Interview : « Il faut agir rapidement dès les premiers signes d’AVC » (Pr Mofou Belo)
L’accident vasculaire cérébral (AVC) est une urgence médicale qui peut toucher toute personne, quel que soit son âge. Au Togo, cette maladie représente une préoccupation importante de santé publique. Selon l’Annuaire des statistiques sanitaires 2023 du ministère en charge de la Santé, les formations sanitaires du pays ont enregistré 4 756 consultations et 1 924 hospitalisations liées aux AVC, ainsi que 365 décès dus à cette maladie. Face à cette maladie, Pr Mofou Belo, chef division de la survei

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L’accident vasculaire cérébral (AVC) est une urgence médicale qui peut toucher toute personne, quel que soit son âge. Au Togo, cette maladie représente une préoccupation importante de santé publique. Selon l’Annuaire des statistiques sanitaires 2023 du ministère en charge de la Santé, les formations sanitaires du pays ont enregistré 4 756 consultations et 1 924 hospitalisations liées aux AVC, ainsi que 365 décès dus à cette maladie. Face à cette maladie, Pr Mofou Belo, chef division de la surveillance des maladies non transmissibles au ministère en charge de la Santé, explique les signes à reconnaître, les gestes à adopter et les moyens de prévention.
ATOP : Qu’est-ce qu’un accident vasculaire cérébral ?
Pr Mofou Belo
Pr Mofou Belo : L’AVC survient lorsqu’un vaisseau sanguin qui alimente le cerveau se bouche par un caillot ou se rompt. Dans les deux cas, une partie du cerveau ne reçoit plus normalement le sang et l’oxygène et le glucose dont elle a besoin pour fonctionner. On distingue principalement l’AVC ischémique, causé par l’obstruction d’une artère par un caillot, et l’AVC hémorragique, provoqué par sa rupture. C’est une urgence médicale, car les lésions peuvent s’aggraver rapidement si la personne n’est pas prise en charge dans un délai de moins de 4 heures car chaque minute compte.
Quels sont les principaux facteurs qui favorisent cette maladie ?
L’hypertension artérielle est l’un des principaux facteurs de risque. Le diabète, l’excès de cholestérol, l’obésité, le manque d’activité physique et certaines maladies du cœur peuvent également favoriser la survenue d’un AVC. Le tabac et la consommation excessive d’alcool augmentent aussi ces risques. La grande majorité de ces facteurs de risque sont évitables. Il est donc important de surveiller régulièrement sa santé et de suivre les traitements prescrits lorsqu’on souffre d’une maladie chronique en se rendant chez un médecin.
Quelle est l’ampleur du problème au Togo ?
Les données disponibles montrent que les AVC constituent un véritable problème de santé dans notre pays. Une étude réalisée dans des centres hospitaliers togolais et publiée en 2023 estime l’incidence à 79,6 cas pour 100 000 habitants par an. Elle rapporte également une mortalité de 27,5 % parmi les patients étudiés. Ces chiffres doivent être interprétés dans leur contexte : ils proviennent de données hospitalières et ne représentent pas nécessairement l’ensemble des cas survenus dans le pays.
Comment reconnaître les premiers signes d’un AVC ?
Les signes apparaissent souvent brutalement. La personne peut ressentir une faiblesse ou une paralysie du bras, de la jambe ou d’un côté du corps. Son visage peut se déformer, sa parole peut devenir difficile ou incompréhensible. Elle peut aussi perdre soudainement la vue, avoir des difficultés à garder l’équilibre ou présenter des troubles de la compréhension. Certaines personnes peuvent avoir des vertiges ou des maux de tête violents. Devant l’un de ces signes, il ne faut pas attendre de voir si la situation va s’améliorer. Même si les symptômes disparaissent après quelques minutes, une consultation médicale urgente reste nécessaire.
Que faut-il faire lorsqu’on soupçonne un AVC chez un proche ?
