GESTION DE LA PROBLÉMATIQUE DE L'EAU : L’État invité à prendre ses responsabilités
GESTION DE LA PROBLÉMATIQUE DE L'EAU L’État invité à prendre ses responsabilités Face aux défis liés à l'eau, il incombe à l'État de prendre ses responsabilités. L'avis est du directeur des Droits humains au ministère de la Justice, Garde des Sceaux. Le forum des ONG sur la garantie de la disponibilité durable de l'eau et de systèmes d'assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l'Agenda 2063, dans le cadre de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et d

GESTION DE LA PROBLÉMATIQUE DE L'EAU
L’État invité à prendre ses responsabilités
Face aux défis liés à l'eau, il incombe à l'État de prendre ses responsabilités. L'avis est du directeur des Droits humains au ministère de la Justice, Garde des Sceaux.
Le forum des ONG sur la garantie de la disponibilité durable de l'eau et de systèmes d'assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l'Agenda 2063, dans le cadre de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, s'est ouvert hier à Dakar pour trois jours.
Au nom du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, le directeur des Droits humains dudit ministère a présidé la cérémonie d'ouverture. L'occasion pour Julien Ngagne Ndour de souligner que, malgré les engagements régionaux et internationaux, des millions d'Africains n'ont toujours pas accès à une eau potable sûre ni à des services d'assainissement adéquats.
Il y a, selon lui, des familles qui consacrent une part importante de leurs revenus à l'achat d'eau, des communautés qui parcourent de longues distances pour s'approvisionner, des enfants qui tombent malades à cause d'une eau contaminée. Il y a surtout des femmes et des filles qui supportent encore une part disproportionnée du poids de cette pénurie : une fille qui doit aller chercher de l'eau au lieu d'aller à l'école, une femme qui consacre plusieurs heures par jour à cette tâche, un élève qui ne peut disposer de sanitaires sûrs. Ce ne sont pas seulement des problèmes sociaux, d'après lui, mais aussi des atteintes aux droits fondamentaux.
« La communauté internationale a reconnu le droit à l'eau potable et à l'assainissement comme essentiel à la pleine jouissance des droits humains. Notre continent a également développé progressivement son propre cadre normatif. La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a adopté ses Lignes directrices sur le droit à l'eau en Afrique. Nous disposons donc de normes, mais comment transformer le droit à l'eau en un droit effectivement réalisé ? La responsabilité première, je le dis, incombe aux États. L'État doit planifier, investir, réguler, protéger les ressources naturelles, garantir la qualité des services et assurer l'accessibilité, notamment pour les personnes les plus vulnérables », a soutenu M. Ndour, qui est d'avis que le véritable indicateur de succès ne devrait pas être le nombre de projets lancés ou d'infrastructures inaugurées, mais le nombre de vies durablement améliorées.
« Nous devons également reconnaître notre réalité. Il ne peut y avoir de politique durable de l'eau sans institutions solides, sans stabilité et sans continuité de l'action publique. Dans plusieurs régions de notre continent, l'instabilité politique, les crises institutionnelles et les changements anticonstitutionnels de gouvernement fragilisent les administrations, interrompent les investissements et compromettent les politiques publiques. Or, l'eau et l'assainissement exigent précisément de la continuité. Il faut planifier, construire et entretenir avec des financements réguliers », a-t-il ajouté, avant de préciser que les conflits armés détruisent les infrastructures hydrauliques et sanitaires, déplacent les populations et rendent l'accès à l'eau encore plus difficile.
Mais, aux yeux de tous, la crise de l'eau ne doit pas être réduite à l'instabilité politique, car les causes sont multiples. Le directeur des Droits humains évoque l'insuffisance des investissements, l'urbanisation rapide, la croissance démographique, la pollution, la faiblesse des infrastructures face au changement climatique et les difficultés de gouvernance.
Ceci lui fait dire que les gouvernants doivent être guidés par la conviction que la stabilité institutionnelle, l'État de droit et la bonne gouvernance garantissent de meilleures conditions pour des politiques publiques durables.
La question de l'eau, poursuit-il, est également liée à celle du changement climatique. Car, sécheresses, inondations et dégradation des écosystèmes exercent une pression constante sur les ressources. « Ces dérèglements affectent directement la santé, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance. La crise climatique est aussi une crise de l'eau qui frappe particulièrement les populations vulnérables, les familles rurales, les zones urbaines et les quartiers défavorisés. Elle frappe aussi les générations futures. C'est pourquoi nos politiques doivent intégrer politique de l'eau, politique environnementale, politique climatique, politique agricole, politique urbaine et politique sociale, qui devront se renforcer mutuellement », préconise-t-il.
Face à ces défis, le Sénégal, renseigne-t-il, a placé l'accès à l'eau et à l'assainissement au cœur de ses priorités. Il cite les concertations nationales sur l'eau et l'assainissement en 2024, qui ont eu pour objectif d'associer tous les acteurs, y compris la société civile, à la définition d'une nouvelle politique de l'eau fondée sur la gouvernance, la transparence, la redevabilité et l'équité.
« Ces initiatives traduisent une même orientation : sécuriser la ressource, améliorer l'accès, renforcer la gouvernance, développer l'assainissement et construire une résilience climatique, en cohérence avec les ambitions de l'Agenda 2063 », souligne Julien Ndour.
250 millions d’heures par jour à la collecte de l’eau
De son côté, le directeur de la Stratégie et du Développement global du Réseau des femmes leaders pour le développement (RFLD) a soutenu que l'Union africaine a fait de l’eau et de l’assainissement son thème pour 2026. Les femmes et les filles, renseigne John Gbenagnon, consacrent environ 250 millions d’heures par jour à la collecte de l’eau, des heures prises sur l’école et sur le travail rémunéré.
« Quand une école n’a pas de latrines, une fille reste à la maison pendant ses règles. Quand un puits tarit, une mère marche plus loin, souvent seule et exposée à la violence. L’article 15 du Protocole de Maputo engage déjà les États à garantir aux femmes l’accès à l’eau potable. Notre tâche est de faire vivre cet article. Les groupes de femmes les plus proches du point d’eau sont souvent les plus éloignées de l’argent et de la table où se prennent les décisions ».
Il renseigne à ce propos que le RFLD a financé un groupement de femmes rurales. Ces dernières ont utilisé leur subvention pour réparer la pompe du village, et l’eau y coule de nouveau. « Ce sont elles qui ont décidé de l’usage de cet argent, parce qu’elles connaissaient le problème mieux que quiconque. C’est pourquoi le RFLD a créé le Fonds Féministe d’Afrique de l’Ouest, qui couvre quinze pays, pour acheminer les ressources directement vers les organisations de femmes à la base », informe M. Gbenagnon.
Section:
social
About this article
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- 1,029 words · 5 min read
- Published
- October 9, 2026
- Byline
- joe.waly
- Source
- Enqueteplus