Un bâtiment pourtant signalé : un mort et trois blessés à la Médina

L’effondrement survenu le 16 octobre 2026 à la Médina, qui a coûté la vie à un vendeur de café et fait trois blessés, soulève de sérieuses interrogations sur la gestion des bâtiments menaçant ruine à Dakar. Selon des informations confirmées à SeneNews par la mairie de la Médina, un préavis de départ a été adressé aux occupants près de deux ans avant le drame. Pourtant, l’immeuble était toujours occupé. Entre protection juridique des locataires, recours aux arrêtés de péril et difficultés d’exécution des mesures administratives, cette catastrophe met en lumière les obstacles auxquels les autorités sont confrontées pour prévenir les risques d’effondrement.
La Médina est une nouvelle fois frappée par un drame qui remet au premier plan la question de la sécurité des habitations dans les quartiers anciens de la capitale. Le vendredi 16 octobre 2026, une partie de la façade et du balcon d’un immeuble de trois étages s’est effondrée à l’intersection de la rue 17 et de la rue 20,, non loin du marché Tilène. Le bilan fait état d’un mort et de trois blessés. Mais au-delà du bilan humain, une interrogation persiste : comment un bâtiment dont les occupants auraient été invités à quitter les lieux près de deux ans auparavant a-t-il pu rester occupé jusqu’à son effondrement ?
Les procédures de sécurité non appliquées
Selon les informations confirmées à SeneNews par la mairie de la Médina, un préavis de départ avait bien été adressé aux occupants. Cette révélation soulève la question du suivi des procédures engagées contre les immeubles présentant des risques pour leurs occupants et les passants. Dans ce dossier, le décalage entre l’alerte administrative et le drame constitue le principal point d’interrogation. Si les autorités avaient identifié un risque suffisamment sérieux pour demander aux occupants de quitter les lieux, quelles mesures ont été prises pour assurer leur départ et sécuriser le bâtiment ? Selon un agent municipal qui s'est confié à SeneNews, la situation s’explique notamment par les contraintes juridiques entourant les relations entre propriétaires et locataires. Malgré les préavis délivrés, y compris par l’intermédiaire d’huissiers de justice, certains occupants demeurent dans les logements, les procédures de congé devant respecter les dispositions légales applicables. Au Sénégal, les modalités de congé varient effectivement selon la nature du bail et les conditions prévues par le Code des obligations civiles et commerciales (COCC). Les articles 574 et 576 encadrent certaines procédures de fin de bail, avec des délais et des formalités qui diffèrent selon les situations. Toutefois, ces dispositions relatives aux relations locatives ne suffisent pas, à elles seules, à expliquer pourquoi un bâtiment présentant un danger pour la sécurité publique resterait accessible. Il convient de distinguer une procédure ordinaire de congé locatif d’une mesure administrative destinée à prévenir un péril imminent ou à protéger les personnes exposées. C’est précisément à ce niveau qu’intervient la question des arrêtés de péril. « au niveau de la mairie, on peut contourner cette difficulté avec l’arrêté de péril », explique un agent municipal cité par SeneNews. Dans le cadre de ses compétences de police administrative, le maire peut intervenir face à une situation présentant un danger pour la sécurité publique, conformément aux textes applicables. Les mesures susceptibles d’être prises dépendent notamment de la nature du risque, des constatations techniques et de la procédure engagée. L’arrêté de péril, lorsqu’il est juridiquement applicable, permet ainsi de traiter la question sous l’angle de la sécurité du bâtiment et de la protection des personnes, plutôt que de s’en tenir uniquement aux rapports contractuels entre bailleur et locataire. Mais encore faut-il que la procédure soit engagée à temps, que les mesures prescrites soient exécutées et que les personnes exposées soient effectivement mises en sécurité. Au lendemain du drame, la mairie de la Médina affirme avoir engagé des mesures pour sécuriser les lieux. Pape Sy, directeur de cabinet du maire, indique que la commune avait déjà entrepris un programme d’intervention sur les bâtiments dangereux. « Sur les 18 bâtiments menacés de ruine à démolir à la Médina, il ne m’en restait que deux. Et voilà que le drame est arrivé », explique-t-il. Cette déclaration suggère que la municipalité avait engagé un processus de traitement des immeubles identifiés comme dangereux. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, de savoir si le bâtiment effondré figurait parmi les deux immeubles restant à démolir, ni de déterminer à quelle étape de la procédure il se trouvait. Pape Sy précise par ailleurs qu’au lendemain de l’effondrement, la mairie a procédé à l’évacuation des occupants et à la sortie de leurs effets personnels,. « La démolition du bâtiment suivra dans quelques jours », assure-t-il.
