
Le débat autour de la déclaration de patrimoine a connu un tournant décisif à l’Assemblée nationale ce lundi. Désormais, les hautes autorités, notamment le chef de l’État, le président de l’Assemblée nationale, le Premier ministre ainsi que d’autres responsables de la sphère étatique, sont soumis à de nouvelles obligations en matière de déclaration de patrimoine, notamment au début et à la fin de l’exercice de leurs fonctions. Une avancée significative dans la prévention contre l’enrichissement illicite dans l’administration.
Mais derrière cette mesure pertinente, il est aussi judicieux de se poser une question centrale : l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) dispose-t-il des moyens matériels, humains et techniques nécessaires pour vérifier que les déclarations correspondent réellement à la réalité ?
Sur le papier, la réforme paraît claire. Désormais, la déclaration de patrimoine ne doit plus être considérée comme une simple formalité administrative. Elle doit permettre de suivre l’évolution du patrimoine des responsables publics et, surtout, de détecter d’éventuels enrichissements qui ne seraient pas justifiés.
Le Sénégal dispose déjà d’un dispositif de déclaration de patrimoine piloté par l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC). L’Office rappelle lui-même que cette procédure doit notamment permettre d’encadrer l’évolution du patrimoine des personnes chargées de la gestion des affaires publiques et de contribuer à la prévention de l’enrichissement illicite.
Mais avec la nouvelle réforme, une question prend une dimension particulière : le Sénégal a-t-il aujourd’hui les moyens de contrôler efficacement ce qui est déclaré ?
Pour le journaliste Ibrahima Bakhoum, l’enjeu dépasse largement la simple publication des patrimoines.
« Il faut déjà saluer cette avancée. Mais il faut aussi que la société civile ainsi que les partis politiques de l’opposition continuent de mettre la pression sur l’État pour que l’OFNAC puisse disposer de tous les leviers nécessaires pour bien faire son travail. La mission est immense pour l’OFNAC, car elle aura à faire face à des situations où certains biens peuvent être dissimulés ou détenus indirectement. Il peut y avoir des prête-noms, des comptes bancaires à l’étranger ou encore des biens détenus dans plusieurs juridictions. On a encore en mémoire le dossier Karim Wade : lorsque l’État a voulu établir l’ensemble de son patrimoine, il a fallu notamment recourir à des commissions rogatoires à l’étranger. Aujourd’hui, il…