Téguéréya : le manque de collège contraint les enfants admis en 7ᵉ année à l’abandon scolaire
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« Les élèves abandonnent surtout au niveau de l’examen d’entrée en 7ème. Une fois admis, ils n’ont nulle part où continuer, alors ils renoncent. Chez les filles, nous constatons chaque année qu’elles se retirent peu à peu. Si nous en avons beaucoup en première année, arrivées en 6ème, la plupart ont déjà abandonné », a confié Moustapha Barry, instituteur à l’école primaire du centre de Téguéréya.
Cette année, la sous-préfecture enregistre un bilan remarquable de 98 % de réussite à l’examen d’entrée en 7ème Année, soit 92 élèves admis. Pourtant, ces derniers se retrouvent face à un mur : le manque de collège dans la localité. Un demi-siècle après sa création de la première école primaire (en 1976), Téguéréya est toujours dépourvue du moindre établissement d’enseignement secondaire. Aucun bâtiment n’y a été construit à cet effet par les autorités, a appris Guineematin.com à travers un de ses reporters.
L’unique école primaire du centre administratif fonctionne avec trois salles de classe et trois enseignants. Une infrastructure insuffisante qui contraint à l’usage des classes multigrades : deux niveaux partagent la même pièce (1ʳᵉ/2ᵉ année, 3ᵉ/4ᵉ année, 5ᵉ/6ᵉ année). Ce mode d’apprentissage dégradé nuit gravement à l’assimilation des cours par les élèves. Moustapha Barry, instituteur à l’école primaire du centre, décrit un quotidien fait de contraintes géographiques et logistiques.
Moustapha Barry, instituteur à l’école primaire de Téguéréya centre
« Ici, certains enfants viennent de derrière le fleuve, dans le district de Finala. Ils habitent à plus de 15 km, donc ils arrivent le plus souvent en retard. Nous manquons aussi d’enseignants. Depuis 2024, les autorités ont organisé un test et retenu certains candidats, mais elles n’ont pas pu engager tout le monde. Quelques contractuels sont venus et nous avons encore besoin d’autres pour augmenter le nombre. Nous sommes trois enseignants pour trois salles, et nous travaillons en multigrade : chacun a deux niveaux. On prend un niveau le matin, l’autre le soir. Mais en mars, les élèves des localités les plus éloignées ne peuvent pas venir l’après-midi. C’est à ce moment-là qu’on partage la classe en deux. Par exemple, les élèves de première année d’un côté, ceux de deuxième année de l’autre. L’enseignant fait la rotation entre les deux niveaux. On donne cours à un groupe pendant 30 minutes, on l’occupe à écrire, puis on s’occupe du second. C’est comme ça que nous fonctionnons. Mais la compréhension n’est pas à la hauteur, parce qu’un seul enseignant ne peut pas maîtriser deux groupes en même temps, et chaque groupe compte 25 élèves », a expliqué le maître.
Les difficultés ne s’arrêtent pas à la fin du primaire. Pour de nombreux enfants de Téguéréya, l’admission en 7e année marque le début d’une nouvelle incertitude : celle de pouvoir poursuivre leurs études. Faute d’établissement secondaire dans la sous-préfecture, certains élèves, n’ayant pas de moyens pour rejoindre une localité disposant d’un collège, sont contraints de renoncer à leur parcours scolaire.
« Bien sûr, il y a l’abandon scolaire, même si je ne maîtrise pas totalement les chiffres. Les élèves abandonnent surtout au niveau de l’examen d’entrée en 7ème. Une fois admis, ils n’ont nulle part où continuer, alors ils renoncent. Chez les filles, nous constatons chaque année qu’elles se retirent peu à peu. Si nous en avons beaucoup en première année, arrivées en 6ème, la plupart ont déjà abandonné », a-t-il souligné.
Pour éviter que les enfants admis au CEE session 2026 ne soient contraints d’interrompre leur scolarité, Moustapha Barry plaide pour le renforcement des infrastructures scolaires et le recrutement de nouveaux enseignants.
