Cameroun - Martinez Zogo : « torturé dans la Prado », dit le colonel

Martinez Zogo a été torturé dans une Prado, selon un colonel. Excréments, huile usée, poudre blanche : ce que le véhicule révèle au tribunal. (151 caractères)
Le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga a affirmé, le 27 octobre 2026 devant le tribunal militaire de Yaoundé, que Martinez Zogo a été torturé dans la Toyota Prado présumée avoir servi à son enlèvement en janvier 2023. L'officier enquêteur a décrit l'intérieur du véhicule : une forte odeur d'excréments humains, de l'huile de moteur usée, une fine couche de poudre blanche.
Trois odeurs. Une tentative d'effacement. Et une phrase, prononcée à la barre : « Martinez Zogo a été torturé dans le Prado. »
L'audience a duré. Elle a été marquée par des révélations sur les alertes précoces envoyées au secrétaire d'État à la Défense, sur les instructions d'attente liées à la DGRE, et par un incident en pleine salle entre le témoin et l'un des accusés.
Martinez Zogo : « torturé dans la Prado », le récit du colonel Ayissi Nanga
Martinez Zogo, directeur de la radio Amplitude FM, a été enlevé le 17 janvier 2023 devant un poste de gendarmerie à Yaoundé. Son corps a été retrouvé cinq jours plus tard, le 22 janvier, dans un terrain vague à Soa, en périphérie de la capitale. L'autopsie et les constats de Human Rights Watch ont documenté des traces de torture : pied brisé, doigts sectionnés, traces de chocs électriques.
Le procès s'est ouvert en 2024 devant le tribunal militaire de Yaoundé. Dix-sept accusés comparaissent, parmi lesquels l'ancien patron de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko, l'ancien directeur des opérations Justin Danwe, et l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga. Martin Stéphane Savom, ancien maire de Bibey, figure également parmi les accusés.
Le 27 octobre 2026, le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga, 36e témoin du ministère public, a livré une déposition centrée sur un objet : la Toyota Prado présumée avoir servi à l'enlèvement du journaliste.
Ce que les enquêteurs ont trouvé dans la Prado
L'inspection du véhicule a révélé trois éléments. Une forte odeur d'excréments humains. De l'huile de moteur usée. Une fine couche de poudre blanche à l'intérieur de l'habitacle.
Ces traces, selon l'officier, traduisent une tentative manifeste d'effacement de preuves après les violences exercées. L'huile et la poudre blanche peuvent être utilisées pour nettoyer, désodoriser, masquer. L'odeur, elle, reste.
« Martinez Zogo a été torturé dans le Prado », a déclaré le lieutenant-colonel Ayissi Nanga devant la cour.
La phrase est courte. Elle localise le supplice. Elle désigne un espace. Elle transforme un véhicule en scène de crime.
L'hypothèse du corps réacheminé
L'officier a avancé une hypothèse sur le déroulement des faits consécutifs aux sévices. Selon lui, le corps de la victime aurait pu être réacheminé vers Yaoundé avant d'être remis à d'autres exécutants ou à un second commando.
Le conditionnel est important. Il ne s'agit pas d'une affirmation, mais d'une reconstruction. Le tribunal n'a pas confirmé cette hypothèse à ce stade.
Elle soulève une question : si le corps a été déplacé, qui l'a déplacé ? Et dans quel but ? Le terrain vague de Soa, où le corps a été retrouvé, n'est pas nécessairement le lieu du crime. Il pourrait n'être que le lieu du dépôt.
Les alertes précoces et les instructions d'attente
La déposition a mis en lumière un autre point. L'existence précoce de preuves matérielles et d'alertes sur les membres présumés du commando.
Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga affirme avoir partagé très tôt ces éléments avec le secrétaire d'État à la Défense, conjointement avec l'adjudant-chef Ngambi. Il s'appuyait notamment sur des captations de communications impliquant le colonel Justin Danwe.
Malgré la possession de photographies et de numéros de téléphone ciblés, les demandes d'interpellation immédiate se sont heurtées à des instructions d'attente. Motif invoqué : la sensibilité de la Direction générale de la Recherche extérieure (DGRE).
Ce point est central. Il ne dit pas que la DGRE a commandité l'assassinat. Il dit que la DGRE a été protégée d'une interpellation immédiate. La nuance est juridiquement décisive.
Les téléphones de Martinez Zogo
La conduite des examens techniques sur les effets personnels de la victime a également été abordée. Le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, chef du service central des recherches judiciaires de la gendarmerie, a déclaré qu'un seul des deux téléphones du journaliste avait pu être analysé, sans résultat probant. Le second était alors aux mains des services de police.
Une question simple se pose. Où est ce second téléphone aujourd'hui ? A-t-il été analysé depuis ? La déposition ne le précise pas. Nous n'avons pas pu obtenir cette information avant publication.
L'incident en pleine audience
L'audience a été marquée par une vive tension lors du contre-interrogatoire mené par Me Félicité Zeifman, conseil de la défense. Après des échanges sur les conditions de sécurité et le mode de déplacement du témoin, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga a publiquement accusé l'un des mis en cause, M. Savom, d'avoir transmis un livre contenant une enveloppe au conseil de la défense.
L'incident a provoqué un vif échange en pleine séance. Le contenu de l'enveloppe n'a pas été précisé à la barre.
Ce que cette journée change au procès
Trois apports. Un lieu : la Prado comme scène de torture. Une chronologie : des alertes précoces, des instructions d'attente, des interpellations retardées. Un incident : un échange en pleine audience entre le témoin et la défense.
Ces éléments ne condamnent personne. Ils documentent une mécanique. Celle d'une enquête qui disposait d'éléments tôt, et qui n'a pas pu ou pas voulu agir immédiatement.
La question qui reste, et qui traverse tout le procès depuis son ouverture : qui a donné les instructions d'attente ? Et pourquoi ?
L'audience reprend. Le tribunal militaire de Yaoundé n'a pas fini d'entendre le 36e témoin.
Martinez Zogo a-t-il été torturé dans la Prado ?
Le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga l'a affirmé devant le tribunal militaire de Yaoundé le 27 octobre 2026. Il a décrit la présence d'excréments humains, d'huile de moteur usée et de poudre blanche dans l'habitacle. Le tribunal n'a pas encore statué sur cette affirmation.
Pourquoi la DGRE est-elle mentionnée dans cette affaire ?
Selon la déposition, les demandes d'interpellation immédiate de suspects ont été freinées par des instructions d'attente motivées par la sensibilité de la DGRE. Cela ne signifie pas que la DGRE a commandité l'assassinat, mais que ses agents n'ont pas été interpellés immédiatement.
Qu'est-il arrivé aux téléphones de Martinez Zogo ?
Selon le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, un seul des deux téléphones du journaliste a pu être analysé, sans résultat probant. Le second était alors aux mains des services de police. Son sort actuel n'a pas été précisé à l'audience.
Qui est Parfait Ayissi Nanga ?
Un officier supérieur de la gendarmerie camerounaise, 36e témoin du ministère public dans le procès Martinez Zogo. Il a été membre de la commission mixte d'enquête sur l'assassinat du journaliste avant d'en être écarté, selon ses déclarations.
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About this article
- Length
- 1,141 words · 6 min read
- Published
- October 27, 2026
- Byline
- Onana Nestor
- Source
- Camer.be