Côte d’Ivoire-AIP/ « La création d’un nouvel organe électoral exige un cadre politique formel » (Geoffroy Julien Kouao, politologue)
Abidjan, 15 oct 2026 (AIP) – La création d’un nouvel organe de gestion des élections en Côte d’Ivoire nécessite un cadre politique formel et inclusif, soutient le politologue et essayiste Geoffroy Julien Kouao. Dans cet entretien accordé à l’AIP, l’analyste politique plaide pour un consensus large entre le pouvoir, l’opposition et la société civile, appuyé [...]
Abidjan, 15 oct 2026 (AIP) – La création d’un nouvel organe de gestion des élections en Côte d’Ivoire nécessite un cadre politique formel et inclusif, soutient le politologue et essayiste Geoffroy Julien Kouao.
Dans cet entretien accordé à l’AIP, l’analyste politique plaide pour un consensus large entre le pouvoir, l’opposition et la société civile, appuyé par une expertise technique, afin de garantir la transparence des scrutins futurs et de consolider la démocratie.
AIP : La question de la réforme de l’organe chargé de l’organisation des élections revient régulièrement dans le débat public ivoirien. Pourquoi la mise en place d’un nouvel organe électoral apparaît-elle aujourd’hui comme un enjeu majeur pour la démocratie ivoirienne ?
Geoffroy Julien Kouao : Je vous remercie de l’opportunité que vous m’offrez de m’exprimer sur ce sujet qui domine l’actualité nationale. Pour répondre à votre question, je dirais que l’élection est l’instrument régulateur par excellence de la vie politique dans une République démocratique.
Malheureusement, les dysfonctionnements structurels du cadre institutionnel électoral ont conduit à la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI). La mise en place d’un nouvel organe de gestion des élections n’est donc pas simplement une question d’opportunité politique, mais une exigence démocratique vitale pour la Côte d’Ivoire. Au cours des trois dernières décennies, les élections ont malheureusement constitué un facteur majeur de fractures politiques et d’affrontements meurtriers dans notre pays.
AIP : Sur les plans constitutionnel et juridique, quelles dispositions et garanties faudrait-il prendre en compte pour créer un nouvel organe électoral véritablement indépendant, impartial et conforme aux principes démocratiques ?
Geoffroy Julien Kouao : L’article 51 de la Constitution consacre l’indépendance de l’organe chargé d’organiser les élections et le référendum. À ce niveau, il n’y a donc pas de problème de principe.
Par ailleurs, la Constitution confie au Conseil constitutionnel le contrôle de la régularité des opérations du référendum ainsi que des élections présidentielles et législatives.
Au regard de ce qui précède, la réforme du cadre institutionnel électoral devrait également concerner le Conseil constitutionnel. Le mode actuel de désignation de ses membres ne garantit pas suffisamment, à mon sens, leur indépendance.
Pourquoi ne pas envisager leur désignation par une commission parlementaire paritaire comprenant un nombre égal de députés du parti au pouvoir et de l’opposition ? Ce sont là des pistes de réflexion à explorer.
AIP : Selon vous, quelle devrait être la composition du nouvel organe électoral et quelles modalités de désignation de ses membres faudrait-il privilégier pour garantir son impartialité et renforcer la confiance des citoyens ?
Geoffroy Julien Kouao : La principale faiblesse de la défunte CEI résidait dans le statut juridique de ses commissaires centraux, désignés par les partis politiques, l’administration centrale et les organisations de la société civile.
Pour le nouvel organe électoral, je préconise une composition reposant exclusivement sur des personnalités issues de la société civile non organisée. Pour faire simple, il ne faudrait ni représentants des partis politiques, ni représentants de l’administration centrale, ni délégués des organisations de la société civile organisée.
Il conviendrait plutôt de lancer un appel à candidatures afin de recruter des personnalités indépendantes et impartiales, issues de cette société civile non organisée.
AIP : La crédibilité d’une élection repose-t-elle davantage sur l’indépendance de l’institution électorale, la transparence de ses procédures ou la confiance des citoyens ? Comment concilier efficacement ces trois exigences ?
