Deux anciens DG du FERA devant les enquêteurs, l’affaire des 453 milliards de FCFA éclate
Selon L'Obs, le Programme spécial de désenclavement (PSD) ouvre un nouveau front judiciaire autour du prêt-relais de 95 milliards de FCFA. Deux anciens directeurs généraux du Fonds d’entretien routier autonome (Fera), Mamadou Faye et Pape Ibrahima Faye, ont été entendus par le Collège des juges d’instruction. L’affaire a été gérée dans la plus grande discrétion. Poursuivis dans le cadre de l’affaire relative au financement du Programme spécial de désenclavement (PSD), l’un des grands chantiers d

Selon L'Obs, le Programme spécial de désenclavement (PSD) ouvre un nouveau front judiciaire autour du prêt-relais de 95 milliards de FCFA. Deux anciens directeurs généraux du Fonds d’entretien routier autonome (Fera), Mamadou Faye et Pape Ibrahima Faye, ont été entendus par le Collège des juges d’instruction. L’affaire a été gérée dans la plus grande discrétion. Poursuivis dans le cadre de l’affaire relative au financement du Programme spécial de désenclavement (PSD), l’un des grands chantiers d’infrastructures routières lancés sous Macky Sall, les anciens directeurs généraux du Fonds d’entretien routier autonome (Fera), Mamadou Faye et Pape Ibrahima Faye, ont fait face au Collège des juges d’instruction du Pool judiciaire financier (PJF). Selon les informations de L’Observateur, Mamadou Faye aurait versé une caution de plus de 200 millions de FCFA pour éviter la détention. Pape Ibrahima Faye, lui, aurait opposé de sérieuses contestations aux accusations portées contre lui. Son dossier aurait été renvoyé après les vacances judiciaires, dans l’attente de la poursuite de la procédure.
Pape Ibrahima Faye et le circuit des paiements avec l’argent issu du prêt-relais de 95 milliards de FCFA
Créé en 2007 par décret du président Abdoulaye Wade, le Fonds d’entretien routier autonome a été réorganisé par la loi n° 2020-30 du 6 novembre 2020, portée par le ministre des Transports de l’époque, Me Oumar Youm. Cette évolution juridique visait à consolider le financement de l’entretien routier et à diversifier les ressources du Fonds, tout en distinguant deux guichets : celui consacré à l’entretien du réseau existant et celui destiné au financement des routes. C’est dans cette dynamique que le Fera a été associé au Programme spécial de désenclavement, destiné à améliorer l’accès aux zones rurales et à renforcer le maillage routier national. Lancé en 2022, le PSD prévoyait la construction de plus de 2 700 kilomètres de routes à travers le Sénégal, avec une forte participation des entreprises nationales de travaux publics. Son coût global a été évalué à 453 milliards de francs CFA dans les rapports de l’Ageroute, tandis que le montage financier associant plusieurs partenaires internationaux a été présenté à hauteur de 774 millions d’euros, soit environ 507,7 milliards de FCFA. Le financement mobilisait notamment l’Agence britannique de crédit à l’exportation UK Export Finance (UKEF) et la branche londonienne de la Mitsubishi UFJ Financial Group. En 2023, dans l’attente de la mobilisation complète des ressources, un crédit-relais ou bridge loan aurait été sollicité afin d’accélérer le démarrage des travaux. Dans un contexte préélectoral de 2024, marqué par la volonté d’accélérer les réalisations et de répondre aux nombreuses demandes de bitumage, ce mécanisme devait permettre de lancer les opérations sans attendre le déblocage de l’intégralité du financement. Un premier montant de 95 milliards de francs CFA est aujourd’hui au centre des interrogations. Le montage initial prévoyait que les marchés soient exécutés par des entreprises sénégalaises. Mais les conditions liées au financement britannique auraient imposé la participation d’une entreprise britannique. Un compromis aurait alors été trouvé pour permettre aux entreprises locales d’intervenir comme sous-traitantes. C’est dans ce cadre qu’auraient été organisés les marchés et les modalités de paiement.
Mamadou Faye : les intérêts et la caution
Le crédit-relais devait donc assurer la continuité du financement jusqu’à la disponibilité des ressources globales. Mais, selon l’enquête, les 95 milliards de francs CFA n’auraient pas été directement versés au Trésor public et auraient transité par des sociétés intermédiaires. Le circuit de décaissement, les commissions éventuelles et la destination finale des fonds constituent désormais des points essentiels à éclaircir. Auditionné sur la manière dont les fonds empruntés au nom de l’État ont été acheminés jusqu’aux entreprises chargées des travaux, Pape Ibrahima Faye aurait, selon sa défense, contesté les accusations de détournement. L’ancien directeur général aurait détaillé le mécanisme de paiement et soutenu que les entreprises concernées avaient été intégralement réglées, jusqu’au dernier centime. Des paiements qui, selon ses conseils, seraient traçables au moyen d’ordres de virement dûment établis. « C’est ridicule. Vous pensez que quelqu’un peut détourner toute cette somme d’argent ? L’argent a été payé à toutes les entreprises, avec des virements traçables. Dans le mécanisme mis en place, ce n’est pas le Fera qui paie directement. C’est
l’Ageroute
qui initie les paiements via l’entreprise anglaise, avant que le circuit ne passe par le Fera et que la banque procède au règlement », a expliqué la défense de Pape Ibrahima Faye, citée par L’Observateur. Concernant Mamadou Faye, le volet évoqué par sa défense porterait notamment sur les intérêts générés par les fonds placés sur un compte séquestre sous forme de dépôt à terme (DAT). À la tête du Fera, l’ancien directeur général aurait cherché à faire revenir ces intérêts au Fonds et aurait effectué des paiements sur cette base. L’enquête lui reproche d’avoir perçu ces intérêts. Selon ses conseils, il aurait toutefois présenté les opérations réalisées ainsi que les justificatifs correspondants au Collège des juges d’instruction du PJF. Malgré ces explications, il a dû verser une caution de plus de 200 millions de FCFA pour bénéficier d’une remise en liberté.
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- Length
- 829 words · 4 min read
- Published
- October 15, 2026
- Byline
- Thierno Gueye
- Source
- Senenews