« Nous n’avons que trois salles de classe. Il nous en faut trois supplémentaires pour mettre fin au multigrade. Nous pourrions ainsi recruter d’autres enseignants, même contractuels et surmonter ce défi. Nous n’avons pas non plus de collège. Mais comme nous n’avons nulle part où envoyer ces 92 élèves, nous envisageons de réaménager notre ancien bâtiment pour les accueillir », a confié Moustapha Barry.
Du côté des autorités locales, le constat est tout aussi sévère. Le maire de la commune, Amadou Barry, souligne le déficit d’enseignants et le poids qui repose sur les citoyens, contraints de prendre en charge le traitement des enseignants contractuels.
Amadou Barry, le maire de la commune rurale de Téguéréya
« Dans toute la sous-préfecture, il n’y a pas de collège. Il n’y a pas non plus assez d’enseignants dans les écoles. Ceux que l’État paie sont très peu nombreux. Les contractuels, que nous citoyens, payons nous-mêmes, sont plus nombreux et nous peinons parfois à en trouver. C’est ce qui freine l’éducation des enfants. Il n’y a pas d’enseignants. Quand nous en faisons la demande à l’État, il nous répond qu’il manque d’enseignants. Parmi les 92 admis à l’examen d’entrée en 7ème, certains ont marché 22 km, 32 km, voire 50 km pour venir passer l’examen au centre. Or on ne peut pas marcher plus de 10 km chaque jour pour venir étudier. Nous avons donc demandé aux habitants du centre d’héberger les enfants des districts éloignés, afin que nous puissions ouvrir un collège. Nous avons aussi demandé l’ouverture d’une cantine scolaire pour permettre aux enfants de rester et de poursuivre leurs études. L’absence de collège dans la sous-préfecture pousse nos enfants à l’abandon scolaire. Sur ces 92 admis, un an, voire deux ans plus tard, il n’en restera pas plus de 10 qui continuent. C’est la réalité d’ici depuis 1976. La solution, c’est que les gens du centre les hébergent et les nourrissent avec les moyens du bord, avec l’appui des parents, bien sûr », a martelé le maire.
Malgré les difficultés, un espoir subsiste à Téguéréya : celui de voir enfin ouvrir un collège dans la sous-préfecture. Le sous-préfet, le sous-lieutenant Kémoko Camara, affirme que des démarches ont été engagées auprès des autorités éducatives de la région administrative de Mamou pour faire avancer ce dossier.
Sous-lieutenant Kémoko Camara, sous-préfet de Téguéréya
« Nous avons rencontré les autorités éducatives de Mamou pour qu’elles nous aident à ouvrir un collège à Téguéréya cette année. Elles ont donné leur accord et pensent que nous en aurons un. Cela soulagera les parents, car tout le monde n’a pas les moyens d’envoyer ses enfants au centre-ville de Mamou ou dans les localités voisines qui ont un collège. Ce ne serait pas facile. De Téguéréya à Timbo, il y a plus de 70 km. Les parents d’élèves, les autorités de la commune et de la préfecture, tout le monde œuvre dans ce sens. Inch’Allah, nous aurons le collège cette année », a-t-il rassuré.
Selon nos informations, ce collègue qui suscite tant d’espoir ne comptera qu’une salle de classe amputée de l’école primaire et disposant d’une capacité d’accueil nettement inférieure aux besoins du moment. Seule une vingtaine d’élèves (sur 92 admis en 7è Année) pourrait y être accueillie. Un professeur principal y est attendu avant la fin de cette semaine, mais ce collège ne disposerait encore d’aucun enseignant chargé de cours. Autant dire qu’un collège à Téguéréya n’est encore qu’un mirage.
Mariama Barry pour Guineematin.com
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- 1,183 words · 6 min read
- Published
- October 13, 2026
- Byline
- Mamadou Yaya Diallo
- Source
- Guineematin.com