Geoffroy Julien Kouao : Une élection est un processus global allant du recensement électoral au contentieux, en passant par le dépôt et la validation des candidatures, la campagne électorale, le scrutin, la proclamation des résultats et le règlement des litiges.
À toutes les étapes de ce processus, il faut de la transparence, de la bonne foi et de la neutralité de la part de l’ensemble des acteurs. La confiance ne se proclame pas, elle se mérite.
C’est pourquoi le cadre juridique (la Constitution et le Code électoral) doit être suffisamment clair et accessible à tous.
De plus, le cadre institutionnel, constitué de l’organe électoral et du juge électoral, doit garantir l’impartialité et l’efficacité de l’opération. Enfin, le cadre opérationnel, qui concerne l’organisation pratique des scrutins, doit reposer sur des personnels électoraux qualifiés et moralement irréprochables.
AIP : Quelles leçons la Côte d’Ivoire devrait-elle tirer de ses expériences électorales passées pour éviter que le nouvel organe ne reproduise les insuffisances de la CEI ?
Geoffroy Julien Kouao : L’appel à un dialogue politique proposé par une partie de l’opposition me paraît très pertinent. Il faut parvenir à un consensus.
Je pense que le gouvernement est dans de bonnes dispositions, ayant déjà écouté les principales formations politiques de l’opposition. C’est une démarche positive.
Cependant, il faudrait formaliser un cadre politique dédié pour discuter de la création de ce nouvel organe. Une démarche unilatérale ne contribuerait pas à instaurer la confiance indispensable entre les acteurs.
AIP : Un retour à l’organisation des élections par le ministère de l’Intérieur serait-il juridiquement et politiquement envisageable aujourd’hui ?
Geoffroy Julien Kouao : Dans un État démocratique consolidé, le principe veut que ce soit le ministère de l’Intérieur qui organise les élections, comme c’était le cas en Côte d’Ivoire jusqu’en 2000. J’ai moi-même soutenu cette option dans le passé.
Toutefois, une part importante des acteurs politiques et des citoyens estime que l’administration publique manque de neutralité. Même si je ne partage pas totalement cet avis, je respecte cette perception. Au vu de ces réserves, il convient d’écarter cette solution qui demeure impopulaire.
AIP : La création d’un nouvel organe électoral nécessite-t-elle un consensus politique ou une réforme conduite dans le strict respect des procédures légales suffit-elle à lui conférer sa légitimité ?
Geoffroy Julien Kouao : En Côte d’Ivoire, la question électorale est trop sensible et capitale pour être confiée au seul gouvernement. Un dialogue politique sincère entre l’exécutif, l’opposition et les forces vives de la nation est indispensable. Cela confirme la pertinence de la demande d’un dialogue politique portée par l’opposition.
AIP : Quelles sont les convergences et divergences entre les propositions du gouvernement et de l’opposition sur la réforme du système électoral ?
Geoffroy Julien Kouao : Le gouvernement propose un organe tricéphale afin de renforcer l’efficacité et la transparence du processus. C’est une proposition respectable qui, toutefois, pourrait poser des difficultés pratiques en matière de coordination administrative.
L’opposition, quant à elle, préconise un Haut Conseil électoral composé exclusivement de la société civile organisée. Cependant, une part importante de l’opinion émet des réserves quant à la neutralité de la société civile organisée dans notre paysage politique.
AIP : Pour conclure, quelles seraient les conditions indispensables pour que cet organe contribue durablement à la paix et à la démocratie en Côte d’Ivoire ?
Geoffroy Julien Kouao : Au regard de l’ensemble de ces enjeux, la condition essentielle est de s’asseoir autour d’une table, de discuter en toute transparence et de s’entourer de l’expertise de spécialistes nationaux et internationaux.
AIP : Merci, Monsieur Kouao, pour cet éclairage sur cette question essentielle pour l’avenir démocratique de la Côte d’Ivoire.
(AIP)
tn/kp
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- 1,154 words · 6 min read
- Published
- October 15, 2026
- Byline
- N'GOTTA N'Dri Toussaint