Les mesures post-effondrement annoncées
Ces mesures interviennent après la catastrophe. L’enjeu est désormais de comprendre pourquoi la sécurisation définitive du bâtiment n’avait pas abouti avant le drame, si le danger avait effectivement été identifié plusieurs mois auparavant. Les difficultés liées aux bâtiments menaçant ruine à la Médina ne datent pas d’aujourd’hui. En novembre 2022, le sous-préfet de Dakar-Plateau, Djiby Diallo, avait évoqué la préparation d’un plan d’opération destiné à démolir des maisons dangereuses. Il avait également fait état de bâtiments ayant fait l’objet d’arrêtés de péril et d’évacuation. À l’époque, les difficultés liées aux moyens disponibles et au relogement des familles concernées figuraient parmi les obstacles signalés. Cette situation met en évidence les limites d’une politique de prévention qui ne se résume pas au recensement des bâtiments dégradés. Lorsqu’un immeuble est identifié comme dangereux, les autorités doivent pouvoir organiser les inspections techniques, notifier les mesures nécessaires, protéger les occupants, empêcher l’accès aux zones à risque et, lorsque cela s’impose, mener à terme les opérations de démolition. Le relogement constitue également une difficulté importante. Pour les familles qui vivent dans des logements précaires ou disposent de ressources limitées, quitter les lieux peut représenter un coût difficile à supporter. Mais cette contrainte sociale doit être prise en compte dans la réponse publique sans laisser les occupants et les passants exposés à un danger grave. L’effondrement du 16 octobre pose désormais la question du suivi des décisions administratives et de la coordination entre les services municipaux, les autorités administratives et les services techniques compétents. Pour établir les circonstances exactes du drame, plusieurs éléments méritent d’être examinés : la date et le contenu du préavis de départ, les éventuels rapports d’expertise, les décisions prises après les premières alertes, les inspections réalisées et les mesures de sécurisation effectivement exécutées. Il faudra également déterminer si le propriétaire avait reçu des prescriptions précises, si des travaux avaient été envisagés et si les autorités disposaient des moyens nécessaires pour faire appliquer les décisions prises. Ces vérifications sont indispensables pour établir les responsabilités éventuelles sans tirer de conclusions hâtives sur la base du seul effondrement. La mort d’un vendeur de café et les blessures subies par trois personnes rappellent brutalement les conséquences humaines de la vétusté immobilière. Dans les quartiers anciens de Dakar, la question n’est plus seulement de savoir combien de bâtiments sont dégradés, mais aussi de déterminer si les dispositifs d’alerte et de protection permettent d’intervenir avant qu’un drame ne survienne. L’existence d’un préavis antérieur à l’effondrement, si elle est confirmée dans tous ses détails, rend cette interrogation particulièrement pressante. Elle appelle des réponses précises sur le traitement administratif du dossier, les mesures de sécurité prises et les raisons pour lesquelles les occupants se trouvaient encore dans les lieux. À la Médina, l’enjeu est désormais de reconstituer la chronologie des décisions et des interventions. Car lorsqu’un bâtiment est signalé comme dangereux, l’efficacité de la prévention se mesure moins à l’existence des alertes qu’à la capacité des autorités à transformer ces alertes en mesures concrètes de protection.
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About this article
- Length
- 1,263 words · 6 min read
- Published
- October 17, 2026
- Byline
- Thioro Sakho
- Source
- Senenews