux, en bon français. Ce qui se joue à l'Assemblée nationale n'est pas un affrontement entre la majorité et l'opposition. C'est un affrontement entre deux anciens alliés qui ont conduit ensemble le pays là où il se trouve. L'un dirige l'exécutif, l'autre préside désormais l'Assemblée nationale.
Et le budget de la Nation est devenu le terrain de leur rivalité. » L'ancienne ministre pointe également du doigt les exigences brandies par la majorité, qui a fait savoir qu'elle ne voterait ni la LFR ni la loi de finances 2027 tant que les fonds spéciaux ne seraient pas encadrés par la loi. Tout en reconnaissant que la transparence est une exigence légitime qu'elle soutient, Takku Wallu refuse que tout un pays soit pris en otage par une fraction politique qui se joue des intérêts du peuple.
Face à ce blocage institutionnel lourd de menaces, que faire ? Le groupe parlementaire pose ses conditions et refuse de céder à la facilité. Me Sall insiste : « Comme nous l'avons toujours fait, ils ont beau s'appeler patriotes, mais ils n'aiment pas le Sénégal autant que nous. Nous avons fait le choix de la responsabilité républicaine. Nous rejetons tout blocage de nos institutions. » Évoquant des arguments plus concrets, l'avocate rappelle que le blocage de la LFR peut avoir des répercussions gravissimes sur toutes les couches de la nation : « Le paiement des agents publics, le fonctionnement des hôpitaux, des écoles et des services essentiels, le respect des engagements du Sénégal envers ses partenaires ne doivent jamais être les otages d'une rivalité de pouvoir. »
Renvoyant dos à dos les acteurs de la crise, l'opposition interpelle directement le sommet de l'État : « On ne plaide pas pour Diomaye. On est obligé de dire au Président de prendre ses responsabilités pour que le pays ne soit pas bloqué. S'il ne veut pas trahir son serment, il doit agir. On n'est pas d'accord avec le budget, mais nous n'allons pas bloquer le pays. Nous ne sommes pas des consultants, mais deux solutions s'offrent au président : dissoudre l'Assemblée ou engager la responsabilité du gouvernement. »
Dirigeant son sermon vers le Pastef, elle soutient ce qui suit : « Avec cent trente députés, la majorité dispose de tous les moyens de faire fonctionner l'Assemblée. Elle portera donc seule la responsabilité de toute paralysie du pays. En effet, le budget de la nation n'appartient ni à un camp, ni à un homme, ni à une querelle. » En guise de viatique, Me Sall réaffirme la constance de sa famille politique : « Notre voix ne s'élève ni pour crier, ni pour régler des comptes. Elle s'élève pour dire la vérité aux Sénégalais, avec des chiffres, avec le droit, et avec le sens des responsabilités qui a toujours guidé notre famille politique.
Les Sénégalais ont le droit de savoir comment est levé et dépensé l'argent public. Ils ont droit à un Parlement qui débat, ils ont droit à un État qui fonctionne. Notre ligne de conduite ne changera ni sous la pression, ni sous l'invective, ni même sous les injures. Notre groupe continuera de porter cette exigence, dans l'hémicycle et devant l'opinion, avec fermeté et avec mesure. »
La « mort du PRES »
D'après l'ancienne haute responsable du PS, tout ce tohu-bohu politico-financier qui entoure la LFR a fini par révéler au grand jour une autre réalité amère : « la mort du PRES ».
Expliquant les faits en détail, Mme Sall rappelle que sur les 700 milliards de francs CFA initialement escomptés, le fameux plan de redressement économique et social d'Ousmane Sonko a récolté moins de 450 milliards. Un échec cuisant qui pousse l'opposition à dresser un constat sans appel : la loi de finances rectificative signe l'acte de décès officiel du plan de redressement.
« Nous ne nous en réjouissons pas. Nous le constatons. Car quand un plan de redressement échoue, ce n'est pas un gouvernement qui perd : c'est un pays qui recule », lâche-t-elle, martelant qu'on ne peut redresser une nation en évitant le débat sur la manière de la redresser.
Section:
politique
About this article
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- 1,400 words · 7 min read
- Published
- November 6, 2026
- Byline
- joe.waly
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- Enqueteplus