
Des millions de téléspectateurs ont suivi les débats en direct à la télévision. Des milliers d'autres ont disséqué les arguments de l'accusation et de la défense sur internet ou suivi les rebondissements de la procédure dans la presse. Le procès pour triple infanticide de Lindsay Clancy, qui a passionné les États-Unis, s'est achevé vendredi 4 septembre par une annulation. Faute de consensus au sein du jury, le tribunal n'a pu répondre à cette question-clé : Lindsay Clancy était-elle responsable de ses actes lorsqu'elle étranglé ses trois enfants ?
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Lindsay Clancy, 36 ans aujourd'hui, est-elle une meurtrière sans scrupules ou une mère dépressive victime d'hallucinations ? Le jury du tribunal de Plymouth (Massachusetts) n'a pas su trancher. Les 12 jurés – neuf femmes et trois hommes – n'ont pas réussi à s'entendre sur un verdict. Or, leur unanimité est requise pour rendre un verdict dans les procès pénaux aux États-Unis.
Le calvaire des trois enfants de Lindsay Clancy aura néanmoins mis en lumière une pathologie dont on parle peu, rappelle notre correspondant à Washington, Vincent Souriau : la psychose post-partum. Il s'agit d'un trouble d'ordre psychiatrique qui touche deux femmes sur 1 000 dans les semaines qui suivent la naissance de leur enfant et qui entraîne des risques graves d'infanticide.
Rappel des faits : le 24 janvier 2023, en l'absence de son époux Patrick, Lindsay Clancy étrangle ses trois enfants Cora (5 ans), Dawson (3 ans) et Callan (8 mois). Elle tente ensuite de se suicider en se défenestrant ; grièvement blessée à la colonne vertébrale, elle se déplace depuis en fauteuil roulant.
Les avocats de Lindsay Clancy ont martelé, tout au long du procès ouvert le 27 juillet, que la santé mentale de leur cliente s'était détériorée, que les médecins n'avaient pas su la diagnostiquer et qu'elle n'avait pas conscience de ses actes au moment du drame. La mère de famille a assuré avoir entendu une voix lui ordonnant de tuer ses enfants.
Des milliers de sympathisants, convaincus de son irresponsabilité pénale, s'étaient déplacés devant le tribunal pour la soutenir pendant son procès. Dans le camp d'en face, l'accusation n'y a jamais cru : malade, oui, mais d'après les procureurs, ce jour-là, Lindsay Clancy avait toutes ses facultés lorsqu'elle a étranglé ses enfants et tenté de mettre fin à ses jours.
Cette affaire a été ultra médiatisée aux États-Unis. Elle suscite toujours de vifs débats entre les deux camps.
Selon l'AFP, qui s'appuie sur l'état des délibérations qui a filtré des échanges au tribunal, 11 jurés semblaient favorables à l'acquittement de Lindsay Clancy sur le fondement de l'irresponsabilité pénale, et un était opposé à ce verdict. Le juge William Sullivan a lu une déclaration écrite des jurés reconnaissant, « le cœur lourd », leur incapacité à s'entendre sur un verdict unanime. « Je vais déclarer le jury bloqué et prononcer l'annulation du procès », a-t-il déclaré aux jurés, qu'il a chaleureusement remerciés d'avoir accompli leur « devoir » de citoyens avant de les libérer.
Quoi qu'il en soit, l'annulation du procès ne signe pas la fin de la procédure. Lindsay Clancy peut être rejugée par un autre jury, trouver un accord de plaider-coupable, ou accepter d'être internée dans un établissement psychiatre pour une durée encore indéterminée.
Interrogé à l'issue de l'audience de ce 4 septembre sur le fait de savoir s'il demanderait la tenue d'un nouveau procès, le procureur de Plymouth, Tim Cruz, a indiqué qu'il « prendrait cette décision bientôt ».
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