Il faut conduire la personne sans délai vers une structure de santé capable de la prendre en charge. Il ne faut surtout pas attendre le lendemain, ni perdre du temps avec des remèdes traditionnels ou une automédication. Chaque minute compte, car plus la prise en charge est rapide, plus les chances de limiter les lésions cérébrales sont importantes. Il est également utile de noter l’heure à laquelle les premiers signes sont apparus et de communiquer cette information aux soignants. Il ne faut surtout pas tenter de donner des médicaments conseillés par une tiers personne. Lorsque l’AVC survient en pleine nuit il ne faut pas attendre le lever du sommeil avant de se diriger vers une structure de santé.
L’AVC concerne-t-il uniquement les personnes âgées ?
Non. Même si le risque augmente avec l’âge, les personnes jeunes voir des enfants peuvent également être touchées. Certaines maladies, notamment celles qui affectent le cœur ou le sang, peuvent favoriser la survenue d’un AVC chez des personnes plus jeunes. Il ne faut donc pas considérer que cette maladie ne concerne que les personnes âgées.
Quel que soit l’âge, l’apparition soudaine de signes évocateurs doit conduire à consulter en urgence. Ce n’est pas la peine de perdre le temps dans les centres de prière. Allez directement à l’hôpital, d’autres personnes peuvent prier pour vous, en votre absence, pendant que vous prendrez la direction d’une structure de santé proche de votre domicile ; chaque minute compte !
Quelles peuvent être les conséquences d’un AVC sur la vie du malade ?
Les conséquences varient selon la partie du cerveau touchée et la gravité de l’AVC. Certaines personnes gardent une paralysie toute leur vie, ont des difficultés à parler, à se déplacer ou à accomplir seules les gestes du quotidien. D’autres peuvent présenter des troubles de la mémoire ou de la concentration. La récupération dépend notamment de la rapidité de la prise en charge et de la rééducation. L’accompagnement doit être adapté à chaque patient et peut faire intervenir plusieurs professionnels de santé, avec le soutien de la famille, ou des proches.
Comment réduire les risques d’AVC au quotidien ?
La prévention commence par le contrôle des facteurs de risque. Il faut faire vérifier régulièrement sa tension artérielle, surveiller sa glycémie (taux de sucre dans le sang) et son taux de cholestérol lorsque cela est nécessaire, et prendre correctement les médicaments prescrits. Une alimentation équilibrée, moins riche en sel et en graisses, la consommation de cinq fruits et légumes ainsi qu’une activité physique régulière, 30 mn, 3 fois par semaine, contribuent aussi à protéger la santé. Il est conseillé d’éviter le tabac et de limiter l’alcool. Les personnes qui souffrent d’hypertension ou de diabète doivent poursuivre leur suivi médical, même lorsqu’elles se sentent bien ou en forme. Chaque vie compte !
Quel message souhaitez-vous adresser à la population ? quels sont vos conseils.
« AVC : chaque minute compte, chaque geste préventif compte, chaque vie compte ! » Prévenons l’AVC, reconnaissons ses signes, agissons vite. Le Togo reste uni contre les AVC ! Mon message se résume en trois points clés : d’abord prévenir l’AVC. Il s’agit de connaître sa tension artérielle, réduire le sel, bouger régulièrement et bien suivre ses traitements. Ensuite reconnaître l’AVC. Il est également important de savoir reconnaître les signes d’alerte qui imposent une réaction immédiate, tels qu’un visage déformé, bras faible, parole troublée. Enfin agir sans perdre de temps. Devant une suspicion d’AVC, rechercher immédiatement une prise en charge médicale adaptée, se rendre à l’hôpital par tous les moyens, ne pas attendre une amélioration spontanée.
Mon conseil stratégique, en tant que coordonnateur du programme national de lutte contre les maladies non transmissibles, est que la lutte contre les AVC ne commence pas à l’hôpital, mais au sein des familles, au sein des communautés, par la prévention, le dépistage de l’hypertension artérielle et la connaissance des signes d’alerte. C’est cette responsabilisation de chaque citoyen qui peut contribuer durablement à réduire le fardeau des AVC au Togo. Chaque vie compte ; une vie perdue bêtement est une perte pour le pays, chaque citoyen compte pour la vie économique du pays. Il y a forcément un lien entre la santé et le développement économique.
Propos recueillis par Abel OZIH
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- 1,206 words · 6 min read
- Published
- October 30, 2026
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- Atop Tg